Andrzej Jakimowski réalise son deuxième long métrage,
Un conte d'été polonais, et prouve que la beauté du monde n’est qu’une question de point de vue. Il nous emmène dans l’univers lumineux d’une région pauvre de Pologne, et nous offre son goût pour les choses simples et les belles valeurs de l’enfance. Naïveté, espoir et observation sont diffusés dans ce film comme un antidote au monde atteint par la peur, le repli sur soi et l’aveuglement.
UN CONTE D’ETE POLONAISUn film de Andrzej Jakimowski
Avec Damian UI, Ewelina Walendziak, Rafal Gunzniczak, Tomasz Sapryk
Durée : 1h32
Date de sortie : 22 octobre 2008
Stefek, un jeune garçon de 10 ans, vit avec sa mère et sa sœur dans une petite ville de Pologne. Observateur aiguisé du monde qui l’entoure, Stefek tente d’influencer le destin avec deux petits soldats de plomb et quelques pièces de monnaie. Un jour où il croit reconnaître son père dans une gare, il met tout en œuvre pour le faire croiser de nouveau le chemin de sa mère et observe, curieux, l’influence de chacun de ses actes sur le destin. Le film met un peu de temps à se mettre en route, mais une fois que le train est lancé, on ne descend plus. Le voyage, léger, frais et intelligent, ravit le spectateur avec notamment des personnages doux et attachants. Stefek, le petit garçon, illumine chaque plan d’un regard profond, il incarne à la perfection les valeurs que le réalisateur a voulu développer dans son film, sensible, naïf, plein d’espoir, et a tendance à représenter l’état d’esprit de l’enfance plus que le personnage dans son individualité. Les cadrages, simples et bien construits, servent l’histoire du film, qui se déroule sans accrocs. Le réalisateur évite avec brio la caricature du pathos sur le « rêve de gosse ». Il inscrit clairement dans la réalité les espoirs d’un enfant rêveur élevé par sa mère et sa sœur.

Grande histoire d’amour du réalisateur, le thème du train est traité dans ce conte d’été avec beaucoup de poésie. Il va et vient de destinations en destinations, menant les gens qu’il transporte au gré de leur nécessité. Cette grosse machine bruyante est dans ce film une métaphore du destin, ingérable et puissant, que Stefek tente d’influencer du haut de sa petite tête blonde. Le scénario, d’apparence simple, se révèle très bien écrit et tient les rails du film sans aucun problème. A la différence de
La science des rêves de Michel Gondry, tout l’aspect naïf du film et du personnage principal est inscrit dans la réalité que nous connaissons. Pas d’effets spéciaux ou de trucages pour atteindre l’esprit rêveur de ce petit garçon que l’on ressent en permanence. C’est bien là une des forces du film, il contrebalance ce qui nous semble impossible par la réalité. Lorsque Stefek se met au milieu des rails le bras en avant comme son soldat de plomb et que le train s’arrête, on découvre peu après que le conducteur respectait un feu de signalisation.
Un beau film servi par une équipe d’acteurs frais et talentueux, indiqué en ce début de mois d’octobre pour tous les nostalgiques des beaux jours. Andrzej Jakimowski mêle sensation de légèreté et profondeur des sentiments en jouant de chemins de fer et de bouts de ficelles dans un film bien maîtrisé jusqu’à sa gare d’arrivée.
Raphael Neira