On connaissait l’actrice Adrienne Shelly pour sa carrière chez Hal Hartley
(
The unbeliveable truth et
Trust me). Ce qu’on savait moins, c’est qu’elle était aussi réalisatrice – la majorité de ses longs-métrages étant inédits en France.
Waitress est celui qui a connu le plus grand succès d’estime en plus d’un passage remarqué au festival de Sundance. Une bluette, certes, mais une bluette qui ne rougit pas devant l'innocuité de certaines situations.
WAITRESSUn film de Adrienne Shelly
Avec Keri Russell, Nathan Fillion, Cheryl Hines
Durée : 1h28
Date de sortie : 05 septembre 2007En surface,
Waitress pourrait ressembler à une de ces énièmes comédies américaines : banale, calibrée, gentille et idéalement conçue pour dérider les zygomatiques et stimuler l’affect lacrymal à intervalles réguliers. En profondeur, quelques racines sombres entachent la bonne impression d'ensemble. Ce dernier long-métrage d'Adrienne Shelly suit une femme mal mariée qui répond aux agressions de son mari avec ironie et possède l’art de faire des tartes qui réjouissent les papilles des clients. Son quotidien se divise en conversations anodines avec ses collègues déluré(e)s et cauchemar domestique avec un mari jaloux et maniaco-dépressif. Une fiction qui pourrait se dérouler quelque part entre un épisode de Desperate Housewives et
Bagdad Café (Percy Adlon, 88). Les ambitions sont simples : raconter une histoire d'amis où les personnages pittoresques prennent plaisir à être ensemble, c'est tout. Le casting duquel se détache - sans doute parce que son personnage est le plus sombre - l'excellent Jeremy Sisto, définitivement plus à l'aise dans le registre du mec névrosé (la série Six Feet Under) que de l'adulescent rassurant (
May), est idéalement indépendant. Le charme de cette chronique où l'ennui désole réside dans sa capacité à dire beaucoup - parfois même trop - à la ménagère de plus et moins de cinquante ans (indépendance des femmes, liberté de désirer, refus du machisme) tout en restant léger comme une plume.

Les amateurs de sitcom et de beaux lendemains qui chantent devraient potentiellement se réjouir du programme scénaristique. Les autres, aussi. Grâce à des comédiens attachants, cette comédie en demi-teintes se regarde sans déplaisir même si on peine à succomber à sa douce euphorie en oubliant le fait-divers qui a suivi. Connue pour avoir été proche de Hal Hartley en tant qu'actrice, Shelly a été assassinée par son voisin du dessus qui a maquillé le meurtre en suicide. La réalisatrice (également actrice dans un personnage secondaire très doux qui cherche l'amour dans les petites annonces) n’avait pas peur du romantisme cucu – celui-là même que Hartley tourne en dérision dans ses films à travers elle. Et incontestablement, ce film lui ressemble. Respectons-le, même si on aurait aimé un peu plus d'agitation et de causticité. De quoi bouder ? Non. Malgré quelques scories mièvres, le résultat demeure touchant. Variablement, toutefois. A vrai dire, il fonctionne selon l’attachement que l’on porte à la réalisatrice, à sa carrière passée avec Hal Hartley et aussi grâce à une révélation, Keri Russell, qui dans le rôle principal fait passer toutes les nuances émotionnelles de son personnage bafoué, moins cliché que l’univers dans lequel il évolue.
It's a woman's world...