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Victoria : les jeunes années d'une reine

La critique d'Excessif

3/5
victoria_affiche_vign L'HISTOIRE : La reine Victoria fut l’une des souveraines les plus importantes du monde. Son tempérament, sa vision et sa personnalité hors norme en ont fait une souveraine d’exception et une femme extraordinaire. Elle monta sur le trône d’Angleterre à l’âge de 18 ans. Le film nous plonge au cœur d’un fascinant destin qui, des premières années chaotiques à sa légendaire histoire d’amour, devint une saga inégalée.
Le drame historique se mêle au drame amoureux d’une façon tout à fait romanesque.

Juin 1837, le roi Guillaume IV meurt de sa belle mort et laisse la très jeune Victoria devenir la nouvelle reine d’Angleterre. La jeune femme vient d’avoir dix-huit ans et son entourage n’attend pas pour placer ses pièces sur l’échiquier politique du royaume. Inexpérimentée et fort mal entourée, la jeune souveraine doit trouver la confiance en elle-même pour mener le pays d’une main de fer. Deux ans plus tôt, elle rencontre Albert, un jeune prince de la branche allemande de la famille. Elle trouve en lui un confident et un ami puis l’être cher lorsque leur union est consentie quelques mois après l’accession au trône. Loin de sa mère castratrice et de son ambitieux et violent conseiller Sir John Convoy qui tentent de l’évincer en instituant la régence, Victoria apprend les règles du jeu très dangereux de la politique, elle qui fut cloîtrée par sa mère durant tout son enfance. L’histoire verra durant son règne l’épanouissement de l’ère victorienne et l’expansion de l’empire britannique à travers le monde…

 

 

Les histoires de souverains ont toujours été du pain béni pour le cinéma qui a souvent su jouer des complots et des relations complexes des cours d’Europe pour proposer aux spectateurs une plongée vertigineuse dans les affres du pouvoir royal. En cela Victoria ne déroge pas à la règle même si le film préfère s’attarder sur une période peu connue de sa vie, celle de son adolescence, avant son accession au trône. Fille absolument obéissante et dévouée, l’approche de son couronnement va modifier son caractère alors que les personnages influents de la cour commencent à la fréquenter. Le drame historique, c’est à dire les complots familiaux et les clivages politiques, se mêle au drame amoureux d’une façon tout à fait romanesque. L’épanouissement de son amour pour Albert sera la condition sine qua non à sa réussite politique, faisant de Victoria la reine qui a su déjouer les pièges de sa jeunesse et de son inexpérience.

S’il faut louer la qualité de jeu irréprochable du couple royal (Emily Blunt et Rupert Friend), l’on peut néanmoins regretter un certain manque d’audace dans la mise en scène du cinéaste Jean-Marc Vallée, réalisateur de C.R.A.Z.Y. il faut le rappeler. Certes le matériau n’est pas facilement malléable mais le cinéaste compte davantage sur la performance des acteurs en costumes et le faste des décors pour impressionner plutôt que sur une lecture personnelle du sujet. Le film est techniquement parfait mais l’on ne sent pas de touche particulière dans sa mise en œuvre. Si l’intimité de la reine se juxtapose à sa pratique du pouvoir, les dialogues en disent plus long que les images. L’homogénéité règne là où il aurait fallu marquer la distinction entre l’être et le paraître, Victoria apprenant cela rapidement à ses dépends.

 

 

 

Le film néanmoins déjoue les pièges habituels de ce genre d’exercice, celui de la fascination de l’image pour l’image, de la restitution historique pour elle-même. Les plans d’ensemble sont peu nombreux et jamais à aucun instant les demeures royales sont offertes totalement à la vue du spectateur. A l’image de Victoria qui y vit de façon presque recluse, le spectateur ne peut échapper à son point de vue. Les dialogues eux-mêmes échappent à la tendance théâtrale et précieuse, le vocabulaire et le phrasé semblent même très modernes. La réussite du film tient certainement à la hauteur à la quelle se place le cinéaste, celle de la jeune et très belle Victoria qui découvre dans les premières années de son règne la rude tâche qui l’attend. Nous sommes loin de l’Angleterre conquérante, colonialiste et puissante à venir, tout juste pense t-on que le pouvoir royal ne dépasse pas les limites des jardins splendides autour du palais. La lourde charge qui pèse sur le trône contraste avec l’étonnante invisibilité de ce même pouvoir, un pouvoir dont par ailleurs l’on doute que la reine contrôle seule les rênes.

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