L'HISTOIRE : Séoul, 1975. Jinhee a 9 ans. Son père la place dans un orphelinat tenu par des Sœurs catholiques. Commence alors l’épreuve de la séparation et la longue attente d’une nouvelle famille. Au fil des saisons, les départs des enfants adoptées laissent entrevoir une part du rêve, mais brisent aussi les amitiés à peine nées. Jinhee résiste, car elle sait que la promesse d’une vie toute neuve la séparera à jamais de ceux qu’elle aime. Une Vie toute neuve en tant que premier film révèle une personnalité qu’il faudra suivre
Chaque année, le Festival de Cannes donne leur chance à de jeunes talents et l’opportunité qu’il a offerte à Ounie Lecomte cette année, méritait que l’on s’attarde sur Une Vie toute neuve, présenté Hors compétition. En effet, appuyé par Lee Chang Dong, actuellement juré de la Sélection officielle et distingué l’an passé, la jeune femme nous propose un premier long-métrage aussi sensible que personnel tout en s’inscrivant dans la lignée du cinéma français que l’on aime, celui d’une certaine intériorité.
Entre abandon et adoption
En nous contant l’histoire de la petite Jinhee, Ounie Lecomte s’aventure dans un récit qui sous des allures biographiques, retrace avec une infinie pudeur les tourments de l’abandon et l’irrépressible espoir de revoir un père qui vous a abandonné. Cependant, là où tant d’autres mélodrames coréens se seraient aventurés dans le pathos larmoyant, Une Vie toute neuve sait rester à une juste distance, celle qui permet aux sentiments et à l’intériorité de ses personnages de s’exprimer à plein. Ainsi, sous des dehors peu empathiques que certains qualifieront d’excessive réserve, le film documente l’écoulement des jours, l’intensité de la solitude et portraiture avec talent, une fillette perdue au milieu de ses pairs.
Témoignant dans son écriture et sa composition d’un vrai regard, Une Vie toute neuve en tant que premier film révèle une personnalité qu’il faudra suivre, celle d’une jeune cinéaste franco-coréenne faisant montre d’une belle subtilité. Mais tout autant, il permettra de retrouver des personnages qui tisseront d’étonnantes parentés avec les films de Jacques Doillon et d’autres plus divergents comme With a girl of black soil, primé à au Festival asiatique de Deauville l’an passé ou Kes.
De fait, si Une Vie toute neuve n’a pas un impact comparable à celui d’Amreeka par exemple, il n’en reste pas moins le premier pas d’une trajectoire qu’il faudra surveiller. Car le temps aidant et le regard s’aiguisant, la maîtrise et l’humanité d’Ounie Lecomte trouveront – espérons-le – matière à une confirmation plus évidente encore de sa subtilité.