
Une fillette blonde, virgin suicide avant l’heure, s’amuse seule dans une grande salle de classe à poser des petites graines dans un bac de terre. La musique presque planante de Maurice Jarre déroule ses premières gammes et en deux plans trois mouvements, Paul Newman réalisateur en dit long sur l’absence, le vide, le manque en instillant une ambiance mortifère à se flinguer. Le film s’attache à Beatrice, une femme flinguée par la vie, banlieusarde borderline qui abuse de clopes et habite dans une maison bordélique. Les jours passent, elle est guidée par une seule envie, morose : s’autodétruire. Et comme elle se déteste elle-même, elle ne peut pas aimer les autres. A commencer par ses deux filles qu’elle trimballe comme une survivante. Il faut dire que les malheurs ont été trop forts : mort d’un fils pendant la guerre de Corée et mort d’un père qui s’est tué dans une chambre d’hôtel après l’avoir quitté. Le voisinage ne voit pas ça du même œil compassionnel et s’amuse vaguement à considérer la douce folie de la mère pour de l’excentricité.
