L'HISTOIRE : Yona vit seule avec sa mère depuis le décès de son père. La nuit, elle aime se promener dans son costume de pingouin et essayer de prendre son envol, même si d'autres enfants se moquent d'elle. Un soir, elle découvre un jouet en forme de chat. Le chat s'anime et l'emmène bientôt dans un monde souterrain, celui de gentils monstres, les gobelins. Leur village est menacé par le diabolique Bouca-Booh. Heureusement, ils pensent avoir trouvé « l'oiseau sans ailes » qui leur permettra de vaincre leur ennemi ancestral.
Rintaro mêle étonnamment les cultures occidentale et orientale dans un cocktail très naïf
Rintaro est un grand nom de l'animation japonaise. Du haut de ses bientôt 69 ans, il a parcouru le dessin animé à tous les postes et pour des projets variés. En France, on a surtout entendu parler de lui en 2002 avec Metropolis, superbe conte futuriste, adaptation d'un manga d'Osamu Tezuka lui-même inspiré du film de Fritz Lang. Avec Yona, on le retrouve bien loin de son précédent film, dans l'univers du conte pour enfant, mêlant étonnamment les cultures occidentale et orientale dans un cocktail très naïf résolument destiné aux plus petits.
Pour les tout petits
On conseille au spectateur-lecteur d'aller voir Yona en version originale dans la mesure du possible. Cela lui évitera d'entendre le doublage français de l'héroïne, caricature de mièvrerie qui pousse la candeur du film vers la niaiserie. L'intrigue de Yona, la légende de l'oiseau sans-aile est celle d'un conte avec sa situation initiale dans une famille meurtrie, l'élément perturbateur et toutes les péripéties qui vont mener au dénouement final. Mais, plus que le mode de récit du conte, le film suit un schéma un peu agaçant parce que prévisible, choisi pour sa familiarité enfantine. Le principe de pénétrer un monde dans lequel seul l'enfant et éventuellement un compagnon muet peuvent rentrer est courant, mais le parcours est ici semé d'éléments comiques assez lourds. Pour exemple, les figures de méchants : il y a d'abord les enfants qui se moquent du déguisement de Yona ; ce sont trois garçons habillés en racaille américaine, une casquette portée à l'envers, qui l'insultent en rapant, puis, après l'avoir vu s'écrouler dans une tentative d'envol, restent un instant bouche bée, l'air stupide avant de déguerpir en criant « C'est pas ma faute ! ». Dans le monde souterrain des gobelins, le bras droit de Bouca-Bouh, Zami, est un gros bébé joufflu en mal de respect accompagné de petits démons crétins à tête de singe. Si l'on a compris que Rintaro souhaitait s'adresser aux petits, la prévisibilité de l'ensemble alliée à ces personnages plus caricaturaux que nécessaire, n'aide pas à susciter un véritable intérêt tout au long du film et ne tire pas non plus le spectateur vers le haut, quel que soit son âge.

Lucie PEDROLA
Pris en plein milieu d'un violent choc de cultures entre l'animation française et la japanimation, Franck Malmin revient sur la conception de Yona, la légende de l'oiseau sans aile