
Dernier long métrage de Henri-Georges Clouzot, La prisonnière dissèque la descente aux enfers d’une jeune femme (Elizabeth Wiener), mariée à un artiste d’avant-garde tout doux (Bernard Fresson). Un jour, elle rencontre le diable en personne (Laurent Terzieff), un galeriste impuissant qui compense l'absence de sexe par une propension à photographier des femmes dans des poses humiliantes. Problème : ladite jeune femme hésite ferme entre son mari vertueux et son amant sulfureux. Deux choix s’imposent à elle : si elle reste avec le premier, elle est sûre de mener une vie tranquille, sur des rails mais pas excitante. Si elle tombe sous le joug dominateur du second, elle deviendra au sens le plus littéral une œuvre d’art. L’envie de succomber au mal étant plus irrésistible, elle choisit la seconde option. Elle n’en reviendra pas. Clouzot, l’homme aux onze longs métrages, n’a peut-être jamais pris autant de risques visuels qu’avec cette autopsie de l’amour fou hantée par les fantômes de ses maîtres, Cukor et Hitchcock. A l’arrivée, un curieux mélange, très sous-estimé et furieusement moderne, qui ne ressemble qu’aux obsessions et aux inspirations de son auteur en quête de nouvelles formes. A l’époque, la réception critique et publique fut catastrophique et Clouzot assimilé à un pervers libidineux.
