Ne vous fiez pas au titre français un peu rédhibitoire :
Une arnaque presque parfaite, le nouveau long-métrage de Rian Johnson, tient à la fois de la mystification et du romantisme et séduit par un ton proche de la bande-dessinée qui invite à tordre l’esprit de sérieux.
Rian Johnson est un cas intéressant du jeune cinéma indépendant américain. Il appartient à la bande de Lucky McKee et Angela Bettis, responsables du fantastique
May, et c’est le plus souple de tous : il réalise les films qu'il veut en composant un minimum avec le système. Le leitmotiv de
Une arnaque presque parfaite, son nouveau long-métrage après un premier
Brick, c’est de faire illusion et de jouer avec – non pas contre – les apparences. Sa force, c’est la notoriété du casting. Même s’ils sont à deux doigts du sur-jeu, Adrien Brody et Mark Ruffalo parviennent à rendre crédible un duo de frères arnaqueurs survivants qui, enfants, ont multiplié les maisons d’accueil et cherché à soudoyer les adultes. Surtout, ils sont complémentaires et se répartissent les fonctions selon un système clairement défini : l’un s’occupe de l’action ; l’autre, de la réflexion. Les frères Bloom ressemblent à deux artistes qui érigent le vol en œuvre d’art et dont les arnaques confinent à la sophistication maniaque. Ils utilisent le mensonge pour duper leur entourage en se comportant comme deux enfants qui cherchent à recréer le monde à leur manière, dans une bulle artificielle. Et, de toute évidence, ce sont des extensions de Rian Johnson tant il est impossible de ne pas y voir un parallèle avec sa manière de concevoir le cinéma.
A l’instar de
The Prestige, de Christopher Nolan, où la magie tenait de la formule cinématographique avec des
deus ex machina, des surprises finales et des manipulations, l’intrigue permet de déterminer ce qui tient de la réalité et du bluff. Visuellement, ça se traduit par une esthétique surannée qui cherche à faire décoller le récit pour l’emmener dans une dimension proche du réalisme magique. C’est moins une tendance à l’esbroufe qu’une volonté d’éclaircir le véritable enjeu dramatique sous les oripeaux du film d’arnaque : est-il possible de contrôler le temps ou de modeler un espace-temps ? Un peu comme dans
Brick où il fusionnait deux genres (le teenage movie et le film noir des années 50), Johnson utilise des influences et des archétypes pour les digérer dans un fantasme de cinéma. Une fois que la mécanique est lancée, le cinéaste se promène un peu partout dans le monde, en donnant à l’Europe une connotation romantique propre à l’imaginaire américain. On goûte les personnages excentriques (Rachel Weisz en aristo fantasque et Rinko Kukuchi en assistante muette experte en explosifs) et les situations farfelues selon sa sensibilité. A l’arrivée, l’ensemble tient la route même si à force de discrétion, il risque de passer sous le radar. Pourtant, malgré ses défauts (une fin un peu bâclée, des baisses de régime), il noue un lien affectif suffisamment durable avec le spectateur pour prétendre à un succès d’estime, à la manière de
Bons baisers de Bruges l’an dernier.