La critique d'Excessif
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L'HISTOIRE : Le 23 janvier 2002, le monde entier est choqué par l'image d'un journaliste américain décapité devant la caméra par des extrémistes pakistanais. Daniel Pearl, superviseur du Wall Street Journal pour l'Asie du Sud Est, enquêtait au Pakistan sur un dénommé Richard Reid, activiste et vendeur d'armes. Alors qu'un entremetteur doit le mener sur la piste d'une source importante, il disparaît soudainement.
Confrontée à la mort de son mari, Mariane Pearl rédige l'histoire de son enquête, de son kidnapping et de sa mort et, surtout, l'histoire de son propre désespoir à elle, dans "A Mighty Heart : the Brave Life and Death of my Husband Danny Pearl". Le film retrace son combat de chaque instant pour comprendre l'assassinat de son mari et pouvoir enfin en faire le deuil.
Présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2007 et réalisé sous la férule de Michael Winterbottom, Un Cœur invaincu nous raconte au travers des yeux de sa femme, Marianne, le calvaire de Daniel Pearl, ce journaliste américain, devenu si tristement célèbre. Parti enquêter au Pakistan sur les traces de Richard Reid et de ses connexions avec les réseaux terroristes locaux, ce dernier sera en effet enlevé avant d’être assassiné le 23 janvier 2002 de la plus ignominieuse des manières, la tête tranchée par le sabre de ses ravisseurs. C’est sous les traits d’une Marianne interprétée par une Angelina Jolie transfigurée, que le cinéaste anglais rend donc hommage à cet homme avec un film d’une rare sobriété et d’une notable justesse.
UN CŒUR INVAINCU(A Mighty heart)Un film de Michael Winterbottom
Avec Angelina Jolie, Dan Futterman, Archie Penjabi, Irrfan Khan
Durée :1h48
Sortie le 19 septembre 2007

Daniel Pearl et son histoire ont donné lieu à une littérature nombreuse tant fictionnelle que journalistique. Considérer l’ouvrage de sa femme (
A Mighty Heart : the Brave Life and Death of my Husband Danny Pearl) ou l’écrit de BHL (
Qui a tué Daniel Pearl ?) suffit déjà à en prendre la simple mesure. Emblématique du sort des otages occidentaux capturés puis assassinés par des intégristes opportunistes, Daniel Pearl représente la figure typique du martyr journalistique, d’autant plus qu’il était de nationalité américaine et assumait sa judéité. Le sujet était donc idéal pour une adaptation cinématographique.

Tout semblait y être : héros ordinaire dans un cadre qui ne l’est pas ; environnement hostile et étranger ; idéaux et valeurs à défendre (nécessité d’informer, déontologie) ; attitude courageuse. A cela, on n’omettra surtout pas la situation intensément dramatique portée par l’incertitude (corruption, trahison…) qui nourrira entre autres biais, le suspense. Et le plus important, la tragédie d’une fin, connue de tous : le journaliste eut la tête tranchée et sa décapitation fut filmée et diffusée en ligne. Ce récit combine donc en sus de sa couverture journalistique, tous les ingrédients du produit de choix fleurant bon le récit idéal pour un thriller politique et dramatique à portée contemporaine. En somme, ce que l’industrie anglo-saxonne tend à développer de plus en plus, en marge de ses grosses productions pour satisfaire certaines tranches de son public. Les exemples récents font florès,
Lord of War,
Jarhead,
Syriana,
Thank You for smoking, à une moindre échelle,
Raisons d’Etat,
Munich et
Good Bye & Good Luck ou encore le cinéma soumis à controverses de Michael Moore.
L’avantage d’une telle histoire, outre son background, c’est d’emblée le potentiel émotionnel et critique qu’elle porte et le pathos, créateur d’empathie dont elle charge son personnage principal, la femme de Daniel Pearl, Marianne, journaliste française et de surcroît enceinte. De telles propositions dispensent évidemment de trop d’imagination, les scénaristes et vont bien au-delà des sujets rebattus puisqu’ils se façonnent au contact même du vécu.

Ajoutons à cela une production signée Plan B, la société de Brad Pitt et une interprétation principale confiée à Madame parce qu’elle fut touchée par la détermination de Marianne Pearl ; confions ensuite la réalisation à l’émérite Michael Winterbottom, l’auteur de
Road to Guantanamo et
In this World et vous obtiendrez
Un cœur invaincu, un film loin de laisser indifférent. Reste maintenant à savoir quoi penser et dire de ce dernier au vu de ce tableau vivement brossé.
Un traitement qui surprendLe récit et son traitement surprennent tout d’abord, loin d’un suspense construit sur un rythme et un montage trop découpé, porteur de vitesse et par trop asphyxiant. Ici, le récit s’élabore à l’écran en cultivant son temps et son précieux écoulement, laissant s’installer de manière lancinante et incertaine, tantôt l’espoir, tantôt le doute d’un malheur probable. Et cela fonctionne alors que l’on connaît pourtant l’issue sordide de l’histoire…En soi, le choix du cinéaste anglais est porteur de sens et intéresse dans la mesure où l’envie de reconstituer sur une bonne partie du film, l’inéluctable attente vécue par Marianne Pearl, mêle adroitement angoisse et folle espérance, sans recourir aux formes habituelles du genre. Le fait d’avoir su ainsi résister aux classiques règles du thriller haletant dans un subtil contre-pied est donc à mettre au crédit du réalisateur. De plus, le choix d’une captation s’appuyant sur le plan d’ensemble apporte énormément à l’immersion du spectateur dans l’histoire tout en le maintenant à une certaine distance, celle de la pudeur et de la mesure.

La volonté de neutralité relative du cadrage l’introduit comme une sorte d’intrus toléré, tel un simple témoin potentiel d’un drame qui se joue, celui d’une femme et d’une mère.
Un Cœur invaincu refuse donc l’excès empathique du plan serré, coutumier de tels drames pour toucher autrement. Ainsi, l’ensemble porte un caché vériste non négligeable et évite les écueils du simplisme hollywoodien qui repose trop souvent sur le sensationnalisme ou le misérabilisme. A cela, il y a toutefois une exception, celle de l’annonce finale de l’exécution de Daniel Pearl qui provoque une véritable gêne lorsque l’on voir Angelina Jolie fondre en larmes et s’enfuir extatique pour se cloîtrer dans sa chambre.
Une critique aussi doucereuse qu’amère pour le poids d’un hommage sincèreA ce propos, la belle actrice et fille de qui l’on sait, est à créditer une prestation honorable dans la lignée de celle d’
Alexandre ou du récent
Raisons d’Etat. Toute en retenue et en nervosité contenue, elle parvient à donner une contenance et un corps à l’angoisse que subit cette femme, tout autant qu’elle marque son sort, porter sur ses épaules la crainte d’une mort annoncée. En somme, elle touche et s’avère convaincante là où tant d’autres en auraient trop fait parce qu’elle donne un visage crédible à la souffrance humaine et à cette appréhension progressive et grandissante de la perte inéluctable de l’être cher. Le reste du casting est d’ailleurs à l’avenant, que l’on songe à Archie Panjabi ou Irrfan Khan.
