L'HISTOIRE : C'est l'été dans le sud de la France. Gaspard est un adolescent heureux qui partage son temps entre ses amis et sa copine, Marion. Mais Gaspard va rencontrer Sam et sa vie va basculer. Car Sam est une fascinante jeune femme qui cherche dans le jeu virtuel "Black Hole" un partenaire pour mourir. Un autre monde trop lointain.
Le duo Gilles Marchand / Dominik Moll se reforme après Lemming et Qui a tué bambi ? Avec L'Autre monde, ils proposent une plongée dans un faux paradis artificiel où des adolescents perdent leurs repères. On aurait aimé les accompagner.
Les paysages ensoleillés du Sud de la France laissent très vite place à l'opacité de Black Hole, jeu en réseau baigné d'ambiance bleu turquoise et déshumanisé au possible. Gilles Marchand propose un voyage aux pays des Freaks, où les avatars souvent monstrueux permettent au joueur de s'immerger dans l'histoire jusqu'à s'y perdre au bout de la nuit. Le problème de cet autre monde à l'urbanisme façon Brazil, c'est l'aridité de son graphisme, sa dureté trop symbolique créant une distanciation mortifère dès qu'on y pénètre. Respectant dans un premiers temps l'idée d'un point de vue semi-subjectif, le cinéaste s'emploie par la suite à modifier les angles et donne l'impression que le joueur n'est plus aux commandes. Une idée intéressante mais peu concluante qui fini pas mettre simplement un film animé en parallèle au métrage principal.

L'autre monde est très à la mode. D'Atom Egoyan (Adoration) à Jonathan Mostow (Clones) en passant par Hideo Nakata (Chatroom) ou David Verbeek (R U There), le sujet de la communication via un autre corps et de la perte de contrôle lié au mensonge via un chat numérique dépasse toutes les frontières cinématographiques dans des histoires qui confrontent virtuel et réel. Plus que cette dualité évidente, le personnage principal est surtout pris entre deux femmes, aussi différentes l'une que l'autre. L'intérêt du long-métrage réside dans un glissement progressif : attraction vers Audrey (Louise Bourgoin) et répulsion de Marion (Pauline Etienne, l'atout majeur du casting). On y croit un temps...
Empruntant plutôt habilement à Hitchcock pour la dramaturgie et à Lynch pour la mise en image arty, le réalisateur n'est jamais meilleur que lorsqu'il filme l'invisible ("Il y avait quelqu'un là !"). Ces premières minutes oscillant entre risible (première apparition d'Audrey) et efficacité spectrale (la séquence de la carrière) permettent au cinéaste de jouer avec les peurs du public. Mais ce sentiment s'étiole trop vite et s'éteint totalement par la suite. Quant à Louise Bourgoin et Melvil Poupaud, ils font plus office de guests de luxe que d'incarnations réalistes. Laissés avec des oripeaux de caractérisation, les deux acteurs se débattent longtemps avec un charme animal. En vain. On a beau ressentir les intentions des auteurs (la perte de l'innocence, l'influence du film noir, la dépression adolescente, les amitiés envolées), Gilles Marchand ne parvient ni à nous blesser ni à nous émouvoir.
Nicolas SCHIAVI
A l'occasion de la sortie de Chatroom d'Hideo Nakata, revenons sur les interférences entre le cinéma contemporain et les mondes virtuels.