"J'ai travaillé avec Walter à Arte, en 1998. C'est un des personnages les plus élégants et délicats du cinéma contemporain. Et il m'a fait comprendre le Brésil, ses douleurs, mais aussi sa culture humaniste et moderne. Il parle un français parfait, et ménage toujours des salves très ironiques dans les conversations. Il incarne une nouvelle génération qui va énormément compter dans les prochaines années. J'irai voir son film, par principe ! Et puis son remake de Dark Water était vraiment très beau, très poétique. On n'en a pas assez parlé."Nicolas Saada
Au cœur de Sao Paulo, Walter Salles, le réalisateur de
Central Do Brasil, nous convie à une nouvelle plongée dans le Brésil du dénuement et de la misère. Ainsi, en nous offrant de suivre les destins croisés d’une mère et de ses quatre enfants,
Une Famille brésilienne nous livre un regard compatissant et pourtant acéré sur le présent et l’avenir de la dixième puissance mondiale.
« Une Famille brésilienne réussit par son économie de moyens, un singulier tour de force cinématographique : montrer et révéler ce qu’est le Brésil d’aujourd’hui, tout en sachant émouvoir, bouleverser et comme Chop Shop dernièrement, construire une dramatique mais sincère et espérance. »
Entre humanisme et découragement…
Femme de ménage dans les beaux quartiers de Sao Paulo, Cleuza est une mère aimante mais dure, à l’image du monde qui l’entoure. Travaillant sans relâche et dans la plus complète illégalité, sa vie se passe entre ses quatre enfants, tous de pères différents, et le club de son cœur, Cruzeiro. Ainsi, entre pauvreté, dénuement et espoir impossible, semble émerger le visage tragiquement habituel d’un Brésil inégalitaire et sans perspectives d’avenir. En effet, son destin de mère besogneuse, célibataire et enceinte pour la cinquième fois d’un homme déjà parti, fait d’elle le triste héraut d’une impasse dans laquelle Lula et les siens semblent ne pouvoir se dégager. Et pourtant, Walter Salles et sa comparse Daniela Thomas explorent toutes les voies possibles qui s’offrent alors aux jeunes pour y échapper et s’en sortir : le football et sa promesse d’un avenir doré, la foi et l’espoir d’un paradis futur, la criminalité et ses dangers ou le retour à la famille par le truchement de ce père que l’on recherche.

Ainsi,
Une Famille brésilienne ne cesse d’interroger sur un double mode, le Brésil contemporain. En regardant le pays auriverde sous ses plus noirs atours, tout en examinant pourtant l’ensemble des possibles qui laissent présager un avenir meilleur pour ceux qui le font et le vivent. De fait, profondément humaniste, le réalisateur de
Carnets de voyage livre un bien singulier visage du pays d’où il vient. Dur, âpre et sans facilité mélodramatique,
Une Famille brésilienne tente de déjouer les clichés et de poursuivre le travail déjà initié douze années auparavant avec
Terre lointaine. Avec une envie, montrer comment la jeunesse réagit et œuvre pour construire son avenir, en dehors de la violence, de la drogue et d’un cynisme qui fondent trop souvent les idées reçues que l’on a de ce peuple facilement réduit au football, à la samba.
…L’image d’un Brésil en devenir

Dès lors, c’est avec distance et lyrisme que l’on suivra ces quatre jeunes en âge de faire avancer leur pays en prenant en main les rênes de leurs vies, tandis qu’en parallèle, s’écrira le destin d’une Mère Courage jouée sobrement par Sandra Corveloni. Actrice justement récompensée par le Prix d’Interprétation féminine lors du dernier Festival de Cannes. Ainsi, l’aîné, Denis, père irresponsable et coursier aventureux, sera tenté par la violence et l’argent facile avant de se reprendre dans une prise de conscience forte qui passera simplement par l’envie d’être reconnu. Dinho, le surdoué du football, osera falsifier son identité pour croire encore à ses rêves et évitera les dérapages qui y sont liés. Pour Dario, la religion évangélique sera une béquille qui lui permettra de ne pas sombrer avant qu’il n’assume les faux-semblants de sa croyance et finalement ce qu’il est. Quant à Reginaldo, le fougueux benjamin, le rêve de retrouver son père, conducteur de bus, l’amènera à une douce folie, obsédé qu’il est par cette quête d’identité qui occupe les quatre enfants de cette fratrie.
En définitive, ces cheminements croisés nous amèneront donc à la problématique centrale d’
Une Famille brésilienne, se demander si l’on peut être et ce que l’on peut faire, quand on ne sait pas d’où l’on vient et que l’avenir ne vous réserve rien. Et cela, le cinéaste le fait passer par deux biais, un récit fictionnel au naturalisme assumé et le choix d’une narration entrelacée que des gestes de mise en scène court-circuitent par instants, comme autant de singulières ruptures stylistiques, toutes destinées à affranchir le film d’une visée purement documentaire et moralisatrice.

Mise en abîme d’un pays par le truchement de sa jeunesse, le dernier film de Walter Salles nous propose dès lors de mieux le regarder pour davantage le comprendre. Sans raccourcis, ni facilité. Frontalement. Dans toutes ses difficultés, ses aspérités et ses doutes. Et c’est ainsi qu’
Une Famille brésilienne par son économie de moyens réussit un singulier tour de force cinématographique : montrer et révéler ce qu’est le Brésil d’aujourd’hui, tout en sachant émouvoir, bouleverser et comme
Chop Shop dernièrement, construire une dramatique mais sincère et espérance.