L'HISTOIRE : Dans un quartier de la communauté juive ultra-orthodoxe de Jérusalem, Aaron reprend la boucherie de son père, mort il y a peu. Marié et père de quatre enfants, Aaron observe scrupuleusement les lois juives qui régissent la vie de la communauté. Un jour il croise la route d'Ezri, un pratiquant juif venant de province pour retrouver un ami dans la ville sainte. Très vite Aaron le prend sous son aile et lui offre un travail dans son commerce mais leur relation va bientôt se nourrir d'ambiguïtés car Ezri est homosexuel. Les bruits commencent à courir dans le quartier et l'opprobre finit par atteindre la famille d'Aaron.
Eye Wide open marque donc d’emblée par son sujet et plus sûrement encore par son traitement
Le cinéma israélien contemporain se porte bien et Eyes Wide Open est à Cannes pour le prouver en s’inscrivant dans la droite veine du cinéma d’Ethan Fox. Engagé dans la sélection « Un Certain Regard », le premier long du jeune Haim Tabakman se donne ainsi les moyens d’explorer l’identité sexuelle de ses protagonistes dans le cadre très fermé du quartier traditionnaliste de Jérusalem. Une franche réussite dans un contexte des plus compliqués.
Homosexualité et tradition talmudique
Parler de sexualité et plus encore d’homosexualité dans les quartiers les plus conservateurs de Jérusalem n’allait pas de soi. Au point d’ailleurs que l’on pouvait s’attendre à ce que le film n’échappe pas aux cris d’orfraie et aux évidents chausse-trappes qu’on allait poser sur sa route. Or, force est de constater que pour son premier long-métrage de fiction, Haim Tabakman a su éviter les pièges tendus et déjouer les réactions possiblement outrancières que son film pouvait susciter.
Subtil et exprimant avec énormément de retenue, le surgissement du désir homosexuel chez Aaron, le cinéaste réussit en effet le tour de force de livrer à la fois la peinture froide d’un conservatisme qui vire à l’intégrisme, tout en l’interrogeant à l’aune d’une vision moderne de l’homosexualité. Ainsi, Eyes wide open témoigne à la fois du déchirement d’un homme qui se révèle à lui-même et dans un même temps, le pousse à affronter les siens, de sa femme au rabbin en passant par les plus ultras de ses voisins. De fait, rapidement traité d’impur et de pestiféré, notre homme subit et affronte son sort. Et la raison qu’il oppose à cette folle cabale, celle de retrouver le goût de vivre, est en cela d’une rare puissance lorsqu’elle s’incarne dans le regard d’un homme aux abois mais passionné. D’une puissance thématique évidente, Eye Wide open marque donc d’emblée par son sujet et plus sûrement encore par son traitement, lui qui fait la part belle à des compositions d’une paisible intensité.
En profitant par ailleurs de la formidable interprétation de ses acteurs, ce premier long séduit donc indubitablement. Et cela d’autant plus qu’il y parvient par la sobriété expressive de sa mise en scène et par son penchant pour l’ellipse. Témoignant de l’étonnante maîtrise de son cinéaste pour un tel projet, l’heureuse surprise qu’est Eyes Wide open souligne la vitalité actuelle du cinéma israélien, tout en installant son auteur dans la longue liste des cinéastes sur lesquels il faudra à l’avenir compter.
Tu n'aimeras point est le premier long-métrage de Haim Tabakman qui a fait ses études à l'Université de Tel Aviv dans le département Cinéma et Télévision. Après deux courts-métrages sélectionnés à ...