L'HISTOIRE : Jean-Pierre tente de profiter agréablement de sa retraite. Mais le plaisir sera de très courte durée. Hypocondriaque, il découvre un jour la présence de petites tâches blanches sur ses hanches et s'imagine alors aussitôt être atteint d'un cancer. De son côté, sa femme, Anne, le trompe avec un ancien collègue de travail. Et pour finir, leurs enfants continuent de leur causer bien des soucis. La fille aînée, Cathie, divorcée et mère d'un petit garçon de cinq ans, s'apprête à refaire sa vie avec Philippe, un beauf surnommé « Bac moins six » par le propre frère de Cathie, Mathieu. Ce dernier, homosexuel, vient juste de se faire larguer par son petit ami. Il essaye alors, tant bien que mal, de se rapprocher de sa famille, malgré un père à la limite de l'homophobie... Tous vont ainsi traverser une petite zone de turbulences...
Michel Blanc offre une image possible de ce qu'aurait pu devenir Jean-Claude Dusse avec l'âge
Une petite zone de turbulences ne brille pas par son originalité mais finit tout de même par séduire sur la longueur. Au delà du roman écrit par Mark Haddon, Alfred Lot et Michel Blanc imposent leur regard et leur style sur une histoire définitivement riche en péripéties mais aussi en personnages atypiques. Une série de convenances, donc, heureusement très vite effacées par une folie scénaristique qui n'est pas sans rappeler celle d'Embrassez qui vous voudrez, dernier long-métrage en date signé Michel Blanc.
Une écriture maladroite, peu à peu séduisante
Il y a trois ans, Alfred Lot faisait ses premiers pas en tant que cinéaste avec un long-métrage particulièrement réussi, intitulé La chambre des morts. Aujourd'hui, il délaisse le thriller et le polar pour se lancer corps et âme dans la comédie. Mais pas n'importe laquelle. Il s'inspire tout d'abord d'un roman écrit par Mark Haddon, Une situation légèrement délicate, qu'il réadapte avec la complicité de Michel Blanc. On connaît la plume acerbe de l'ex-membre du Splendid, notamment à travers ses deux dernières mises en scène, Grosse fatigue et Embrassez qui vous voudrez. Cette collaboration augurait donc du meilleur. Mais contre toute-attente, l'ensemble ne prend pas, ou plutôt, ne prend que trop tardivement. La faute principale revient aux personnages, tous aussi convenus les uns que les autres. On a ainsi droit à l'ensemble des clichés généralement propre au cinéma français : un jeune garçon homosexuel, évidemment mal dans sa peau, une femme trompant allègrement son mari avant d'éprouver moult remords, un amant qui se révèle être un ancien collègue du mari cocu, et enfin un futur gendre particulièrement beauf. Présenté comme cela, Une petite zone de turbulences pourrait s'apparenter à une comédie de boulevard extrêmement insignifiante et finalement sans le moindre intérêt. Pourtant, on se laisse progressivement séduire par ces différents caractères, par leurs nombreuses péripéties mais aussi et surtout par tout ce qui les unit, en perpétuels changements. Dès lors, pas de place pour l'ennui, les actions s'enchaînent et participent véritablement à l'enrichissement du script dans la mesure où rien n'est jamais gratuit. Les personnages s'aiment, s'évitent ou se déchirent et proposent au final une vision assez globale des différents rapports humains envisageables sur l'ensemble d'une vie. On ne peut être que séduit. En outre, quelques-uns sortent véritablement du lot, à commencer par Jean-Pierre, brillamment interprété par Michel Blanc. En tant que co-auteur, il semble s'être gardé l'un des plus beaux rôles. Une excellente idée, tant l'acteur se montre une fois de plus irrésistible, drôle et touchant à la fois. Par ailleurs, il offre une image possible de ce qu'aurait pu devenir Jean-Claude Dusse avec l'âge, une sorte d'hypocondriaque totalement fou, au point de se charcuter lui-même lorsqu'il aperçoit une étrange tâche blanche le long de ses hanches. Entre rire et dégoût, nous voilà séduit par un personnage haut-en-couleur que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Gilles BOTINEAU
Portrait en images d'une jolie actrice qui a prêté sa faicheur à quelques comédies romantiques, apparaissant parfois dans des rôles plus graves ou plus grinçants.