Superbe hommage à la maternité,
Volver signe le retour de Pedro Almodovar à une veine plus réaliste de son œuvre et offre à Pénélope Cruz LE rôle de sa carrière.
VOLVERUn film de Pedro Almodovar
Avec Penelope Cruz, Carmen Maura, Lola Duenas
Durée : 2h01
Ceux qui ont déjà parcouru les salles de l’exposition parisienne consacrée à Pedro Almodovar (à la Cinémathèque française) auront peut-être retenu cette phrase du cinéaste : «
rentrer à la Mancha, cela veut toujours dire pour moi retourner en enfance et retrouver ma mère ». C’est dans la section «Emois » de l’exposition que l’on trouve la citation, qui en dit long sur la charge émotionnelle contenue dans
Volver et son histoire soumise au vent de la Mancha, «
une histoire complexe et simple, émouvante et atroce, qui affecte les femmes de la famille de Raimunda, ses voisines, et quelques hommes ». Il faut dire que ces derniers sont rapidement et radicalement éliminés du film, laissant les femmes hypnotiser l’écran et ses spectateurs.
Les larmes qui coulent à l’issue de la projection sont celles que l’on a souvent retenues au cours du film, bouleversés par la profondeur du cinéaste quand il aborde un sujet aussi douloureux que la mort de la mère. Si ce nouveau long métrage s’appelle
Volver, qui signifie « revenir », c’est aussi pour dire le nécessaire retour de la mère disparue, y compris sous la forme d’un fantôme. Pour autant, Almodovar, comme toujours, mêle les genres et livre tout sauf un mélo. Le burlesque est omniprésent dans le film, incarné par la géniale Carmen Maura, qu’il retrouve après 17 ans d’une séparation comme seuls les vieux couples savent surmonter.
Bien que parlant beaucoup de la mort,
Volver est donc à l’image de la scène qui ouvre le film, chaleureuse et ensoleillée. Trois générations de femmes s’activent dans le cimetière d’un village de la Mancha, époussetant les tombes, papotant, échangeant rires et larmes. L’énergie qui se dégage de cette tribu féminine apparaît d’emblée comme une victoire sur la mort, apprivoisée, maîtrisée. Comme le confirme Pedro Almodovar, «
j’ai toujours admiré et envié le naturel avec lequel les gens de chez moi parlent de leurs morts, cultivent leur mémoire et entretiennent régulièrement leurs tombes ».
Au milieu du groupe, Raimunda - radieuse Pénélope Cruz - se détache immédiatement. La silhouette est plantureuse, le regard ourlé de noir, la beauté éclatante. Plus le film avance, et plus l’hommage d’Almodovar aux stars italiennes des années 50 est évident : Anna Magnani apparaît dans le film au travers d’un extrait du Bellissima de Visconti tandis que la scène –mythique – qui voit Raimunda faire la vaisselle l’impose comme la digne héritière de Sophia Loren en femme du peuple, autrefois fantasmée par Vittorio de Sica ou Ettore Scola.
Pedro Almodovar dit avoir voulu faire d’elle l’incarnation de la maternité, une femme forte et combattante, à l’image de celles qui ont peuplé son enfance. Au passage, il métamorphose Pénélope Cruz, trop souvent lissée par le vernis hollywoodien. En sortant du film, la question s’impose : que va chercher la belle aux Etats-Unis quand elle a, aux pays, un cinéaste prêt à lui offrir de telles preuves d’amour et de talent ?
Si Almodovar renoue avec un certain réalisme, il n’oublie pas pour autant ses couleurs fétiches, pas plus que ses incroyables idées graphiques : un Sopalin qui s’imbibe de sang, une plongée dans le décolleté de Pénélope, un champ d’éoliennes, les fleurs qui s’épanouissent dans le générique de fin… et toujours, la superbe musique d’Alberto Iglesias.
Qu’un cinéaste puisse réussir une telle alchimie entre profondeur et légèreté, entre la vie et la mort, qu’il puisse toucher au cœur même du mystère féminin et maternel, ne cessera jamais de nous surprendre. Pedro Almodovar dit ne pas croire aux apparitions ; nous croyons, nous, au miracle de son talent et de sa sensibilité.