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Watchmen, les gardiens

La critique d'Excessif

5/5
watchmen_gardiens_vign23ok L'HISTOIRE :

Dans le courant des années 80, dans une autre Amérique promise à un conflit nucléaire apocalyptique, les vigilantes et autres super héros ont été bannis et obligés d'abandonner masques et traques impitoyables. Mais alors que la société s'écroule et que l'humanité s'abandonne aux derniers jours avant la fin du monde, l'une des grandes figures des Watchmen nommée Le comédien se fait assassiner. Rorschach, héros masqué aux tendances extrêmes et seul justicier à avoir refusé de s'abaisser devant le gouvernement, décide de mener l'enquête et découvre un complot visant l'ensemble de l'équipe... Reprenant contact avec ses anciens partenaires, il réveille en eux leurs vieilles pulsions héroïques mais ne se doute pas que tout cela semble faire partie du plan...

Une adaptation exceptionnelle, d'une densité et d'une fluidité saisissantes.
Ça y est ! Les Watchmen débarquent ! En salle à partir du 4 mars, le projet casse-gueule que représentait l’adaptation du roman graphique de Moore et Gibbons s’est enfin dévoilé à nous et, autant le reconnaître, non seulement le nouveau film de Zack Snyder est une excellente surprise mais en plus il est bien au-dessus de nos espérances ! Passant après une flopée de métrages consacrés aux super héros et avant une nouvelle palanquée prévue, il reprécise les choses et risque bien de faire changer la donne… Car le niveau est dorénavant très haut ! Très très haut !

 

 

 

 

Réputé inadaptable par sa complexité narrative et la densité de ses dires, l’œuvre culte d’Alan Moore et de Dave Gibbons déchaîne depuis bien longtemps les passions. Hordes de fans redoutant légitimement un évident et si facile sacrilège, auteurs de renoms s’attelant en vain au projet, on ne compte plus les échecs cuisants parmi lesquels les désistements de Terry Gilliam, Darren Aronofsky ou Paul Greengrass, tous trois contraints d’abandonner le navire. L’arrivée de Zack Snyder à la barre rassura pourtant. Avec comme bagages un brillant remake du classique de George A. Romero Zombie et l’adaptation live et rock’n’roll du roman graphique épique et polémique de Frank Miller 300, le jeune cinéaste originaire du microcosme publicitaire avait dévoilé ses possibilités : dans le premier, il reconnaissait volontiers devoir « trahir » respectueusement le film matriciel pour arriver à s’en détacher de manière complémentaire; dans le second, il ne reniait en rien le caractère distrayant et volontairement héroïquement bourrin de ses héros, n‘hésitant jamais à se complaire dans l‘illustration baroque et esthétisante des actes vaillants de ses intrépides spartiates… Bien que totalement assumés, ces tics graphiques, ces manies stylistiques avaient fini par lasser une partie de son public, les premières images de son troisième film, reprenant ces mêmes initiatives de mise en scène, troublant considérablement… Mais aujourd’hui, alors que cette tant attendue et terrifiante transposition des Watchmen se révèle enfin à nous, la vérité s’avère bien plus surprenante : non seulement, Snyder livre une adaptation fidèle, ambitieuse et généreuse d’une œuvre remarquable mais surtout il signe un très grand film, trouvant une véritable justesse entre la démonstration technique et la narration classique et habitée et, surtout, s’imposant comme la quintessence du film de super héros. Oui, les Watchmen sont bien revenus… et ils risquent de redéfinir le genre tout comme leur première apparition papier l’avait fait de septembre 86 à octobre 87.

 

 

 

La question n’est pas de savoir lequel des films de super héros est le meilleur… L’idée est tout simplement d’apprécier les métrages pour ce qu’ils sont, s’ils parviennent à reprendre l’essence même dont se nourrissaient les séries adaptées. Aussi, après une longue foulée pleine de L’Incroyable Hulk ou de Iron Man, il est temps de faire le point. Objectivement, nous accepterons volontiers que les bandes Marvel étaient majoritairement distractives, n’hésitant pas à occulter les sentiers riches et dramatiques de leurs personnages pour mieux en relever la ferveur récréative. Tout comme le pourtant exceptionnel The Dark Knight de Christopher Nolan qui lui, au contraire, perdait une partie de son public au fur et à mesure qu’il délaissait les postures mythiques et iconographiques de son héros au profit d’une tragédie humaine rare et puissante. Et c’est là que le film de Zack Snyder parvient remarquablement à s’élever au-dessus du lot : il sert au spectateur une œuvre absolue sur la condition du véritable super héros, suivant -quasiment- à la case les planches de Moore et Gibbons pour leur insuffler une énergie saisissante. Son métrage se fait alors tour de force improbable, Snyder parvenant à se maîtriser pour se faire magistral dans les ambiances lourdes et funestes dans lesquelles navigue l’intrigue ou au contraire adapter sa mise en scène et mettre en avant la grandeur fascinante, terrifiante et sublime de ces surhommes lorsqu’ils passent à l’action. D’ailleurs, Snyder explique particulièrement bien sa passion pour le sujet. En évoquant le roman graphique éponyme, il soulignait que « Watchmen représente tout ce qu’un comic book doit être, intellectuel et plein d’action, représentant même bien plus que ce qui apparaît sur le papier ». Avec une vision telle que celle-çi sur l’œuvre phare de la fin des années 80, il déroute littéralement en faisant cohabiter la mise en exergue des psychés inquiétantes de ces gardiens et la sublimation gracieuse de ces mêmes figures.

 

Et c’est justement cette dualité complexe qui guide le métrage tout comme elle régnait en maître dans les pages des douze fascicules : faire renaître ces phénix de leurs cendres, froides depuis bien longtemps, les rendre indispensables en tant qu’entités dévouées au Salut universelle, redorer leurs blasons en tant qu’emblèmes magnifiques pour mieux nous soumettre à cette inévitable question « Who watches the Watchmen ? ». Pour cela, Snyder, suivi de près par Gibbons himself, décide de se saisir de l’essentiel et de se servir de tous les détails mis à disposition dans l’œuvre graphique des deux Britanniques, que ce soit les textes, les illustrations ou même de quelques renseignements mentionnés dans les appendices. Reprenant la structure originelle, il décide de suivre la recomposition de ce groupuscule de vigilantes en s’attachant ici et là dans la description plus précise de quelques personnages : le film semble ainsi être composé de chapitres, autant de tomes narrant la folie destructrice du Comédien, le calvaire du Docteur Manhattan ou le stupéfiant, effrayant, sanglant et incorruptible engagement de Rorschach au service de la Justice. Tout y passe, Snyder semblant prendre les propos de l’un de ses protagonistes comme fil conducteur : aucun compromis possible! Qu’il s’agisse des pannes sexuelles et schizophrènes du Hibou, des dérives outrageantes du Comédien, de l’inflexibilité du justicier au chapeau ou des délires mégalomaniaques d’autres, tout nous est exposé pour mieux nous montrer en quoi cette fameuse loi contre les justiciers a profondément marqué ses piliers… Des personnalités qui s’étaient engagées volontairement au service des autres, sans doute hypnotisées par l’âge d’or qu’avaient connu les pionniers rebaptisés les Minutemen. D’ailleurs si toute cette mythologie sur laquelle repose la trame des Watchmen étaient largement développées dans le roman graphique, Snyder a la bonne idée de nous dévoiler ces quelques quatre décennies au travers d’un générique somptueux. De quoi partir sur de bonnes bases et percevoir avec cette même nostalgie magique et enfantine la disparition des pin-ups costumées, des titans masqués et des justiciers somptueux. Car l’ensemble du métrage se laissera peu à peu absorber dans cette brume mélancolique à laquelle cette imminente fin du monde, fruit inévitable d’une guerre froide qui n’en finit plus en ce milieu des 80’s, ajoute un soupçon de nihilisme.

 

 

 

C’est là aussi que Snyder parvient à s’imposer comme la personne la plus apte à mettre en images ce monument du graphic novel. S’il nous avait déjà soufflés dans les tableaux audacieux et homériques, il fait preuve d’une rare maturité dans la narration traditionnelle. Le comédien Ving Rhames, à l’époque de L’armée des morts, soulignait que Snyder était un réalisateur qui « disait beaucoup plus avec les images qu’avec le texte ». Si cela s’était vérifié au travers de ses deux premiers métrages, comic books pop-corn à souhait et avares en dialogues, cela est évident dans celui-ci. Non seulement la direction d’acteurs est remarquable, quoi que pas exempte de petites maladresses, mais surtout Snyder fait une chose inattendue : il prend son temps. Il est rare que, dans les métrages de ce calibre, on prenne le temps d’apprécier les silences entre les phrases et que l’on abandonne par la même occasion le sur-découpage narratif. L’exemple le plus frappant reste l’ensemble des apparitions du Docteur Manhattan auxquelles il confère une poésie divine, chaque mot, aussi futile soit-il, étant aéré d’une aspiration merveilleuse suffisamment appréciée par le cinéaste pour qu’il ne tente pas de faire au plus direct. A ce titre, le segment consacré au personnage interprété par le parfait Billy Crudup restera sans doute l’apothéose du film. Que ce soit dans l’inexpressivité faciale de ce dieu maudit et bleuté et dont l’absence d’émotion visible semble bientôt bien plus abondante et fertile qu’un simple sourire, que ce soit dans la folle aventure dramatique qu’il s’apprête à vivre ou dans cet exil sur Mars sur fond du Prophecies du génial Philip Glass, Snyder nous invite à un très grand moment de cinéma.

Dans des séquences comme celle-ci, lors d’instants durant lesquels la tristesse de l’événement fait place à un douloureux chagrin dû à la beauté cafardeuse d’une âme en perdition sur la surface désolée d’une planète enchanteresse, on se laisse totalement embarquer dans l’expérience et on laisse son esprit vagabonder à l’infini… Chose que ne permettaient pas les planches de Gibbons. Certes, elles étaient présentes toutes ces cases fantastiques mais Snyder les transcende littéralement et justifie, en l’espace de quelques plans, la mise en chantier d’une adaptation sacrilège. Ainsi, durant près de 2h45, il va donner corps à cette apocalypse captivante. Eblouissant lorsqu’il s’agit de redonner une légitimité à ces anges déchus, passionnant lorsqu’il nous emmène dans les sombres abîmes de leurs âmes, envoûtant lorsqu’il fait renaître l’espoir et déchirant lorsqu’il nous confronte à la douloureuse vérité, Zack Snyder se fait soudain prédicateur et conteur hors pair. Et malgré ce malaise ambiant, il se dédouble et donne naissance à une énergie vintage propre aux années 70-80, dévoilant une autre Amérique gouvernée depuis plusieurs mandats par un Nixon abruti et dont les frasques prennent, aujourd’hui, un curieux sens après l’occupation de la Maison Blanche par la famille Bush… C’est-ce qu’il y a aussi d’impressionnant dans le métrage : cette fin du monde dont on nous parle, ces sauveurs qui désertent, ces conflits qui n’en finissent plus répondent étrangement en échos à notre époque. L’histoire se répète, c’est certain ! La fin est proche, c’est sûr ! Mais là où les planches se faisaient constatations troublantes, Snyder insert une ironie appréciable, la présence du tube allemand 99 Luftballoons de Nena s’inventant dealer hypocrite d’espoir. Nous mourrons : Vive nous ! Finalement, la transposition trouve une nouvelle raison d‘être.

 

 

 

Enfin, et parce que Watchmen est une œuvre à découvrir par soi même et qu’il serait dommage de trop en dévoiler, concluons la pertinence du casting qui fait bien plus que simplement incarner des personnages déjà bien habités. Si Jeffrey Dean Morgan trouve implacablement son compte dans le jeu très ambigu du Comédien, c’est irréfutablement Patrick Wilson qui ajoute encore un rôle impeccable à une liste déjà bien entamée entre sa prestation dans le tendancieux Hard Candy ou sa romance dans Little Children avec la belle Kate Winslet. Que dire aussi de Jackie Earle Haley qui, bien qu’étouffé derrière le masque du terrible Rorschach pendant une grande partie de l’intrigue, parvient à livrer le portrait d’une humanité effrayante au travers de quelques mouvements et surtout d’une voix… Une de celles qui vous paralysent, une de celles qui proviennent de la haine pure… Bref, un vrai personnage de comics, entre le sombre héros de film noir et le justicier torturé. Et une gueule ! Quel bonheur de retrouver les mêmes frissons que ceux connus lors de la découverte des planches. C’est de la rage qui habite cet homme tout comme c’est un amour sans fin pour le matériau qui se loge dans le cœur de Snyder. Gouvernant une équipe remarquable dans tous les domaines, il s’offre le film qu’il voulait voir en tant que fan. Que ce soient les partis pris sur les décors entre le New York crapuleusement réaliste et la mégalopolis onirique et colorée des pulps et autres bandes graphiques, les effets visuels impressionnants ou enfin la chorégraphie des bastons qui font bien mal jusqu‘au choix d’une bande son affolante (Simon and Garfunkel, Bob Dylan, Jimmi Hendrix, Tyler Bates et beaucoup d’autres…), Watchmen s’empare de plusieurs décennies mythologiques pour incarner le meilleur du comics. Et gageons qu’à partir de maintenant les autres concurrents dans le genre auront bien du mal à s’élever au même niveau. Car Zack Snyder vient de signer un monument de bravoure. A cela, on ne pourra que le remercier de ne pas nous avoir trahis et trépigner en attendant la version longue !

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Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Musique

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lupi 15/03/2010 à 17h20
mattiii 08/12/2009 à 15h41
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