La critique d'Excessif

1/5
vend13remake_vign23ok L'HISTOIRE :

Une rumeur plane au-dessus des eaux de Crystal Lake : la mère d'un jeune handicapé nommé Jason, noyé lors d'une colonie de vacances, serait revenue pour accomplir sa vengeance contre les moniteurs. Assassinée, c'est bientôt son fils, revenu d'entre les morts, qui reprend le flambeau et décime quiconque s'aventurera du côté du lac ...

Les néophytes grinceront des dents, les fans pleureront

A l’heure où il fait bon remettre les grandes séries horrifiques au goût du jour, la franchise Vendredi 13 possédait une place de choix. Avec une réputation de franchise culte un poil usurpée et un boogeyman mythique, la saga lancée par Sean S. Cunningham se devait, elle aussi, de bénéficier d’une cure de jouvence à l’instar des chefs-d’oeuvres de Hooper, Rosenberg, Romero ou encore Carpenter. Avec à la tête du projet l’énergique Marcus Nispel, déjà responsable de la très réussie relecture de Massacre à la tronçonneuse, le spectacle s’annonçait comme clairement jouissif, le clipeur allemand ayant fait ses preuves dans un parti pris relativement brutal… Or ce Vendredi 13 cuvée 2009, nouvelle production Michael Bay, est tout sauf attractif ! Et même si la qualité des plans fait illusion quelques instants, la vérité est bien plus lourde à digérer. Nispel livre ni plus ni moins que l’un des épisodes les plus pénibles et paresseux de l’histoire de la licence, suscitant ainsi une véritable déception.

 

 

On peut dire qu’on l’attendait ce film ! Non pas qu’il s’agisse en soi d’un évènement. Les remakes pullulent de plus en plus et on s’attendait, un jour ou l’autre, à découvrir une relecture de la balade morbide de l’immortel Jason Voorhees, bonhomme noyé et détenteur du masque de hockey le plus célèbre du cinéma. Son remake était en effet une mise en exergue légitime, le bourrin désoudeur de teens ayant connu ses grandes heures de gloire dans les années 80, période bénie durant laquelle tous les Myers et autres Krueger étaient encensés pour leurs exploits meurtriers. Ainsi, pendant plus d’une dizaine d’épisodes, le monolithe qui hantait Crystal Lake se fera le représentant le plus divertissant d’une forme d’horreur d’exploitation, la plupart de ses volets possédant des budgets restreints et étant suffisamment mal bouclés pour devenir un rendez-vous annuel du cinéma bis et brutal… La recette était simple, quelques jeunes aux tendances débilitantes, un Jason rédempteur et sans pitié et surtout une palanquée de meurtres tous aussi infâmes les uns que les autres, une ou deux poitrines et quelques gags bas de gamme aérant le tout. Avec un concept pareil, la franchise des Vendredi 13 prenait les atours d’un rencard culte, les amoureux de gore et de fear & fun étant conviés à la découverte d’un nouveau plaisir coupable. Alors, quand la série se verra offrir l’opportunité d’être reprise dans le but de récupérer une notoriété faiblissant d’épisode en épisode et que l‘on annonça que Nispel porterait le projet, l’imaginaire des supporters de toujours s’emballa. Marcus Nispel… N’était-ce pas celui qui avait suffisamment compris le travail de Tobe Hooper pour offrir un complément plutôt qu’une relecture au classique texan ? A la place de refaire le film du maître, il s’était attelé à la tâche de faire un « film sur la saleté » tandis que le chef-d’oeuvre s’appréhendait comme un « métrage résolument sale ». De la même manière que Douglas Buck avait misé sur la mise en place d’un reflet déviant du Soeurs de sang de De Palma ou que Rob Zombie s’était penché sur l’humanisation maladive de The Shape dans son Halloween… Nispel aux manettes d’un Vendredi 13 semblait donc tomber sous le sens mais hélas, à la place de réinventer un mythe, il se fourvoie et propose un énième épisode d’une lignée qui n’en finit plus…

 

 

 

Mais qu’a-t-il pu se passer chez Nispel pour parvenir à faire fléchir une série qui était déjà sur les rotules ? Car restons objectifs quelques instants : si la franchise lancée par Cunningham reste un monument de ringardise et l’illustration parfaite d’une corde que l’on tire jusqu’à ce qu’elle rompe, la saga conservait un capital sympathie improbable, chaque nouvel épisode entretenant cette dimension folle d’une histoire interminable, le seul désir étant de faire plaisir aux geeks ou aux spectateurs d’un soir ! D’ailleurs, on pourra même prétendre que la véritable magie de Vendredi 13 est d’être parvenue à toujours se faire apprécier même dans les moments les plus ingrats ! On aurait donc pu penser que reprendre tout cela pour en faire quelque chose de convenable pour un public de non-initiés aurait été chose aisée. Au mieux, le film de Nispel était une excellente surprise, l’horreur développée faisant passer l’ensemble du statut de Culte à Classique ! Au pire, le métrage ne restait qu’un bon divertissement, bête et méchant, une péloche pop-corn dont la seule ambition serait d’offrir autant de sursauts et de scènes gores que pourrait encaisser le public ! Hélas, la cuvée 2009 est bien rance et, face à la déception première, on se surprendra à en soulever beaucoup plus les points négatifs que les quelques vaines honorables tentatives.


Pourtant, des points positifs, il y en a. Commençons par cette mise en scène qui reste tout de même relativement soignée. Certes on ne cessera de rappeler à quel point elle reste fonctionnelle, cependant il serait regrettable de ne pas reconnaître le talent du réalisateur de Pathfinder à mettre en image: que ce soit dans les champs texans, sur les champs de batailles vinkingo-amérindiens ou dans les marais boueux, Nispel sait résolument construire ses plans et composent remarquablement bien ses tableaux. D’ailleurs, on se surprendra à désigner cette évidente qualité comme un handicap majeur : si les plans de contextualisation tiennent habilement la route et décrivent un univers angoissant se référençant directement aux mythes urbains et à l’imaginaire collectif, cette maîtrise visuelle dessert incroyablement la nervosité du propos. En découle une absence totale de tension, celle-ci étant doublement désarmée par la seconde grande qualité du métrage! Un mérite qui est merveilleusement bien amorcé mais qui se perd lui-même dans sa propre logique. Le principal enjeu lorsque l’on relance une série culte, c’est de parvenir à redonner une grandeur à son icône… Dans le cas présent, il s’agit de Jason Voorhees. Au cours de ses quelques douze aventures, il aura toujours été abordé de la même manière: une brute masquée, sorte de monstre sanguinaire zombifié, un barbare décérébré décimant les campeurs qu’il juge responsable de sa noyade et du meurtre de sa mère… Même s’il est impossible de retoucher aux grandes lignes de l’histoire du personnage, Nispel innove et lui offre une nouvelle vivacité : adieu les défonçages grossiers d’un Kane Hodder, au revoir les apparitions balourdes et brutales… Le réalisateur souhaite son Jason humain et cohérent : s’il entretient toujours une silhouette de bodybuilder désincarné, le Jason de Nispel court, réfléchit et se révèle être avant tout une sorte de chasseur primitif.

 

 

 

Déjà développé dans quelques épisodes dont Le tueur du vendredi qui se clôturait dans la cabane du boogeyman, tout un univers se retrouve décrit dans l’intrigue 2009, le tout tendant à expliquer le quotidien de cette créature rustre et revancharde. Que ce soit le vol d’essence pour son générateur ou la défense de son territoire, Jason se fait marginal terrible, dormant dans son lit le soir et tentant de faire perdurer la mémoire de sa défunte mère… Une vision plutôt appréciable qui, mêlée à la dextérité surprenante du titan, apporte réellement de l’eau fraîche à un moulin en ruine. Mais à force de trop vouloir dévoiler les coulisses de Voorhees, Nispel finit par en perdre toute la finesse. Ce que le public appréciait jusqu’à présent dans cette masse de haine désespérée, c’était justement ce manque évident d’humanité ! Rappelez-vous cette grâce mélancolique que véhiculait la malédiction Voorhees : après avoir fait le ménage, il retournait moisir sous terre en attendant de nouvelles proies… Une situation certes grotesque mais qui renvoyait directement aux mythes fondateurs du monstre romantique et dont les grandes figures restent Dracula ou Frankenstein. Ici, on nous le dévoile maître d’un univers souterrain, creusant autant de galeries labyrinthiques que lui en laisse le temps et rappelant ainsi les thématiques « d’envers du décor » qu’a développé Tobe Hooper dans nombre de ses métrages… Ainsi, tout ce que gagne le personnage en crédibilité, il le perd en subtilité.

 

Semblant être la seule vraie ligne directrice du récit, le développement de la figure Jason Voorhees offre alors au film une drôle de structure : si l’on ne s’affolera jamais d’un récit structuré en trois actes, on s’étonnera pour le peu d’une série B scindée en trois parties bien distinctes. Le métrage fonctionnant sur un rapport constant de passivité avec son spectateur et ne promettant ainsi aucune surprise, nous pourrons donc nous pencher plus minutieusement sur certains détails. Tout d’abord, le générique nous dévoile l’assassinat de Mme Voorhees. Dans un but certain de conquérir les spectateurs néophytes, Nispel s’empresse de retourner la séquence culte du film de Cunningham, y précisant quelques futiles variantes… Inutile mais rafraichissante, cette séquence introduit une nouvelle intrigue se déroulant quelques trente années plus tard : une bande de jeunes, venus chercher quelques pieds du cannabis se développant dans les sous-bois de Crystal Lake, se fait gentiment dézinguer… Sorte de court-métrage à part entière dans le film, cette partie laisse enfin la place à la réelle trame : une nouvelle bande de copains vient dans la région pour un week-end biture, le frère de l’une des disparues de la seconde partie faisant lui aussi partie du voyage… Si en soi chaque partie est cohérente, elles handicapent pourtant pleinement le récit. Passons le générique, la seconde réduit de quelques vingt minutes la principale qui, finalement, perd de son potentiel cathartique. N’ayant plus le temps de développer ses personnages, elle les réduit à de vagues et grossières caricatures de jeunes adultes, ivrognes et toxicos, et se définissant eux-mêmes comme « clichés » ! Leurs seules motivations seront donc, au choix, de coucher, se masturber, boire dans une chaussure ou de surveiller que la maison familiale soit couverte de gerbe… Les puristes, et ils auront raison, signaleront que là est le concept même du slasher movie : les protagonistes tombant dans les excès sont systématiquement annihilés par le boogeyman, symbole suprême et puritain… Hors, là où la question était, jusqu’alors et traditionnellement, « lesquels vont mourir ? », elle devient royalement tendancieuse dans la version de Nispel puisqu’à la question « lesquels méritent de survivre ? », il semble évident que la réponse est « personne ! »… Cela aurait pu être pris au second degré si, hélas, le métrage ne tentait pas de se faire passer pour quelque chose de sérieux. L’absence totale d’humour, dans ce cadre, finit par enfoncer le clou.

 

 

 

Ne restent plus alors que quelques meurtres amusants, la grande majorité se faisant relativement banale : égorgement, hache dans les omoplates, machette dans le front… Les victimes tombent comme des mouches sous les coups du géant Voorhees, la force de la masse étant telle qu’aucune défense n’est possible ou envisageable. Jimmy, Bobby, Ricky ou Michael ira donc chercher un marteau dans le débarras et se fera fatalement trucider… Et ainsi de suite ! Pas une once de surprise ne vient nous sauver de cette catatonie improbable, vingt ans de slashers et quelques centaines de bobines n’aidant visiblement pas Nispel à créer une nervosité… Peut-être alors le spectateur résolument déçu s’émerveillera devant quelques élans de bonne volonté (la scène du bateau ou celle du sac de couchage) mais ce sera sans doute en désespoir de cause. Sans doute, les aficionados repèreront les quelques références ici et là à la série… Resteront tout de même au travers de la gorge quelques manifestations flagrantes de fainéantise telles que l’origine du masque par exemple (Jason commence le métrage avec son sac à patates : un bon point !) ou encore cette description autrefois amusante de la populasse redneck, qui mise à côté des jeunes blaireaux finit par offrir une certaine légitimité au gros débile de Crystal Lake… Vendredi 13 n’est donc ni fun, ni bourrin, ni bien foutu, il semble évident qu’il ne s’agit que d’un épisode malade de plus dans une franchise déjà fragile ! Face à la déception que représente le film de Nispel, on ne pourra qu’aller se réconforter dans les bobines des Carpenter, Cunningham, Clark, Meylan et autres Craven qui, malgré leurs quelques décennies prises dans les dents, sont toujours aussi charmantes…

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Le verdict des internautes

Total des votes : 9

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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