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Le Bruit des glaçons

La critique d'Excessif

3/5
Affiche Le bruit des glaçons L'HISTOIRE : C'est l'histoire d'un homme qui reçoit la visite de son cancer. "Bonjour, lui dit le cancer, je suis votre cancer. Je me suis dit que ça serait peut-être pas mal de faire un petit peu connaissance..."
Blier retrouvé

On reproche trop souvent au cinéma français de manquer d'ambition pour ne pas souligner l'incroyable culot de Bertrand Blier. Après deux films insatisfaisants, Les côtelettes et Combien tu m'aimes ?, et quelques projets avortés, le réalisateur a eu le courage de s'interroger sur cette désaffection et de bousculer ses habitudes. Lui qui privilégiait le studio et les amples mouvements d'appareil, c'est en décors naturels et caméra à l'épaule qu'il a tourné son nouveau film.

 

Le bruit des glaçons de Bertrand Blier - Albert Dupontel et Jean Dujardin


Le bruit des glaçons, c'est celui qui rythme la vie d'un écrivain en panne d'inspiration qui boit pour oublier que sa femme et son fils l'ont quitté. Ce son familier est court-circuité un jour par la sonnerie de la porte d'entrée du reclus que vient d'actionner un visiteur pour le moins particulier, puisqu'il se présente comme le cancer qui aura sa peau... De ce postulat de départ surréaliste, Bertrand Blier tire une fable grinçante qui repose à la fois sur des dialogues percutants et la confrontation de deux natures : Jean Dujardin et Albert Dupontel. Après avoir laissé entrer le second dans un moment d'égarement, mû sans doute par une curiosité malsaine à l'égard de ce mal annoncé qui ne cadre pas avec la cirrhose du foie qu'il entretient verre après verre dans un goutte-à-goutte mortel, le premier n'a de cesse de se débarrasser de cet intrus qui ne se se matérialise qu'à ses yeux et pour ceux qui l'aiment, même si c'est en secret. Or c'est le cas de sa fidèle servante, qu'incarne Anne Alvaro, elle-même bientôt encombrée de son propre cancer, campé par une Myriam Boyer aussi envahissante que son collègue, malgré son accoutrement démodé de veuve corse.

 

Comme on peut le constater à ce qui précède, Bertrand Blier n'a sans doute jamais flirté d'aussi près avec l'absurde et le désespoir, sinon peut-être dans son chef d'œuvre absolu, Buffet froid, avec lequel Le bruit des glaçons entretient d'évidentes connivences. Ce cinéaste à qui Calmos a collé une étiquette indélébile de misogyne, c'est à une femme qu'il confie le rôle de sauver son protagoniste principal. Pas une bimbo ou une suffragette, non, une personne ordinaire qui se consumait pour lui à ses côtés sans qu'il s'en rende compte. Alors que Carole Bouquet menait à sa perte le trio de Buffet froid, que Carole Laure laissait derrière elle un champ de ruines affectif dans Préparez vos mouchoirs et que les différents personnages féminins interprétés par Anouk Grinberg de Merci la vie à Mon homme survivaient au chaos debout, plus que jamais, Blier entérine ici cette maxime selon laquelle la femme est l'avenir de l'homme.

 

Le bruit des glaçons de Bertrand Blier - Jean Dujardin

 

Dès le premier plan, le cinéaste nous embarque dans son univers en suivant la course folle du gaillard hirsute aux yeux riboulants et au sourire ricanant qu'incarne Albert Dupontel. À partir du moment où l'on découvre Jean Dujardin en épave, jamais sans sa bouteille, on se dit que le combat s'annonce inégal. C'est compter sans les ressources d'un scénario qui s'appuie sur une dramaturgie très étudiée et fait la part belle aux dialogues, sans établir pour autant de hiérarchie entre les différents personnages. Blier n'hésite pas à bousculer la chronologie et à briser la linéarité pour placer l'un ou l'autre sur le devant de la scène, le temps d'une séquence voire d'un plan. C'est notamment le cas de la petite amie de l'écrivain que campe Christa Théret, jeune arriviste peu farouche dont la détermination à se sortir coûte que coûte d'une vie de misère est exprimée en un plan magistral : celui du visage impénétrable d'une femme russe qu'on devine être sa mère. Ici, Blier n'a pas besoin de se gargariser de mots. Il fait confiance au pouvoir de l'image et c'est aussi pour cela que Le bruit des glaçons compte parmi ses plus belles réussites : parce qu'il a réussi à se débarrasser de ses artifices pour se concentrer sur l'essentiel : la mise en scène.

 

À une époque où bon nombre de réalisateurs français de sa génération peinent à se renouveler sinon même à continuer à tourner, ce fringant septuagénaire qui fera jouer simultanément à la rentrée sa nouvelle pièce de théâtre, "Désolé pour la moquette", surprend une nouvelle fois par son audace et ouvre un nouveau chapitre dans une carrière déjà faste en démontrant qu'il a retrouvé cet appétit du cinéma qu'il pensait lui-même avoir perdu.

 

Jean-Philippe GUERAND

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Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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klohai 24/02/2011 à 15h59
chuitrobel 10/09/2010 à 11h44
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