Thème récurrent et parfaitement éculé du répertoire horrifique, le registre des possessions et autres exorcismes démoniaques semblait avoir été épuisé depuis un petit moment. A peine celui d’Emily Rose terminé, tout juste celui de la
Dorothy de Agnes Merlet entamé, que Hollywood décide de prendre la suite et propose un nouveau cas terrible cette fois-ci narré par le toujours aussi incertain David S. Goyer. Et comme à son habitude le scénariste tatoué, joyeux chien fou, persiste et signe dans le n’importe quoi le plus total livrant tout de même, ô surprise maléfique, son métrage le plus abouti ! Au carrefour de la comédie grassement involontaire et de l’horreur décérébré,
Unborn s’apparente à un grosse blague lorgnant sévèrement vers le plaisir coupable à consommer en fin de soirée.

Il y a quelque chose de fascinant chez David S. Goyer : le scénariste/réalisateur semble tout aussi capable de faire des miracles que de se complaire dans l’annihilation systématique des bonnes idées. Avec cette casquette schizophrène d’usine à concepts malins très souvent desservis par une approche véritablement prise par-dessus la jambe, Goyer est devenu l’une de ces figures passionnantes, de celles dont on attend avec impatience le prochain métrage pour pouvoir contempler le gâchis ou le bourbier dans lequel l’homme semble s’épanouir. L’exemple le plus célèbre restera assurément celui de la trilogie
Blade. Livrant des scénarios impeccables et transcendés par les caméras de Stephen Norrington et Guillermo Del Toro, Goyer s’était chargé lui-même de la mise en chantier de la conclusion.

S’il est vrai que certaines initiatives fonctionnaient à merveille sur le papier, il est aussi évident que le scénariste qui signait ici sa seconde réalisation était en fait un piètre metteur en scène… Ou tout du moins s’il avait quelques notions de narration visuelle, c’est dans la direction artistique qu’il perdait véritablement pied. Flinguant remarquablement une franchise qui remettait un Wesley Snipes parfait dans un registre bien plus complexe que le simple héros made in Marvel, réduisant en cendre dans un second temps tout ce qui avait été développé dans les deux premiers volets,
Blade Trinity s’apparentait à un film suicide… Mais visiblement les gros plans d’érection vampirique et les dialogues aussi chics que trashs entre Parker Posey et Ryan Reynolds n’avaient pas assouvi les vocations masochistes de Goyer qui n’avait pas dit son dernier mot. Beaucoup plus sobre mais pas pour autant passionnant,
The Invisible n’avait marqué personne et le scénariste avait besoin d’une base plus percutante pour son prochain film.
Unborn traitera donc d’un cas de possession par un enfant mort-né !
Le concept même est typique du style Goyer : un mélange improbable entre une idée parfaitement terrifiante et délibérément stupide… D’ailleurs, il semble bien être certain de la fragilité de son pitch car très vite, l’intrigue tente de recadrer le tout vers une histoire de gémellité terrible, celle-ci ouvrant les frontières entre notre dimension et l’au-delà. Avec une trame pareille, on aurait pu s’attendre à un nanar indiscutable et indéfendable mais c’est là que l’autre face du scénariste entre en jeu. Il décide de coller son histoire au dérèglement de la vie de sa jeune héroïne qui, sujette à des cauchemars terrifiants (et délirants !), commence très sérieusement à craindre cette évidente menace. En effet, si les rebondissements scénaristiques, aussi ringards soient ils, restent dans le domaine de l’acceptable, c’est par leur approche plus classique que celle habituellement employée par Goyer que le métrage marque des points. Portée par un casting parfait de bout en bout, l’histoire se laisse apprivoiser sans problèmes, quand bien même celle-ci frôlerait parfois le ridicule. On notera des aménagements scénaristiques traditionnellement horripilants mais qui ici se font passages obligés et ludiques pour une intrigue qui, prise platement, serait pour le peu linéaire. Ainsi, sans doute sauvée par la plastique parfaite et le jeu correct de la sublime Odette Yustman, la trame de
Unborn se fait agréable. Misant sur la formule « boum, j’t’attrape !», l’histoire de Goyer propose autant d’épisodes horrifiques que cela lui est permis.

Aidé par un montage dévoué au sursaut gratuit, le film prend donc son rythme de croisière avec son petit coup d’adrénaline toutes les deux minutes, tout étant bon pour coller une petite frousse. Un gosse encastré dans un miroir, des toilettes débordant de bestioles coprophages, des tétraplégiques faisant l’araignée dans l’escalier, des chiens avec des têtes retournées… autant d’images terribles mais aussi particulièrement ahurissantes qui offrent au métrage un second degré involontaire. Finalement très drôle lorsqu’il s’agit de faire peur,
Unborn trouve vite ses marques dans l’inattendu, Goyer pompant allègrement dans les classiques pour s’alimenter et détourner ce qui était, avant, efficace. Changeant de couleurs d’yeux, la pauvre héroïne soutenue par son petit ami interprété par Cam Gigandet (de plus en plus appréciable), va donc chercher de l’aide auprès du rabbin Sendak. Avec un Gary Oldman toujours aussi génial et apparemment peu prévenu de sa présence dans un film d’horreur,
Unborn reprend des couleurs encore plus sympathiques. Quel bonheur d’observer Oldman refusant de faire un exorcisme ou examinant le fonctionnement de sa lampe de bureau suite à la manifestation de l’esprit maudit baptisé Dibbouk… Sa présence apporte finalement un peu de crédibilité à cette série B produite, encore une fois, par un Michael Bay qui semble désireux de se faire le nouveau pape du bis US friqué.

Guère passionnant mais pas désagréable pour autant, amusant et sidérant,
Unborn marque un tournant dans la carrière de Goyer : une certaine maturité apparaît et le réalisateur semble enfin assumer être un des petits faiseurs ringards du genre… On ne pourra donc que l’encourager à continuer dans cette voie, purifiant ses pulsions de réalisation sur des bobines kitschs à souhait et livrant quelques scénars un peu plus futés à des personnes plus aptes. Mais étant donné qu’il a été annoncé pour mettre en boite le spin off
X-Men,
Magneto, il semblerait que le pire soit encore à venir. Gary, il semblerait qu’un exorcisme s’impose !