L'HISTOIRE : Boris a une vie de rêve : professeur de physique à Columbia, chercheur reconnu dans le monde entier, il est marié à Jessica, une femme brillante, belle et riche, et vit dans un luxueux appartement à Manhattan. Mais tout le bonheur du monde ne saurait venir à bout de son profond pessimisme. Au milieu d'une dispute avec Jessica, Boris saute par la fenêtre et, à son grand désespoir, survit. Après cet épisode malheureux, il divorce et déménage dans un quartier populaire. Un soir, devant sa porte, Boris est abordé par une jeune fugueuse, Melodie St. Anne Celestine, qui le supplie de la laisser entrer chez lui. Voyant qu'elle a faim et froid, il accepte à contrecœur. Boris explique à la jeune ingénue du Mississippi qu'une petite écervelée come elle n'a aucune chance de survivre à New-York. Il consent malgré tout à l'héberger pour quelques nuits. Mais le temps passe et Melodie prend ses aises : elle n'a aucune intention de déménager...
A l'évidence, ce nouvel opus signé Woody Allen fonctionne à merveille.
Après sa trilogie londonienne (Match Point, Scoop, Le Rêve de Cassandre) et son détour par l'Espagne (Vicky Cristina Barcelona), Woody Allen revient dans sa ville chérie. Avec Whatever Works, New-York devient le terrain de jeu ludique et cynique de l'amour, où le hasard fait bien les choses. "Le tout, c'est que ça marche..." répète inlassablement Larry David dans le film. A l'évidence, ce nouvel opus signé Woody Allen fonctionne à merveille.
Qu'il est bon de sentir le trottoir de Brooklyn sous ses pieds, d'humer les senteurs culinaires qui s'échappent des brasseries new-yorkaises, d'écouter à loisir les sempiternelles discours misanthropes de Boris Yellnikoff qui s'adresse face caméra au public. Non, le nouveau Woody Allen ne joue pas à La Rose Pourpre du Caïre et personne ne sortira de l'écran, mais cet habile procédé narratif permet un lien sacré avec le spectateur (le seul à être digne du génie allenien face à la bêtise des protagonistes ?). La meilleure idée du film est sans doute d'avoir donner ce rôle en or à un acteur qui a l'habitude de jouer ce genre de personnalité : Larry David (les deux hommes ont déjà travaillé ensemble pour Radio Days et un des segments de New York Stories). Le co-créateur de Seinfeld impose sa carrure boiteuse, son intelligence insultante et son dégoût des hommes comme il le fait si bien dans Larry et son nombril, sa série TV culte dans laquelle le monde tourne autour de ses problèmes quotidiens. Tout, de sa démarche hésitante à son aigreur existentielle prête souvent à un rire cérébrale et exigeant mais qui se vit avec un régal intacte depuis les premiers dialogues du réalisateur.
C'est la caractérisation de tous les protagonistes qui emporte le film, bien aidé par un scénario malicieux qui prend le temps d'introduire chaque personnage avant de dévoiler leurs secrets et leurs espoirs dans des situations extrêmes et pertinentes (les arrivées de la mère et du père de Melody sont parfaitement drôles). Woody Allen impose des plans séquences magistraux dans la simplicité et la fixité de leur cadre et laisse le temps à chacun de s'épanouir dans des scènes truculentes. Whatever Works est une escapade touchante dans les affres d'un cerveau qui se refuse au bonheur. La méchanceté exécrable de Boris Yellnikoff cache une recherche de l'amour absolu, où il faut laisser la place à la chance. Ici, rien n'est dû au hasard. La dernière oeuvre de Woody Allen est d'une maitrise totale, même dans son extrême jubilation.
Misanthrope, misogyne, parfois raciste, quelquefois violent. Le cinéma regorge de personnages cyniques qui font du mal aux autres en se sachant supérieur, en se croyant meilleur ou parce que c'est le ...