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Un baiser, s'il vous plaît !

La critique d'Excessif

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baiser_vous_plait_cine L'HISTOIRE : En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie rencontre Gabriel. Séduits l'un par l'autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu'ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l'embrasser. Elle aussi, mais une histoire l'en empêche : celle d'une femme mariée et de son meilleur ami surpris par les effets d'un baiser. Un baiser qui aurait dû être sans conséquences...
Un jour, en province, un homme (Michaël Cohen) aborde une femme (Julie Gayet) qui lui refuse un baiser en justifiant sa dérobade par l’aventure arrivée à l’une de ses amies (Virginie Ledoyen). Emmanuel Mouret est un sentimental irrécupérable qui croit aux passions dévastatrices. Comme égaré dans une époque où le sexe n’est que le cache-misère d’un romantisme condamné à prendre le maquis sous peine d’essuyer sarcasmes et quolibets, il poursuit son petit bonhomme de chemin dans le cinéma français sans jamais dévier de sa route. Après Changement d’adresse, il franchit un nouveau cap avec Un baiser, s’il vous plaît. Convalescent d’une rupture douloureuse, son protagoniste (qu’il ne laisse à personne d’autre le privilège d’incarner) éprouve un besoin irrépressible de faire l’amour. Mais c’est un garçon compliqué qui ne peut faire abstraction de ses sentiments. Les filles de joie ne satisfaisant pas cette condition, bien que celle à qui il s’adresse affiche autant de classe que de délicatesse, sans mégoter sur l’hygiène, il s’adresse en tout bien tout honneur à sa meilleure amie qui accepte de se prêter à cette fonction mécanique… pour lui rendre service.

UN BAISER, S'IL VOUS PLAIT !
Un film d’Emmanuel Mouret
Avec Virginie Ledoyen, Emmanuel Mouret, Julie Gayet, Michaël Cohen
Date de sortie : 12 décembre 2007


On le voit, le postulat frise l’absurde. L’intérêt, c’est le parti qu’en tire Mouret. Là, on pense à certains Contes moraux ou des… Quatre saisons signés Eric Rohmer voire à ce prince de l’artifice qu’était Jacques Demy quand il repeignait les couleurs de la vie avec sa propre palette. Parce que la mise en scène s’approche au plus près des protagonistes et s’appuie sur des dialogues très écrits, mais aussi en raison du jeu des acteurs et d’un humour pince-sans-rire assez jubilatoire.

Un baiser, s’il vous plaît est un film qui vous prend gentiment par la main, vous tient et ne vous lâche plus. Ses personnages semblent parfois comme échappés d’une autre époque, mais c’est délibéré : Mouret croit à la force des sentiments et encourt le risque d’être ridicule. Pourtant il ne l’est jamais. Parce qu’il y a derrière cette fable galante l’expression d’une fringale amoureuse qui submerge assez vite cette histoire et l’extirpe de la banalité. Séquence après séquence, le film tisse sa toile. Le phénomène est d’autant plus surprenant qu’il y a quelque chose de désuet dans le tableau de mœurs que dresse Mouret : ses protagonistes, parlent une langue châtiée et partagent une noblesse d’âme assez rare. Rares sont les gens qui se comporteraient avec un tel détachement dans la vraie vie (vous en connaissez, vous, des femmes prêtes à faire l’amour avec un ami pour lui rendre service ou des hommes prêts à s’effacer par pur savoir-vivre ?). Mais là n’est pas le propos du film. C’est précisément ce décalage avec le quotidien immédiat qui lui confère tout son charme. Derrière la fausse naïveté de Mouret se dissimule en effet un formidable appétit de cinéma qui l’incite film après film à se détacher du réalisme et du cynisme ambiants pour creuser son propre sillon, en reprenant à son compte les bonnes vieilles recettes du marivaudage galant et ses subterfuges amoureux.


Évidemment, Un baiser, s’il vous plaît s’appuie sur un postulat qui cadre mal avec les canons traditionnels. Et alors… Le cinéma sert aussi à s’évader et à rêver à un monde meilleur. Dès lors qu’on accepte la règle, le jeu est jouissif. Il faut voir Emmanuel Mouret, son air de chien battu (ou de cocker triste), sa diction assortie d’une pointe d’accent provincial et ses théories alambiquées sur l’amour qui doivent davantage à Madame de Lafayette qu’à notre monde sans pitié. Perpétuant une longue tradition du théâtre classique, il s’adresse d’ailleurs à une confidente lorsqu’il a des peines de cœur. Ce personnage récurrent s’est d’ailleurs offert cette fois une partenaire de choix en la personne de Virginie Ledoyen. Il faut dire que film après film, Mouret impose sa petite musique, mais qu’il ne se contente pas de ressasser paresseusement ses vieilles recettes.


On pouvait reprocher à Laissons Lucie faire ou Vénus et fleur un dilettantisme assez irritant sur le plan de la direction d’acteurs voire à Changement d’adresse une mise en scène résolument fonctionnelle. Un baiser, s’il vous plaît affirme une ambition accrue de la part de son auteur. On en veut pour preuve ces décors en camaïeu et ces cadres soignés dont il nous régale à l’envi, quitte à en faire parfois un peu trop, comme pour nous signifier qu’on est au cinéma et pas dans la vie réelle. Du coup, ce qui pouvait passer jusqu’ici pour une certaine maladresse devient désormais une marque de fabrique estampillée. Bref, la signature d’un auteur qui n’a pas fini de nous surprendre et inscrit résolument son œuvre moins dans l’air du temps que dans la durée. Ce film délicieusement anachronique devrait l’y aider.

Jean-Philippe Guerand



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