
Unique film réalisé par le discret Saul Bass, génial créateur de génériques (L'homme au bras d'or, Vertigo, Psychose, Spartacus, mais aussi le logo original d'Alien...), Phase 4 est tout simplement l'un des chef-d'oeuvres méconnus de l'histoire du cinéma. Deux scientifiques isolés dans un petit centre d'étude et d'observation perdu au milieu du désert étudient le comportement étrange des fourmis. Les journées passent, au rythme des agissements sans cesse plus inexplicables de ces petits insectes. Et ce qui démarre comme un fait divers d'entomologiste va progressivement prendre des proportions inattendues. La mise en scène clinique, sans affect de Saul Bass est absolument calibrée à la rigueur même de l'enquête scientifique décrite dans le film. Partageant ce principe narratif avec le formidable Mystère Andromède de Robert Wise, Phase 4 fait partie de ces rares films fantastiques qui arrivent à nous faire croire à tout avec rien. Ici, en l'occurence, à la fin de l'Humanité. Rien de moins. Où pourquoi et comment la question de la survie de l'homme est engagée à partir d'un dérèglement d'une colonie de fourmis. Le scénario est si bien construit, si logiquement imparable, qu'une inquiétude envahit peu à peu le spectateur, faisant doucement basculer un film de prospective en pure oeuvre d'épouvante. Longtemps invisible, Phase 4 parut tardivement en vidéo à la fin des années 80. Le dvd américain récemment édité continue de refuser au film son statut d'oeuvre majeure. Pas de bonus, pas de livret, rien. On se réjouira néanmoins de pouvoir revoir cette merveille dans un nouveau transfert et on rêvera à la filmographie dont aurait pu accoucher Saul Bass-cinéaste si seulement ses petits camarades d'Hollywood l'avaient laissé faire.

Il y a les classiques dont on parle tout le temps. Il y a les oeuvres cultes dont plus personne n'ignore l'existence. Et puis il y a les autres. Ces films passés entre les goûts du souvenir ou de la ...