L'HISTOIRE : C'est l'été, Sam 27 ans file tout droit vers le sud au volant de sa Ford. Avec lui, un frère et une soeur rencontrés au hasard de la route: Mathieu et Léa. Léa est belle, pulpeuse et archiféminine. Elle aime beaucoup les hommes, Mathieu aussi. Partis pour un long voyage, loin des autoroutes, en direction de l'Espagne, ils vont apprendre à se connaître, s'affronter, s'aimer. Mais Sam a un secret, une ancienne blessure qui l'isole chaque jour un peu plus. Séparé de sa mère depuis l'enfance, ce voyage n'a qu'un seul but : la retrouver. Non dénué de charme, mais frisant régulièrement l’inconsistance
Plein Sud est un road movie, mais pas un film sur l'évasion ou un hommage nostalgique à l'insouciance de nos vingt ans. Plutôt un film sur l'impossibilité de s'échapper, de sortir de soi. Sam, 27 ans, a en lui une blessure qui l'empêche de vivre. Pourtant, en embarquant avec lui dans sa petite Ford, sur les autoroutes françaises, on pourrait s'attendre à goûter un peu de rêve américain. C'est en tout cas ce qu'espèrent Mathieu et sa sœur Léa, auto-stoppeurs avides d'amour et de liberté. Mais dès le générique - un strip-tease sexy de Léa Seydoux, se roulant dans l'herbe sur fond rock'n'roll - on comprend que non. « Dégage », lui marmonne le taciturne Sam (brun et habillé en noir), devant la mini caméra de Mathieu, hilare. Sam refuse les avances de la sublime Léa, tout comme celles du beau Mathieu. L'impossible triangle amoureux est bientôt augmenté d'un (beau) garçon, recruté par Léa la croqueuse d'hommes. Trois garçons et une fille dans une voiture, plusieurs possibilités pour une seule direction : plein sud.
L'émotion, enfin
Des fragments d'impressions, des sonorités, des corps sensuels, le bruit de la mer. Lifshitz promène ainsi ses sens, creusant à peine ses personnages pour mieux faire frémir leur surface et le monde qui les entoure. Beau pari, mais il n'y parvient pas toujours, délaissant notamment le couple Seydoux/autostoppeur (inintéressant au possible) au profit de la romance homosexuelle entre Sam et Mathieu, moins superficielle. Ce n'est que dans la dernière partie de l'escapade, concentrée sur la figure de Sam, que l'émotion émane enfin (le face à face avec Nicole Garcia, intense): en saisissant l'esquisse d'un vertige existentiel, Lifshitz donne alors un peu de profondeur à un film non dénué de charme, mais frisant régulièrement l'inconsistance.
Eric VERNAY