L'HISTOIRE : Dans un futur proche, les nouvelles technologies ont fait évoluer le jeu vidéo. Le principe créé pour le jeu "Les Sims" est appliqué à des êtres humains qui sont manipulés par des joueurs en ligne.
Le milliardaire Ken Castle a créé le divertissement ultime : "Slayers", un jeu vidéo dans lequel des condamnés à mort, guidés à distance par des joueurs en ligne, s'entretuent lors de combats diffusés sur les écrans du monde entier.
S'ils survivent à 30 épreuves, ils retrouveront leur liberté.
Kable, téléguidé par Simon, un ado fan de réalités virtuelles est aujourd'hui la star du jeu. Mais Kable ne s'appartient pas : arraché à sa famille, emprisonné et forcé à combattre contre sa volonté, ce gladiateur des temps modernes doit survivre assez longtemps pour s'échapper du jeu et regagner sa liberté...
Un grand trip hallucinogène

Dans Hyper Tension, Brian Taylor et Mark Neveldine exploitaient le jeu vidéo comme un langage cinématographique. Dans Ultime Game, leur univers est suffisamment immersif pour qu’il n’y ait plus de différence entre le protagoniste (libre et actif) et le spectateur (captif et passif). Avec plus de moyens, les deux cinéastes peuvent élaborer une mise en parallèle entre le réel et le virtuel en créant des interfaces et des allusions constantes aux attitudes d’un joueur. Non sans ironie, ils vont jusqu’à le représenter à travers un mec obèse qui commande les paroles, les attitudes et les sentiments de son double virtuel. Lors d'une scène, cette confusion d’états est retranscrite par la musique, en variant la vitesse d’un morceau de Bloodhound Gang. Le principe peut évoquer Strange Days, de Kathryn Bigelow où n’importe qui pouvait se retrouver dans la peau d’un autre, si possible du sexe différent.
Le résultat prend la forme d'un réseau de chemins. A chaque embranchement, il faut faire un choix et prendre des risques. Les joueurs en ligne guident à distance des condamnés à mort dont les combats sont répercutés sur les écrans du monde entier. Cette addiction contribue à isoler ceux qui y participent et à leur faire perdre le sens de la réalité. La structure pyramidale de l’intrigue (un personnage de jeu vidéo négocie avec le gamer pour franchir différents niveaux – du nombre de trente pour retrouver sa liberté – et atteindre le créateur milliardaire afin de le combattre en direct) est simple. Taylor & Neveldine l’illustrent avec des effets spéciaux, du mouvement et de l’énergie à revendre. Sans greffer un discours métaphysique aux images, ils prennent un peu trop au sérieux la lutte d’un prisonnier (Gerard Butler) en quête de son humanité. A travers lui, on peut mettre en analogie le statut du spectateur qui ne sait plus où se situe sa place dans ce divertissement spectaculaire: doit-il prendre son pied ou s’inquiéter des dérives?

A l’arrivée, Ultimate Game ressemble à un mélange punk de Running Man et Tron dont la séduction repose sur la capacité à se laisser prendre au jeu. La première demi-heure devrait rapidement faire le tri entre les réfractaires et les réceptifs. Le style très abrasif peut faire rejeter en bloc le film et tout ce qui va avec: les personnages, l’esthétique, la narration, la morale. Le casting improbable sert de balise à celui qui pense ne pas pouvoir tenir jusqu’au bout. On peut s’amuser de la confrontation entre les acteurs Michael C. Hall et Michael Weston dans des rôles et des rapports de force différents que dans la série Six Feet Under, où ils étaient respectivement victime et psychopathe. Autrement, il faut prendre Ultimate Game pour un grand trip hallucinogène. Mais sa vision n’est pas sans conséquence sur le spectateur qui, à la sortie de la salle, ne sait pas s’il a vécu une expérience de cinéma ou enduré un film-placebo qui donne l’illusion qu’il s’est passé quelque chose d’intense à l’écran pendant une heure trente.
Mark Neveldine et Brian Taylor se sont déjà fait remarquer avec Hyper tension et Hyper Tension 2. A la fin du premier, le héros Chev Chelios (Jason Statham) chutait d'un hélicoptère et s'écrasait sur ...