La critique d'Excessif

3/5
violentdays135 L'HISTOIRE : A Paris et au Havre, des rockers continuent de rêver à un pays qui n'existe pas : l'Amérique.
Violent Days dessine le visage inédit d’un certain monde ouvrier.

Paré d’une esthétique estampillée Nouvelle Vague en noir et blanc, Violent Days nous plonge dans une époque indistincte, en France, dans le milieu ouvrier, au sein de la communauté des amateurs de rockabilly. On découvre le cinéma racé de Lucile Chaufour.



 

Lucile Chaufour a du style. On ne la connaît pas encore très bien (son premier film, L’amertume du chocolat, n’est pas encore sorti), mais Violent Days laisse présager d’un talent singulier.

D’emblée, le film affiche une esthétique « arty », vintage en diable. Le noir et blanc est classieux, charbonneux, la caméra, à l’épaule : on se croirait dans un Godard. Les personnages ont des looks pas possibles, très marqués fifties, rock’n’roll à l’ancienne, avec la banane et les santiags. L’allure des pionniers du rock, d’Elvis, Gene Vincent et les autres. Dans un appartement étroit, dont l’exiguïté est renforcée par le filmage en plongée, trois hommes d’une trentaine d’années picolent à une table, en compagnie d’une jolie femme, poupée platine fragile et solaire jouée par Serena Lunn. Sous son œil soigneusement maquillé mais réprobateur, ils jouent dans la cuisine, se jettent des bouteilles, comme des gamins mal élevés. Elle les gronde, sans trop de succès. C’est qu’ils sont contents à l’idée de se tirer de leur grisonnante banlieue parisienne, pour Le Havre, voir un concert.

Hypnotique, infinie, libératrice, la route a des airs de road movie américain. Lucile Chaufour se joue des frontières, et des époques. On ne sait pas quand se situe le récit de Violent Days. Les années 1970 ? 1980 ? 1990 ? Les vieux modèles de voitures renseignent vaguement, vite contredits par l’apparition d’autos de collection type Cadillac. Un monde à part, atemporel : les parasites ajoutés sur la pellicule salissent l’image, et uniformisent du même coup un matériau pourtant hétéroclite, entre docu et fiction. En brouillant les indices spatio-temporels, la cinéaste modèle un film hybride assez fascinant. Elle incruste ainsi des témoignages audio, documentaires, sur des scènes de fiction, ce qui donne un film-collage complexe, loin du fétichisme rétro, qui tient en alerte. Violent Days interroge constamment la véracité du spectacle qu’il dévoile, de l’époque, dans un même élan poétique et politique.

 

Car au-delà du simple road movie frenchy flattant nos imaginaires américanisés, Violent Days dessine le visage inédit d’un certain monde ouvrier. Celui des fans de rock old fashion, les Teddys et les autres, communauté avec ses codes et ses uniformes bigarrés. Jamais en surplomb, le micro et la caméra de Chaufour captent leurs angoisses frontalement, à travers des témoignages plein d’humanité, et parfois d’humour triste. Comme l’histoire de cet ouvrier qui a travaillé toute sa vie en attendant la retraite. Le jour venu, il se retrouve seul avec sa femme, toute la journée… Les heures passent, et alors seulement, il se rend compte qu’ils n’ont rien à se dire…L’ouvrier finit par retourner voir ses copains, restés à l’atelier. Les personnages (fictifs ou non) de Violent Days cherchent eux aussi à s’évader de leur condition sociale, le temps d’un concert, d’une sanglante bagarre, ou d’une simple bouffée d’air par la fenêtre de l’auto. Avec en fond sonore, leur Eden rock rêvé, leur petit bout d’Amérique.

Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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