Jamais deux sans trois, le troisième opus de la saga X-men déferle sur nos écrans et votre humble serviteur a eu le privilège de pouvoir y jeter un coup d’œil.
Troisième épisode de la série certes mais premier essai du réalisateur Brett Ratner (
Rush hour). Après le succès des épisodes précédents, ce film était doublement attendu par les fans du comics et les amateurs du genre.
X-MEN, L’AFFRONTEMENT FINALDe Brett Ratner
Avec Hugh Jackman, Famke Janssen, Ian McKellen, Patrick Stewart, ...
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 24 Mai 2006Mutant, une espèce en voie d’extinctionC’est donc à Brett Ratner qu’incombe la lourde tâche de reprendre le flambeau laissé par Bryan Singer (ce dernier ayant préféré s’investir sur le projet
Superman returns). Pas facile d’imposer son nom après les deux cartons que son prédécesseur lui a légués. Le jeune cinéaste devait faire face à un dilemme évident, maintenir le style d’une série dont il n’est pas l’auteur tout en essayant d’ajouter une touche personnelle. Pas facile quand on connaît l’intransigeance dont certains fans peuvent faire preuve quand on touche à leurs héros favoris.
Tout comme son prédécesseur Ratner est confronté aux difficultés habituelles d’une adaptation de Comics, à savoir puiser un matériel scénaristique préexistant et l’adapter sur un média auquel il n’était pas destiné à l’origine.
En l’occurrence, la guerre pour la survie des mutants prend un aspect beaucoup plus scientifique. En effet, l’ennemi à combattre n’étant autre qu’un « vaccin » ou un traitement sensé annuler les effets de la mutation et faire disparaître tous super pouvoirs.
Le film s’inspire directement d’une série à succès écrite en 2004 par Joss Whedon (créateur de
Buffy contre les vampires),
Astonishing X-men. La menace prend donc un aspect plus impersonnel, plus idéologique que dans les précédents épisodes. Il ne suffit plus simplement de se battre contre des super vilains ou des militaires ; les X-men sont confrontés à une crise que leurs super pouvoirs ne peuvent apparemment pas résoudre.
Si la série de Whedon a su prendre le temps de développer les multiples implications de cette intrigue, le film épuise rapidement le filon. On notera peut-être les implications que la situation engendre sur la relation entre Iceberg (Iceman/ Bobby Drake) et Malicia (Rogue), mais le récit peine à faire saisir la dimension dramatique de l’enjeu. La race mutante va-t-elle s’éteindre, le gouvernement compte-t-il utiliser le traitement à grande échelle ? Autant de questions que le film effleure à peine avant d’enchaîner rapidement vers l’issue du problème.
Le PhoenixL’autre grand axe développé par le scénario est la renaissance du personnage de Jean Grey (Famke Janssen) sous les traits du Phoenix. Cette évolution du personnage était d’autant plus prévisible qu’elle était déjà annoncée dans
X-men 2 (souvenez-vous de la forme bizarre sous l’eau à Alcali Lake) ainsi qu’à un niveau plus implicite dans
X-men 1.
Le début du film prépare tout de suite la réapparition du personnage (porté disparu à la fin de l’épisode précédent) à travers un long flash-back où on découvre un Xavier et un Magnéto rajeunis par la magie des effets spéciaux et faisant connaissance avec une jeune Jean Grey aux pouvoirs déjà prodigieux.
On peut dire que la moitié du film est centrée sur le personnage interprété par Famke Janssen. De sa résurrection miraculeuse à son basculement schizophrénique vers le
côté obscur le film nous entraîne dans une montée en puissance de la crise d’identité qui couvait depuis longtemps.
Rappelons que la
saga Phoenix était à l’origine une histoire écrite par Chris Claremont, racontant la possession de Jean Grey par une puissante entité cosmique destructrice qui mènera les X-men au bord de l’extermination.
On peut dire que Ratner a bien appris sa leçon, certes l’entité cosmique se transforme en identité maléfique mais l’esprit du comics est respecté. La folie de Jean et la furie de Phoenix vont crescendo à mesure que l’équipe des X-men subit de lourdes pertes et que l’entrevue entre les trois protagonistes du début (Xavier, Grey, Magnéto) se répète à nouveau conduisant au climax dramatique du film. Mais voilà, à la suite de ce tournant dramatique le récit subit un engourdissement dont il peine à se relever. On perd de plus en plus de vue l’enjeu principal pour s’engouffrer dans le jeux des sous intrigues (les incertitudes des X-men sur l’avenir de l’équipe, les revirements amoureux de Iceberg et Malicia, …). Quant au personnage du Phoenix, il s’efface littéralement de l’action pour ne revenir en scène qu’à la toute fin du film. En réalité, tout se passe comme si le metteur en scène ne savait plus quoi faire pour gérer un enchaînement trop rapide des situations, pour unifier le récit. Certes le film est d’une grande richesse du point de vue des personnages mais il perd justement en lisibilité à trop chercher à développer parfois les intrigues annexes au lieu d’aller à l’essentiel.
Sans doute est-ce une des faiblesses de la mise en scène de Ratner, la difficulté à alterner le drame, l’action et la comédie.
ArmaggedonLes amateurs du genre se consoleront sans doute avec la scène de baston finale. Une magnifique fresque à la gloire des effets spéciaux tels que seuls les superproductions américaines savent le faire.
Notons que dans cet épisode les scènes de combat sont à peines plus nombreuses que dans le précédent et on regrettera peut-être le talent incroyable de Bryan Singer pour chorégraphier les interventions de nos héros costumés (tout le monde se rappelle de la scène d’ouverture de
X-men 2 avec Nightcrawler ou le match Wolverine / Dent de sabre dans
X-men 1). Peut être cela tient il au fait que Singer a tendance à segmenter les séquences de combat en traitant séparément l’intervention de chaque héros. Ici, Ratner choisit la méthode la moins aisée ; tous les personnages sont réunis sur un même champ de bataille tandis que les mouvements de caméra focalisent successivement l’attention sur chaque héros, le tout soutenu par un montage très cut. L’affrontement final annoncé par le titre du film voit pleuvoir une floppée de personnages secondaires à bases de CGI (images de synthèse). Les plans s’enchaînent à un rythme soutenu comme si Ratner cherchait à reproduire l’effet que ressent le lecteur de comics en feuilletant les vignettes d’une planche de dessins. Au final l’attention du spectateur est mise à rude épreuve ; les personnages se succèdent au centre de l’action sans laisser le moindre répit au regard. L’impression de fouillis qui en résulte est compensée par une mise en scène qui ponctue les temps forts de quelques dialogues.
Encore une fois Ratner tient à contenter les fans en accordant un minimum d’attention à chaque protagoniste, chose plus facile à dire qu’à faire vu le nombre de personnages.
Evolution des personnagesL’une des difficultés majeures de l’adaptation de la série X-men réside dans le nombre impressionnant de personnages. Déjà dans les deux premiers opus de la saga, il a fallu tout le talent de Bryan Singer pour garder la lisibilité de l’histoire sans que l’action se perde dans le développement des parcours personnels.
X-men l’affrontement final bénéficie donc du travail d’exposition des personnages principaux au cours des précédents films tout en introduisant de nouvelles figures.
Du côté des rôles principaux il suffit de jeter un coup d’œil à l’affiche officielle du film pour comprendre que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Une fois de plus Wolverine est au centre de l’action. Premier à mener les enquêtes, premier à sortir les griffes, certaines séquences de combat semblent d’ailleurs avoir été écrites uniquement pour mettre en valeur la plastique de Hugh Jackman. Il partagera la vedette avec Halle Berry (Tornade) dont le personnage semble enfin se libérer de la gangue apathique dans laquelle les précédents films l’avaient maintenu. Sans doute les scénaristes ont-ils réalisé le potentiel du personnage (ou peut-être cherchent-t-ils à justifier le salaire d’une actrice oscarisée).
Parmi les nouvelles têtes on découvre le personnage d’Angel (Warren Worthington) interprété par Ben Foster. Un rapide flash-back introduit l’enfance troublée du personnage (pas facile de se balader avec des ailes de pigeon sur le dos quand on a dix ans) et le scénario relie son histoire familiale à l’intrigue principale. Malheureusement, et c’est une fois de plus le reproche principal, le film ne nous laisse pas le temps de nous attacher à ce personnage. Il est tout au plus une référence de plus au comics sans apporter un véritable intérêt à l’histoire.

On trouve un autre venu en la personne du Fauve (Beast/ Hank McCoy) interprété par Kelsey Grammer. Ce personnage est déjà mieux exploité par le film. Bien que Ratner ait procédé à quelques changements, il reste fidèle à l’idée de la bd. Le Dr McCoy (membre fondateur des X-men dans le comics) fait ici office de « Secrétaire d’état aux affaires mutantes » et sert de médiateur entre les institutions politiques (en l’occurrence la maison Blanche) et l’équipe de super-héros. Tout l’intérêt du personnage est subtilement résumé lors d’une séquence où provisoirement il retrouve une partie de son aspect normal : le Fauve est un intellectuel coincé sous l’apparence d’une bête sauvage et cherchant désespérément à préserver son humanité.
Enfin un personnage entraperçu dans les épisodes précédents fait enfin son entrée en tant que membre à part entière dans l’équipe ; il s’agit de Kitty Pryde alias Etincelle (Shadowcat) interprétée par Ellen Page. Aux deux précédents volets son rôle était réduit à quelques cameos. Bien qu’il s’agisse d’un rôle mineur, la jeune actrice est touchante de vérité lors de ses rares apparitions.

Nous pourrions passer en revue les nouveaux visages parmi les super-vilains tels que Callisto interprétée par Dania Ramirez, Fléau (Juggernaut) interprété par Vinnie Jones,… cependant ils sont tout au plus utilisé comme des silhouettes que le scénario utilise afin d’étoffer l’univers du films. Par exemple, toute la « subtilité » du personnage de Vinnie Jones est résumée dans la phrase qu’il répète inlassablement « I am unstoppable » (traduisez : rien ne peut m’arrêter). Encore un fois, la tentation est grande dans ce nouvel opus, de faire plus grand et plus fort que les précédents en multipliant les rôles secondaires sans laisser le temps de respirer aux personnages.
Si le film introduit de nouveaux venus, il est aussi terriblement cruel envers certaines figures de la saga. Sans doute les fans crieront au scandale quand ils apprendront ce qu’il est advenu de certains personnages (tels que Cyclope par exemple), mais c’est à propos de Mystique (Rebecca Romjin-Stamos) que la déception est la plus grande. Dangereuse et mystérieuse, le personnage n’avait cessé de prendre de la profondeur au cours des deux premiers films. Dans
X-men 3, son intervention se limite à quelques scènes.
Il semble qu’elle a été victime du jeu de chaise musicale qui a conduit les scénaristes à réduire l’importance de certains rôles. Preuve une fois de plus que la grande faiblesse du film provient de sa difficulté à gérer la richesse de l’univers X-men sur un support cinématographique.
Trilogie X-men ?La sortie à l’écran du troisième volet de la saga est l’occasion de faire le point sur la série. Les slogans publicitaires présentent ce troisième film comme l’ultime volet d’une trilogie. Au-delà de l’argument marketing, faut-il comprendre qu’une succession de trois films suffit à former une trilogie ? Bien sûr que non ; dans trilogie il y a aussi « logie ». C’est donc que la trilogie est aussi un ensemble logique cohérent constitué d’un début, d’un milieu, et d’une fin. Cela signifie qu’indépendamment des sujets respectifs de chaque film, il existe des questions, des problématiques communes aux trois épisodes qui sont développées à un niveau sous-jacent et qui trouvent une résolution lors de l’ultime épisode.
Bien que la conception des trois long-métrages X-men n’a pas eu lieu à l’avance on peut souligner le mal que les scénaristes et metteurs en scène successifs se sont donnés pour faire évoluer les personnages et les enjeux à chaque film.
Sans tomber dans un excès de surinterprétation on peut distinguer certaines questions posées en filigrane dès le premier film et développées dans les épisodes suivants :
• La saga phoenix
La métamorphose spectaculaire de Jean Grey dans
X-men l’affrontement final était prévisible de longue date par tous ceux qui ont su regarder les signes (et par tous les fans de Marvel Comics bien sûr). Dès le premier film, l’interprétation de Famke Janssen présente un personnage parfois tourmenté faisant preuve de dons inattendus quand le besoin s’en fait sentir (cf la séquence avec Cérébro dans
X-men 1). Dans
X-men 2 les choses deviennent plus explicites. Au début, Jean est assaillie inopinément par des flashs télépathiques comme un récepteur radio trop puissant qui s’emballe. La fin du film, le sacrifice de Jean Grey auquel succède une apparition fantomatique ne laisse alors plus aucune ambiguïté sur l’évolution du personnage dans la suite à venir.
Peut-être pourrions-nous parler d’un cycle du phoenix pour désigner cette trilogie.
• La lutte contre Magnéto et sa confrérie
L’ennemi numéro un des X-men est devenu une figure incontournable de la saga cinématographique. Génie du mal dans
X-men 1, le flash-back sur son passé tourmenté donnait une certaine profondeur au personnage. Devenu un allié d’infortune dans
X-men 2, le personnage gagne en complexité ; il n’apparaît alors plus comme simplement maléfique.
X-men l’affrontement final revient ainsi à la configuration d’origine.
• La lutte pour la cause mutante
S'il est un sujet incontournable dans la série X-men, à l’écran comme dans la Bd, c’est bien celui-ci.
Bien que le premier film soit plus axé sur la lutte contre leur ennemi juré, Magnéto, il introduit la problématique sociologique de la xénophobie à travers le personnage du sénateur Kelley (Bruce Davison) d’un point de vue politique. Il faut toutefois attendre l’arrivée de William Stryker (Bryan Cox) dans
X-men 2, -magnifique graine de facho- pour que cette question soit pleinement exploitée sous un axe militaire.
X-men l’affrontement final reprend à nouveau cette problématique de l’oppression contre la population mutante sur le plan de la guerre biologique.
Ces exemples illustrent quelques problématiques communes aux trois films.
X-men l’affrontement final apporte une résolution partielle ou définitive à ces questions. Il représente une conclusion acceptable aux intrigues principales de la série sans pour autant fermer la porte définitivement à d’éventuelles suites.
Il serait par conséquent plus juste de parler de série évolutive que de trilogie dans le cas de X-men, car le second terme sous-entendrait l’idée d’un ensemble fermé. X-men est une très bonne série (en Bd et à l’écran). Mais ce n’est qu’une série.
En ConclusionLorsqu’il accepte de reprendre le projet de
X-men l’affrontement final, Brett Ratner n’ignorait sûrement rien des difficultés auxquelless il serait confronté (fans mécontents, public nostalgique de son prédécesseur,…). Il lui fallait donc répondre à une double problématique : rassurer les fans de la saga tout en essayant de s’approprier le film.
Le premier terme du contrat est remarquablement rempli. Les amateurs des précédents volets retrouveront avec joie un univers et des personnages qui leurs sont déjà familiers. Toutefois, à trop chercher à respecter l’univers des héros Marvel, la dynamique de la narration s’en trouve alourdie.
Brett Ratner cherche à contenter les fans de comics au risque de rendre le film moins lisible aux yeux du spectateur du samedi soir. Ceci s’explique peut-être du fait que lui-même avoue être un grand amateur de la série comics.
Il en résulte, une action certes soutenue mais qui laisse moins le temps de s’attacher aux personnages. Du coup, lors du tournant climactique du film, la charge dramatique de la séquence est noyée par une narration qui cherche à retrouver son souffle.
Il se peut que le metteur en scène ait fait le pari impossible de résumer dans un film d’une heure quarante toute la richesse scénaristique qui a fait le succès de la série Marvel au cours de la dernière décennie. Il n’y a qu’à compter le nombre de rôles secondaires présents au générique pour se rendre compte de l’ampleur de la tâche qu’il s’est fixé (le casting comptant déjà une dizaine de rôles principaux introduit près d’une trentaine de rôles secondaires).
Encore une fois, la crainte de décevoir un public de fans a pesé lourd sur les choix scénaristiques de ce troisième volet.
Il serait sûrement juste de rappeler à la décharge de Brett Ratner, qu’il a non seulement récupéré le projet d’un autre, mais qu’il n’a eu que trois mois avant le tournage pour prendre ses marques, le réalisateur Matthew Vaughn, pressenti pour remplacer Bryan Singer ayant subitement lâché la préparation du film.
Compte tenu des conditions de tournage et de toute la pression sur ses épaules le résultat est plus qu’acceptable.
X-men l’affrontement final reste une adaptation fidèle de la série comics mais un film qui demeure par trop d’aspects imperméable à la lecture par les néophytes, leur laissant l’impression amère d’un récit trop condensé.