La critique d'Excessif

2/5
La Nostra Vita de Daniele Luchetti L'HISTOIRE : Claudio, jeune entrepreneur du BTP, est sur le point d'être père pour la troisième fois quand sa femme, Elena, meurt en couches. Pour lui, dès lors, la vie ne sera plus jamais la même : il va falloir s'occuper des enfants et faire des choix qui s'avéreront plus que compliqués.
Malgré un début appréciable, La Nostra Vita s’enferre et s’achève trop brusquement.

Voir nos voisins italiens monter les marches du Palais est toujours un moment de choix. Au point que l’on attendait beaucoup de choses de ce mélodrame réalisé par Daniele Luchetti, l’auteur de Mon Frère est fils unique. Et en définitive, peut-être trop...  

 

 

La Nostra Vita de Daniele Luchetti

 

Paternité, embrouilles et BTP

 

S’atteler à raconter les conséquences du décès d’une jeune mère, sur le quotidien d’un père plus adolescent qu’adulte, s’apparentait à une bonne idée. En effet, outre le choc des premiers temps et le vide à combler lorsque l’on devient le seul parent, le film laissait entrevoir nombre d’options possibles. Pour sa part, Daniele Luchetti a préféré se concentrer sur la seule figure du père et suivre ses réactions autant que ses excès. Dans ses relations avec ses enfants, avec les ouvriers immigrés et clandestins qu’il emploie mais aussi avec tous les membres de sa famille.

 

Toutefois, une chose est à considérer avant d’avancer : Claudio est un italien moyen et presque vulgaire, qui affiche ostensiblement son racisme ordinaire et ses préjugés, comme d’autres multiplient les prières ou parlent de leurs passions, notamment quand tout se met à tourner à l’envers. De fait, bien vite, le personnage n’attire guère tandis que plane l’ombre tutélaire des grandes comédies de mœurs à l’italienne. Elles qui de Dino Risi jusqu’à Ettore Scola, nous ont offert tant d’excellents films acerbes et amers sur la famille et ses contraintes.

Or, force est de constater que pour La Nostra Vita, le poids de l’héritage est trop lourd à porter, en plus de devoir assumer bien maladroitement d’autres intentions et de ne pouvoir autrement innover. En effet, si l’on ne renie en rien le savoir-faire et les qualités de Daniele Luchetti, il faut bien reconnaître que le film qu’il nous livre aujourd’hui en compétition officielle, n’a ni l’ampleur de ses devancières, ni leur intensité, ni même leur charme destructeur. Certes, on rit par moments et on apprécie sa capacité à emplir son film, de lumière et de couleurs intenses. Mais tout ceci reste plus que perfectible.

 

De même, soulignera-t-on sa volonté de mêler les genres, en lorgnant au début du métrage vers la comédie sentimentale avant de revenir vers le mélodrame, pour ensuite mieux l’enrichir par la comédie de mœurs et le thriller. Hélas, toutes ses directions en ne convergeant pas, ne peuvent constituer une ligne claire, alors que c’est autour de ce maelstrom de confusion que se noue justement puis se perd l’histoire principale.

 

 

La Nostra Vita de Daniele Luchetti

 

D’une brique à l’autre : l’échec de l’empilement

 

Ainsi, non content de se limiter à un sujet initial déjà prenant, l’auteur a-t-il ajouté à sa trame, hormis d'autres histoires secondaires, la quête d’un fils et d’une mère, par ailleurs, immigrés roumains et qui tous deux, cherchent un père disparu sur le chantier même de Claudio, un an auparavant. Or, tout cela parasite évidemment l’histoire de cette famille éclatée et met seulement en avant, la nécessité pour l’italien de faire de l’argent. Si l’on ajoute à cela que les personnages qu’il dépeint, manquent par moments d’épaisseur, se contentant de réactions brutes et somme toutes caricaturales, cela fait beaucoup. En raison de cela, il est facile d’affirmer que La Nostra Vita se désespère de ne pouvoir nous emporter.

 

Et pourtant, dans ce métrage dont on saisit l’envie de trop montrer (la faiblesse des hommes, leur basse médiocrité et une certaine Idée de l’Italie d’aujourd’hui), le plus gênant repose sur autre chose : son incapacité à trouver sa fin avec mesure et rigueur. En effet, en ouvrant autant de pistes possibles en son sein, La Nostra Vita est obligé au regard de sa seule durée, d’expédier à la truelle, nombre des histoires qui s’entremêlent autour de l’histoire de cet homme « seul ». Au risque de lâcher son spectateur, de le lasser et de ne pas lui proposer ce qu’il en attend.

 

Par conséquent, La Nostra Vita ne tient ses promesses qu’à demi-mot. Car le métrage croque imparfaitement la société transalpine de son temps, tout en peinant à construire un père suffisamment subtil et aimant pour qu’il évolue dans des situations plus crédibles. En soi, ce film d’un vrai protégé de Cannes déçoit et aurait mérité peut-être plus de retenue, de profondeur psychologique et de simplicité pour atteindre la qualité du déjeuner du 15 août récompensé à Venise il y a deux ans.

 

Jean-Baptiste GUEGAN

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