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V pour vendetta

La critique d'Excessif

3/5
v_pour_vendetta_z2coll L'HISTOIRE : Londres, au 21ème siècle...
Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans.
Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant.
Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de "V". Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d'une vie sans amour...
Le drame de science-fiction V for Vendetta est l’adaptation d’un formidable comic éponyme qui donne à réfléchir sur l’anarchie. Aux antipodes du récent Sin City et des fioritures stylistiques de Hulk, le premier long-métrage de James McTeigue adopte un style plus prosaïque et tente, avec ses moyens, de retranscrire la thématique foisonnante du roman graphique. Défi très ambitieux. Sans doute, les puristes qui passeront le film à analyser les disparités entre la bande dessinée et sa transposition filmique risquent de se montrer pointilleux. Le résultat est imparfait mais attachant.

V FOR VENDETTA
De James McTeigue
Avec : Natalie Portman, Hugo Weaving…
Durée : 2h10
Date de sortie : 19 avril 2006


A l’origine, V for Vendetta est l’adaptation d’un roman graphique éponyme de l’auteur de bandes dessinées britannique Alan Moore qui emprunte au 1984 de George Orwell et qui est paru dans les années 80. Depuis, le bouche-à-oreille a fait ses beaux effets. Dans une Grande-Bretagne assujettie au joug totalitaire, pays régi par une dictature fasciste suite à un conflit nucléaire, les étrangers, les opposants politiques et les homosexuels sont exterminés dans des camps de concentration. Epoque sinistre et morne où il ne fait pas bon vivre. La jeune et frêle Evey sort de chez elle : des vieux éméchés tentent de la violer. Mais un homme masqué vient la sauver. Lui, c’est V, anarchiste cordon bleu, qui tente d’ébranler le système autoritaire au pouvoir par des actions terroristes et des opérations de sabotage.
Premier constat : V for Vendetta, version cinéma, génère autant de frustration que de satisfaction. Frustration parce que le manque de moyens est flagrant (comme si par intermittences le film se sabordait lui-même – réceptacle des tensions Wacho-McTeigue ?) ; satisfaction, parce que le résultat aurait pu être plus déshonorant (on est plus proche de From Hell, des sous-estimés frères Hugues, que de La ligue des gentlemen extraordinaires, de Stephen Norrington). Mais les problèmes vont naître d’un malentendu : le film, mal vendu, essentiellement aux profanes qui s’attendent assurément à un ersatz de Matrix avec Natalie Portman, risque de déconcerter ceux qui avaient une idée bien précise du dessein.


Sur le papier, la gageure était ardue : résumer une immense bédé subversive, corrosive et intelligente en seulement deux heures de bobine. Et partait sur un mauvais pied (Alan Moore a renié le film si bien qu’il n’est même pas cité au générique). Toute la richesse du comic originel résidait dans sa thématique dénonciatrice. Par chance, le film conserve son essence (une fidélité appréciable) et sa propension pour les coups de théâtre inattendus (dont un suffisamment habile pour impressionner ceux qui le connaissent déjà). Certains passages sciemment éludés appuient les lacunes. Puisque des éléments aussi essentiels qu’obscurs sont survolés comme l’identité de V (à la base, on ne sait pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme – et le choix d’Hugo Weaving s’avère ainsi adéquat) ou la provenance des roses qu’il donne à ses victimes (expliquée dans la bédé). D’où un manque de cohérence dans l’enchaînement des événements. D’où un manque de cette subtilité qui faisait toute la richesse du roman graphique de Moore. D’où une obligation limite démonstrative qui consiste à marteler le message.


Autre écueil : le manque d’intensité. Sans doute manque-t-il le tourbillon Kafkaïen idoine pour étayer la critique du système dictatorial. Comparativement à la bédé, c’est édulcoré sans pour autant être aseptisé. Bref, on est encore loin de Brazil (Terry Gilliam, 84), chef-d’œuvre incontesté et incontestable, ou même du vertige Orwellien (que l’on a également du mal à mettre en images – remember 1984). L’atmosphère manque de menaces ostensibles comme de dangers potentiels même si les méchants sont bien présents. Et les passages rudes, itou.
Là où le film gagne des points, c’est dans sa détermination à dynamiter le manichéisme de base via un romantisme trash aussi discret que sensible (le tueur qui donne une rose à chaque victime pour achever sa vengeance – des victimes qui ont droit au pardon). De même, la très bonne surprise du film vient du choix a priori paradoxal de Natalie Portman pour camper l’héroïne alors qu’il s’impose de lui-même. L’actrice, qui – au cas où certains ne le sauraient pas encore – n’a pas hésité à se raser la tête, apporte autant de robustesse que de sensibilité à son personnage. A mille lieues des potiches superfétatoires. Sans céder à la minauderie. Sans conférer d’accents mièvres ou provoquer une histoire d’amour accessoire. Son personnage, fort de son expérience, sait être à la fois vulnérable et obstiné. Dans un second rôle – bien que sous-exploité –, John Hurt impressionne en dictateur furibard qui singe Hitler. Si Stephen Rea manque d’expressivité dans le rôle du flic, notamment dans la séquence assez réussie de la prémonition qui dans le roman est bien plus hallucinante, Stephen Fry offre une parenthèse charmante et rassurante dans un monde hostile voué à une déshumanisation aussi progressive qu’insupportable. Sinéad Cusack bénéficie d’un second rôle aussi bref qu’intense qu’elle met subtilement en valeur.


Résultat point avare en défauts. Mais il faut louer l’effort d’adaptation. Aux commandes ? James McTeigue qui n’a jusqu’à présent travaillé que comme assistant réalisateur, d’abord en Australie, jusqu’au milieu des années 90, puis aux USA (il a été le collaborateur de George Lucas, d’Alex Proyas et des frères Andy et Larry Wachowski) et qui signe présentement son premier long. Les enjeux dramatiques de la bédé sont respectés en dépit de quelques changements notables, comme ce dénouement spectaculaire (où est passé le retournement de situation final de la bédé?) ou même le gimmick autour de Edmond Dantès, très superflu.
On sent que le problème du film vient de son incapacité à trouver un axe qui lui sied. Les scénaristes Wachowski ont certainement voulu privilégier le divertissement avant de céder aux revendications politiques. Sans doute parce que le sous-texte de la bédé subodore des idées qui peuvent inquiéter les studios à une grande heure de consensus mou (David Fincher a fait Panic Room, exercice de style Hitchcockien pour rassurer ceux qui avaient perçu des idées pas nettes dans l’anar Fight Club). D’aucuns risquent d’y voir un pamphlet pro-terroriste (voire anti-Bush) – faut-il aller aussi loin ? – mais, malgré les apparences, V for Vendetta n’est pas un film provocant ou agressif. C’est ce qui fait sa fragilité et sa densité. Il ne manque pas de lisibilité non plus : que l’on rassure les perplexes, les dialogues des Wacho bros sont clairs et point parasités par les oscillations quadrangulaires ou les environnements quantiques multidimensionnels si chers à la trilogie Matrix.


A vrai dire, on se demande même si les Wachowski n'ont pas tourné plus que seulement quelques scènes tant le recours à l’esthétique des frangins est incontestable. Mais ce n’est pas toujours le cas : les scènes domestiques entre V et Evey sont illustratives. C’est un film fait de fulgurances fugitives mais qui n'évite pas quelques ornières. On pouvait attendre plus d'exigeance formelle ; ce qui aurait ainsi placé cette œuvre à la hauteur de ses ambitions. On attendait peut-être trop ; ou alors on ne s’attendait pas un tel édifice. Mais, en l’état, l’ensemble, touchant et estimable, provoque une sympathie immédiate dans son refus des conventions Hollywoodiennes et son envie d’imposer au maximum la singularité de son canevas de base. Ce n'est pas rien.

Romain Le Vern

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