L'HISTOIRE : Quand Rebecca rencontre Vincent, elle ne sait pas encore que ce joli garçon gagne sa vie en vendant son corps à des hommes, dans des chambres d'hôtels. Très vite, elle en tombe amoureuse. A quelques mois de là, l'inspecteur Cagan et sa collaboratrice enquêtent sur la mort de Vincent dont le corps a été retrouvé dans le Rhône, le cou couvert de marques de strangulation.
Une arme terriblement efficace
Frédéric Mermoud signe avec Complices son premier long-métrage de cinéma en retrouvant des connaissances de ses précédents courts, comme la jeune Nina Meurisse ou Emmanuelle Devos. Au vu de ce premier film, on comprend la confiance qu'ont pu avoir ses anciens camarades, on comprend pourquoi l'actrice de La Moustache et d'Un conte de Noël se retrouve à jouer une femme flic sans qu'il s'agisse tout bonnement d'un contre-emploi. Derrière une affiche fleurant bon le commissariat et la juridiction, on découvre des liens affectifs et presqu'une carte du tendre, tout en finesse.
Donner à voir les coulisses de la police française dans un film revient à prendre un grand risque. Celui de rappeler les dizaines de séries et téléfilms qui mettent en scène ce corps de l'Etat, au point d'avoir établi un cliché proche de la camisole. En l'occurrence, l'emploi d'Emmanuelle Devos, qu'on imagine peu, a priori, en collègue de Julie Lescaut, est significatif. Frédéric Mermoud considère les « flics » comme des individus qui peuvent tordre la bouche de dégoût face à un corps putréfié, avoir des soucis dans leur vie affective ou être particulièrement touchés par une affaire les rappelant à leur histoire personnelle. Cette approche est symbolique de l'état d'esprit d'un réalisateur qui refuse une vision monochrome pour mieux considérer les paradoxes, secrets et incongruités de vies faites d'instincts et d'envies. Concrètement, la mise en scène de Complices est pleine d'acuité et souvent dans la suggestion. C'est la prostitution donnée à voir par une chambre impersonnelle, un homme mâture en compagnie du jeune héros et le souvenir de billets de banque retrouvés par la police. C'est une relation légèrement ambiguë entre les personnages d'Emmanuelle Devos et Gilbert Melki devinée en une image : dans un vestiaire, au premier plan le commissaire est nu sous sa douche tandis qu'au second plan, sa collaboratrice se recoiffe face au miroir. Jamais d'ostentation, même dans la violence ou la nudité régulièrement nécessaires à l'intrigue.
Lucie PEDROLA
Le grand public a découvert Gilbert Melki en 1997 dans La vérité si je mens ! Reour sur le parcours discret d'un acteur talentueux.