Par Florent Kretz - publié le 30 septembre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 30 septembre 2009 à 12h55 - 0 commentaire(s)
En fin de semaine sort directement en DVD une petite bande horrifique bien méchante nommée The Devil's Chair. Si son réalisateur, Adam Mason, ne vous dit rien, c’est normal : vieil ado nourri au gore décérébré, il se fit connaître grâce à l’alternative crapoteuse du ciné indé-violent britannique. L’occasion pour nous de faire connaissance.



Rappelez-vous de cette jolie accroche qui trônait un peu partout il y a quelques années : « J’ai vu l’avenir de l’horreur et son nom est Clive Barker »… Cette épitaphe, écrite par Stephen King, trônait sur les reliures des œuvres du romancier de Liverpool et était même incorporée dans les bandes annonces des premiers essais cinématographiques du génie de l’horreur. Loin de nous l’idée de comparer un petit gars comme Adam Mason à un grand comme Barker : le novice n’a bien entendu aucunement la force et le brio du maître. D’ailleurs l’analogie n’a même pas lieu d’être tant le mentor aura fait ses armes en s’inventant lui-même une prose, un langage et un univers tandis que le second ne penche que vers la redite et la relecture camouflée de classiques d’une autre époque mais toujours aussi pertinents… Cependant, force est de constater qu’une même énergie semble hanter les deux hommes et le rapprochement, bien plus encore que dans les allusions appuyées présentes dans les métrages de Mason, semble assez légitime. Si dans The Devil's Chair -petit film d’horreur au passé trouble déboulant dans un bain de sang en France ces jours-ci-, Mason et son acolyte de toujours Simon Boyes citent volontiers Hellraiser, c’est absolument dans l’envie de proposer quelque chose de « neuf » que les deux visions se chevauchent : d’un côté une avant-garde et de l’autre ses émules ! Les puristes insisteront, assez logiquement, sur la différence flagrante de qualités entre les travaux du papa des Cénobites et ceux du réalisateur de petites séries Z fraîches et sanglantes. Mais c’est peut-être dans l’intervention du nouveau, de manière totalement indépendante, que réside cette improbable possibilité d’un avenir britannique hardcore et assumé.



Revenons quelques mois en arrière et évoquons d’une part la dernière bande de Neil Marshall -Doomsday- et de l’autre la première apparition de Mason sur le marché français. Commençons en rappelant l’aura justifiée que possédait Marshall auprès de tous les amateurs suite à la sortie de son fabuleux The Descent. Prestige amorcé par un Dog Soldiers inégal mais sympathique, les aventures de Sarah au pays des Crawlers avaient mis en exergue le cinéaste britannique, avant que celui-ci ne se fasse désavouer par une bonne partie de son public faute à un opus post-apocalyptique pas assez original. Ainsi, les espoirs de revoir en Angleterre des auteurs investis à 100% dans le genre se voyaient réduire à moitié, les amis Wright et Pegg s’aventurant du côté du Buddy Movie avant de se séparer, et les quelques autres essais n’étant pas si habiles que cela. Malgré cela, et de manière plutôt anonyme, un autre duo continuait sa route… Un parcours dévoué amoureusement au gore et à l’horreur qui fait mal, au risque même de tomber dans le franchement crapuleux. Souvenez-vous : il y a quelques mois nous vous avions parlé d’un petit film de rien du tout, radical et crash dont l’intérêt résidait essentiellement dans son climax plutôt sidérant (d’une brutalité gratuite et démente assez rare) et dans cette envie de faire un vrai film de la part de deux gaillards, un peu roublards, mais surtout totalement dévoués à la cause. Si Broken n’aura marqué, assez justement, que très peu d’esprits, gageons que ce nouvel essai saura rabibocher quelques uns avec les deux autres qui auront eu l’étrange sagesse de se remettre -quasiment- totalement en cause. Bien sûr cette nouvelle péloche qui nous parvient, The Devil's Chair, est toujours dans la veine cradingue gratis mais il est évident que le repas de barbaque passera beaucoup plus facilement que les viols, sévices et autres automutilations extrêmes balancées dans Broken pour faire parler…


Car finalement, c’est en parvenant à ce qu’ils souhaitaient (être pris au sérieux) que les deux zouaves vont réellement apprendre le métier et pouvoir prétendre à quelque chose. Difficile de se prononcer sur un film opportuniste censé s’imposer comme carte de visite et c’est sur cette idée que va se lancer un groupe de producteurs. Broken fait parler de lui en festivals comme étant un autoproduit couillu et malade ? Confions-leur un budget et voyons comment ils se débrouillent… Se la ramenant comme jamais de la postérité biaisée dont-ils jouissent, les deux jeunes vont donc bientôt se voir poliment et chaleureusement confier un budget pour réaliser un nouveau projet -sur lequel ils auront carte blanche- mais sur lequel un certain nombre de contraintes s’abattront. La première étant de livrer un script quelques jours après le rendez-vous, la pré-production démarrant au moment de l’accord et le tournage devant débuter une quinzaine de jours plus tard ! Les choses sérieuses débutant réellement ils s’attèlent à un script qu’ils bouclent en trois jours et qui, de leurs propres dires, était très mauvais. Tellement mauvais que, bien qu’accepté par les instances supérieures, il ne cessera de changer durant le tournage, voire totalement réécrit en cours de montage ! Cette découverte de nouvelles responsabilités rappelleraient presque l’inconscience d’un Clive Barker qui, tout heureux que son Pacte soit adapté au cinéma, négociait à la baisse le cachet de réalisateur pour pouvoir s’essayer à la tache ! Tout comme Barker qui à l‘époque n‘avait réalisé que quelques courts métrages expérimentaux et dirigé une troupe de théâtre, les deux vont comprendre qu’un tournage amateur est à cent lieues du sérieux d’une vraie production et ce dès les premières réunions. Boyes, qui avait coréalisé avec Mason Broken et qui le suivait depuis un petit moment, se retire de l’équipe réalisation et laisse son compère face aux obligations.



Au point que, comme précisé à maintes reprises dans le making of, Mason part complètement en vrille sous la pression et, tellement obnubilé par le métrage dont on tourne un peu tout et n’importe quoi, se sépare de sa femme la productrice et -très mauvaise comédienne- Nadja Brand. Bouclant les prises dans les temps mais sans maisons, il attaque la post-production et découvre ses rushs qui ne ressemblent… à rien ! Acteurs amateurs et en roue libre certes mais surtout une intrigue qui ne veut plus rien dire. Le résultat bâtard mais amusant de The Devil's Chair provient de cette précipitation surréaliste: deux génériques ici, des artifices là pour faire passer quelques délicatesses… Au final, une voix off sera même enregistrée pour raconter une nouvelle histoire, une de celles que l’on peut suivre ! Et assez incroyablement, le résultat est là : dans la peine et la douleur, Mason, débarrassé de son boulet (comme Wan de Whannell) parvient à se transcender… Bien sûr, l’ensemble est très bis mais c’est surtout cette géniale fougue qui habite cette chaise démoniaque qui marque le spectateur. Haïssant le film qu’il a réalisé, celui qui était considéré dans la profession pour être un imposteur se révélera beaucoup plus prometteur que ce que laissait sous entendre ses courts et Broken. Faisant enfin les gammes qu’il n’avait que survoler lors de son passage à la London International Film School, Mason prouve qu’il est capable de faire quelque chose. Toujours aussi peu inspiré dans ses trames -la chaise maléfique s’inspire directement de la boite de Lemarchand inventée par Barker-, il surprendra tout de même en évitant les longs plans séquences chocs de ses précédentes productions et tentera plus volontiers quelques vrais effets : la mise en image plus classique et l’intervention d’un travelling compensé un peu oldies prennent le pas sur les déviances visuelles.



Une bonne nouvelle donc que ce The Devil's Chair. Une bonne nouvelle dans le sens où il rassure quant à la qualité formelle de son faiseur d’image (qui se sera dévoilé tel un pro de la démerde durant la production) mais surtout sur ses intentions. On aurait pu penser qu’un coup aussi fumant et provocant que Broken n’était que roublardise de la part de deux jeunes pour se faire un nom parmi les figures déjà placées mais, au contraire, il semble bien que ce soit la passion qui les habite. Un amour franc et direct pour un cinoche outrancier, des péloches nauséabondes et les baquets de sang bien rances… Il semble évident que ce qui éclate Mason c’est la viande et les démonstrations gores et dégueulasses ! Et s’il refourgue encore sa camelote (masturbations, gerbes d’hémoglobine et autres bravades hardcores), c’est plus par maladresse que par bêtise… Car à la découverte de ce nouveau métrage, fort plaisant du reste pour les amateurs, les évidentes solutions pour combler les faiblesses de son réalisateur seraient, d’une part, de le mettre en relation avec un vrai scénariste et, ensuite, qu’il continue à prendre de la distance par rapport à ses œuvres immatures : à ce moment, il est certain que beaucoup parleront de Adam Mason comme un potentiel grand…

Florent Kretz
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