Citoyen apathique d’une grande ville occidentale, Wesley Gibson mène une vie bien morne entre un travail oppressant, répétitif et sans avenir, une petite amie qui le trompe avec son meilleur pote et des crises d’angoisse chroniques qui le poussent à se droguer de cachets. Mais tout cela change le jour où une certaine Fox entre subitement dans sa vie, lui apprenant que non seulement le père qu’il croyait disparu à sa naissance, était le plus grand assassin de tous les temps, mais qu’il est également mort la nuit précédente. Introduit à une confrérie d’assassins qui se charge de maintenir la stabilité du monde et réveillé à un pouvoir qu’il considérait jusqu’ici comme une tare, Wesley va peu à peu remettre en question tant ses valeurs que sa perception du monde qui l’entoure. Doit-il rester un citoyen rangé et frustré ou rejoindre la confrérie et venger son père ?
WANTED : CHOISIS TON DESTINUn film de Timur Bekmambetov
Avec James McAvoy, Angelina Jolie, Morgan Freeman, Terence Stamp, Thomas Kretschmann, Konstentin Khabensky, Common
Durée : 1h50
Date de sortie : 16 juillet 2008Objets cinématographiques lourdement cryptiques pour certains, pamphlets outrageusement jouissifs et denses pour d’autres, les précédents
Night Watch et
Day Watch du réalisateur russe Timur Bekmambetov n’avaient, semble t’il, laissé aucun de leur spectateur indifférent. S’étant en l’espace de deux longs métrages à la mythologie et à la plastique immédiatement identifiables, attiré l’aval d’une communauté de fans hardcores pressés de jeter les yeux sur l’apothéose de cette trilogie adaptée de l’œuvre de Serguei Loukianenko, le metteur en scène devait cependant passer par la case américaine afin de voir l’aboutissement de son œuvre, l’annoncé
Dusk Watch devant être financé par la Fox. Mais c’est au final sur le script de
Wanted, l’adaptation d’un comic book de Mark Millar, scénariste émérite des écuries Marvel (
X-Men,
Les 4 Fantastiques) et 2000 AD (
Judge Dredd), qu’il jeta son dévolu pour faire ses premiers pas à Hollywood.
Dès l’introduction, on constate que le réalisateur n’a rien perdu de sa verve visuelle démesurée tandis qu’un règlement de comptes entre assassins situé sur le toit de l’Empire State Building comprend autant de plans de ralentis, de travelling loufoques, et pour tout dire d’audace filmique (pas toujours justifiée mais toujours réjouissante) qu’une séquence d’action signée Michael Bay. Si ce n’est qu’ici, tout reste limpide et parfaitement compréhensible. Passée cette mise en bouche, on imaginait bien que le premier réalisateur de blockbusters russes apporterait avec lui une certaine perspective et une certaine vision de l’Amérique, et c’est sans doute ce qui a séduit le metteur en scène alors que toute l’introduction du personnage de Wesley sonne comme une fausse redite du
Fight Club de David Fincher : vie monotone, goût de celle-ci et ambition proche du néant, vision d’un monde où chacun est considéré comme un citron à presser jusqu’à la tombe, le tout enrobé par un montage audacieux et inventif. Mais on aurait tort de poursuivre la comparaison au delà de cet effet de mode, la mise en scène soulignant de manière plus colorée que critique un propos se voulant finalement plus hilarant que sociologique.
En effet, loin du réalisateur d’imposer un réquisitoire contre l’Occident ou le mode de vie américain. Tout est plutôt prétexte à s’amuser alors que
Wanted se veut avant tout comme un grand huit époustouflant destiné à vous couper le souffle pendant de longues minutes, ce à intervalles réguliers. Wesley est avant tout imposé comme un homme écrasé et étouffé pour que sa condition de crevette sociétale contraste avec son statut d’assassin en devenir, baladé dans un premier temps comme un sac à patates hystérique. Le film ne perdant pas une minute afin de démarrer les festivités, il se retrouve ainsi embarqué dans un tourbillon mortel irréaliste à l’image du spectateur qui devra alors choisir d’accepter l’ébouriffant voyage et prendre un pied magistral, ou de rejeter en bloc la masse d’invraisemblances dont il est témoin. Les lois de la physique sont en effet calquées sur celles des précédents longs métrages de l’auteur et on participe bouche bée à un véritable ballet de balles qui virevoltent, de rats qui explosent et de voitures qui volent en rentrant dans des trains ou en surfant sur des bus, le tout orchestré par des personnages qui ont, en plus de la capacité de torde la trajectoire de projectiles ou de ralentir leur perception d’évènements (bien pratique pour mettre des ralentis partout), celle de se régénérer en l’espace de quelques heures via des bains de cire spéciaux.
Scénaristiquement, le film assume donc totalement son esprit comic-book de sale gosse, mais se permet toutefois de nombreuses libertés avec le matériau d’origine. Ainsi, bien qu’aucun super héros ne viendra apporter une quelconque morale à la chose, on est tout de même ici plus dans l’esprit d’un scénario de vengeance surboosté, épuré et directif que dans un affrontement armé de deux factions secrètes de super vilains en costumes. Exit donc les considérations lourdingues qui auraient alourdi le côté fête foraine de l’œuvre, évincés les retournements de situations tordus à n’en plus finir, le scénario préfère faire la part belle aux très nombreuses scènes d’action et à une quête qui permet à ses interprètes, James McAvoy en tête, de donner corps à leurs personnages.
A ce titre, l’acteur, habitué à des productions plus sentimentales que musclées (
Reviens-Moi, Penelope) s’en sort à merveille, prouvant qu’il est aussi à l’aise dans son jeu que dans des scènes d’action pourtant très physiques (l’entraînement de Wesley, entre tartes dans la tronche et duels au couteau frénétiques, est un véritable chemin de croix). A ses côtés, Angelina Jolie, sexy en diable, et Morgan Freeman (qui porte toujours aussi bien le costume) sont bien évidemment impeccables, tandis qu’on saluera les prestations de Terence Stamp et de Thomas Kretschmann, charismatiques au possible, et celle, surprise de Konstantin Khabensky, l’interprète du fameux Anton de
Night Watch, qui campe ici un assistant loyal et technicien un peu fou-fou.
Considéré par le réalisateur comme son «
Night Watch à l’américaine » et englobé par une bande son puissante et dynamique (entre Nine Inch Nails et le score sublime de Danny Elfman qui prouve qu’il est toujours capable d’hypnotiser les foules),
Wanted est à la fois le film le plus ouvertement jouissif de son auteur, mais également le plus limpide, tandis que vidé d’une mythologie fourre-tout qu’il n’a pas ici à introduire, sa mise en scène déchaînée n’est pas alourdie par des préoccupations scénaristiques que le spectateur passerait le film à tenter d’éclaircir. Proposant un mixe idéal entre un humour débridé et une action explosive non-stop,
Wanted fera à n’en pas douter le plaisir de ceux qui comprennent que malgré son formidable théâtre d’expérimentation, de peinture et de revendication, le cinéma c’est aussi un spectacle, et que chaque image n’est pas forcément faite pour être prise au sérieux, mais à vivre parfois comme une explosion viscérale des sens.
David Brami


























