Dire que Vaillant va plaire aux bambins, ce n'est pas prendre de risque. Parents accrochez vous, puisqu'il risque d'être catapulté par la multitude de produit dérivé : les boites de céréales, les cartables, les tests de grossesse, j'en passe et des meilleurs…
CINE : VAILLANT
Un film de Gary Chapman
Avec les voix de Eric et Ramzy (vf), Ewan Mc Gregor (vo), John Cleese (vo)
Durée : 1h15
Sortie : 30 Mars 2005Angleterre, 1944. L'issue de la guerre repose sur des "aviateurs" fringants et casse-cous, qui portent des messages en France au péril de leur vie : ce sont... des pigeons ! Mais la mythique "Escadrille Royale des Pigeons de Combat" est décimée par d'impitoyables faucons allemands et il ne reste plus qu'une bande de "bleus" encore à l'entraînement ! Vaillant, frêle et maladroit, Bugsy, qui ne cherche qu'à déserter, ou leurs idiots de compères, ne sont absolument pas prêts pour le combat ! Parachutés en France, ces cinq pigeons balourds réussiront-ils à retrouver les souris résistantes sans tomber dans les griffes des faucons ? Le destin de l'Angleterre est entre leurs ailes !Des pigeons gentils et aventuriers, un héros qui doit faire ses preuves, des zanimaux mignons, des gags... tout dans
Vaillant est préparé pour plaire aux enfants. Mais où se situe la différence entre un bon film pour enfant et un mauvais ? Qu'est-ce qui différencie une production de Pixar (
Toy Story, Les Indestructibles, Le monde de Nemo, ...) de ce
Vaillant produit "par le producteur de Shrek" (ce que clame l'affiche) ? Tout. Car si les enfants de moins de cinq ans trouveront ici leur compte, le film n'en demeure pas moins à la limite du supportable pour un adulte même peu exigeant. Réalisé dans une 3D techniquement faiblarde,
Vaillant propose un rendu graphique et une mise en scène statique proche d'une démo en image de synthèses que l'on trouve sur Playstation. Sans aucune originalité esthétique,
Vaillant aurait certainement gagné en style si le film avait été réalisé comme un dessin animé. Mais plus personne ne fait de 2D : "c'est pour les has been ou les japonais", c'est bien connu. L'autre problème visuel est simple : on ne trouve ici aucune ambiance. Car si on a déjà trouvé des court-métrages fabriqués dans un grenier en 3D approximative qui arrivaient à nous séduire,
Vaillant échoue à nouveau lamentablement.
Tout d'abord le film est bourré de stéréotypes qui énerveront toujours. Le méchant de service est un allemand, un faucon Aryen (blond aux yeux bleus) avec un bandeau de pirate et du cuir partout sur lui. Vous me direz : "oui mais quand même c'était eux les méchants pendant la seconde guerre"…. C'est indéniable. Mais pourquoi céder à cette facilité et ne pas mettre en scène par exemple un traître, ce qui aurait permis de véhiculer les mêmes thématiques, à savoir l'amitié, la patrie, le devoir, le courage, la dextérité, l'amour, la haine, les petits chiens qui font waf waf… Au lieu de cela,
Vaillant s'enfonce dans la caricature au point de s'embourber dans des gags et stéréotypes longs, ennuyeux, répétitifs, et - pire encore – prévisibles...
Même avec la meilleure volonté du monde on ne peut considérer
Vaillant comme quelque chose de thématiquement acceptable. Se dire que Roosevelt, Churchill et De Gaulle s'en remettraient à l'animal le plus con qui soit à savoir les pigeons (bon d'accord ex aequo avec les dauphins) tient de l'insulte. Certes leur rôle est bien réel dans la seconde guerre mondiale, servant de messagers dans certaines situations... mais de là à amener à la conclusion du film, il y a un fossé. Si, comme le scénario le demande, Gary Chapman avait fait cœxister les pigeons au monde humain, le film aurait sensiblement gagné en dynamisme. Pour couronner le tout, Chapman, n'a certainement jamais vu de pigeon, ni leur démarche ridicule ni décoordination entre sa tête et son corps. L'humour également fait considérablement défaut, l'ensemble des gags étant réservé au moins de huit ans, un seul – présent dans la bande-annonce – où les pigeons doivent distinguer lors de leur entraînement les amis des ennemis réussissant à faire rire l'ensemble des spectateurs.

Avec la modique somme de quarante million de dollars, le réalisateur Gary Chapman nous pond une heure quinze absolument interminable et imbuvable. Les enfants à qui il suffit de voir un pigeon mignon agiter ses ailes et énumérer ses bons sentiments adoreront bien sûr. Quant aux parents qui les accompagnent, ils se demanderont ce qu'ils ont fait pour mériter ça, se remémorant les meilleures scènes du dernier Pixar ou dernier Shrek pour se distraire du spectacle consternant se déroulant sur l'écran.