Marco Tullio Giordana est aujourd’hui connu pour son dyptique de six heures,
Nos meilleures années, qui retracait quarante ans d’histoire italienne à travers une famille déchirée... Il revient cette année avec
Sanguepazzo (
Une histoire italienne), présenté Hors compétition à Cannes, qui porte son attention sur la République de Salo et plus particulièrement sur le couple d’acteurs Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, deux stars du cinéma des « téléphones blancs » que le fascisme avait encouragé. Si le film souffre de quelques grosses longueurs et d’un certain manque de fluidité dans le déroulement de son intrigue politique,
Une histoire italienne possède un joli souffle cinématographique empêchant le film de sombrer dans la simple reconstitution télévisuelle...
UNE HISTOIRE ITALIENNE Un film de Marco Tullio Giordana
Avec Monica Belluci, Luca Zingaretti, Alessio Boni, Maurizio Donadoni...
Durée : 2h28
Date de sortie : 9 Juillet 2008
A l'aube du 30 avril 1945, cinq jours après la Libération, on retrouve à la périphérie de Milan deux cadavres ensanglantés. Une pancarte fraîchement peinte les identifie : Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, exécutés quelques heures auparavant par les partisans. Mais qui étaient Osvaldo Valenti et Luisa Ferida ? Adulé du grand public, le couple, aussi célèbre à la ville qu'à l'écran, faisait partie des acteurs de premier plan du cinéma des "téléphones blancs" que le régime fasciste avait voulu encourager. Parfaits dans les rôles du voyou séduisant et de la femme perdue et sans âme, ils scandalisaient la petite bourgeoisie italienne en incarnant ces personnages anarchisants et dissolus.Faisant suite au très moyen
Une fois que tu es né,
Sanguepazzo constitue une oeuvre nettement plus intérressante du cinéaste italien Marco Tullio Giordana qui choisit ici, à l’instar de Bertrand Tavernier dans
Laissez-passer, de raconter un morceau de seconde guerre mondiale à travers le prisme de l’industrie cinématographique. Ici, le film se déroule en Italie, sous Mussolini et construit le récit découpé d’un couple célèbre : Osvaldo Valenti et Luisa Ferida. Par un habile montage altérné montrant parrallèlement la fuite des deux comédiens et leur gloire révolue, le réalisateur construit une mythologie passionnante autour de deux protagonistes ambigus. On retiendra donc l’excellente prestation de Monica Bellucci, littéralement portée par un rôle de composition dramatique intense dans lequel elle semble s’investir avec une passion rarement vue dans ses films. Son alter-ego, Luca Zingaretti, également parfait dans le rôle d’Osvaldo, construit un élégant personnage, aussi sombre que puissant dont l’audace est néanmoins entachée par une morale abjecte...

Là où le bât-blesse, c’est lorsque le film tente d’intensifier sa ligne dramatique... Trop didactique, foncièrement pédagogique avec une teneur quasi documentaire, le métrage se permet néanmoins quelques envolées qui ne laissent que trop rarement au spectateur le temps de se dérober dans cette histoire. Dense, mêlant éléments politiques à une histoire d’amour à trois,
Sanguepazzo manque parfois de toucher le coeur de son sujet et se perd dans quelques reconsitutions trop convenues desquelles les comédiens ne peuvent réellement tirer parti. Le film, engoncé et trop ficelé perd peu à peu de son souffle et de son prestige à force de démonstration de savoir-faire et de connaissance. Le spectateur lambda, quelque peu perdu dans cette histoire pourtant épique et proprement cinématographique, prend alors ses distances avec ces personnages suffisants, ombrageux et pour lesquels nous nous demandons parfois s’ils méritaient véritablement que l’on étale leur moralité incertaine en cinémascope. Marco Tullio Giordana semble néanmoins conquis par son sujet et s’y plonge à bras-le-corps... De notre côté, c’est un peu flou.

L’intêret du film réside cependant dans sa propension à tracer un parrallèle entre le destin du couple Luisa –Osvaldo et l’histoire entre Mussolini et sa maîtresse Clara Petacci... Subtil et implicite, cet aspect aurait certainement mérité une meilleure mise en lumière. Au final, ce long film historique manque de faire mouche et de tracer un véritable portrait de l’industrice cinématographique italienne sous Mussolini. Ce sujet passionnant n’est pas toujours élégamment traité mais reste néanmoins assez intelligent pour nous faire tenir 2h30. C’est déjà pas mal...
Kevin Dutot







