
Le 23 février 1945, quatre jours après le débarquement des forces américaines sur la petite île d’Iwo Jima et des combats féroces, le bataillon de l’Easy Company a déjà perdu presque la moitié de ses hommes. Soucieux de préserver le moral des troupes, un capitaine ordonne qu’une bannière étoilée soit élevée au sommet du Mont Suribachi qui domine l’île. Le photographe Lou Lowery capture l’instant ; l’enthousiasme des troupes à la vue de ce symbole dépasse les espérances, et un haut gradé demande à ce que le drapeau maintenant historique lui soit mis de côté. Refusant cet ordre, le capitaine fait discrètement ériger par d’autres soldats un second drapeau qui remplace le premier, et le photographe Joe Rosenthal capture cette seconde érection. Dans les jours suivants, c’est la photo de Rosenthal, et non celle de Lowery, qui se retrouve à la Une de tous les journaux américains, célébrant la première victoire américaine sur un sol japonais (alors que les combats ne font que s’intensifier sur Iwo Jima) et relançant l’effort de guerre dans une Amérique qui commençait à douter de la victoire.
Trois soldats de ce second cliché, Ira Hayes, John Bradley et René Gagnon, sont aussitôt rapatriés aux Etats-Unis pour figurer en héros nationaux et relancer chez le public l’achat de bons de guerre. Ces trois hommes, qui savent ne pas être les « héros » originaux qui dressèrent le premier drapeau, seront en proie au dilemme et à l’amertume, soucieux de soutenir l’effort de guerre mais hantés par les fantômes de leurs camarades, tout aussi « héros » qu’eux, morts de façon anonyme dans l’enfer d’Iwo Jima.

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