Le cinéma ne s'embarrasse en rien de précautions ou de mesure pour dépeindre à force de clichés un continent aussi divers que méconnu. Preuves en images.

Par Jean-Baptiste GUEGAN - publié le 05 avril 2010 à 19h41 ,
MAJ le 06 avril 2010 à 00h38 - 0 commentaire(s)

Il n'est pas faux de dire que le regard que l'on porte sur l'Afrique reste férocement caricatural, pour ne pas dire aussi peu instruit que volontairement aveugle. En effet, outre le trait déjà forcé des médias traditionnels, le cinéma ne s'embarrasse en rien de précautions ou de mesure pour dépeindre à force de clichés un continent aussi divers que méconnu. Preuves en images.
 

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Une Afrique vue d'ailleurs : une affaire de regard
 
Un premier constat et malheureusement pas le moindre se fait jour : l'Afrique lorsqu'elle paraît sur nos écrans est le produit d'un regard, celui des nations majeures du cinéma et donc de l'Occident. Et non celui de ceux qui la vivent au quotidien, la traversent et la restituent sans pourtant la dénaturer. La faute en revient certes à une industrie trop embryonnaire et pourtant riche de talents, d'histoires, mais fortement handicapée par une absence insupportable d'écoles de cinéma, de salles de projection, de financements et de structures ad hoc...Evidemment, des films nous parviennent et souvent les meilleurs, d'Une Affaire de nègres à  Daratt, pour revenir jusqu'à White Material, film que l'on qualifiera avec le plaisir de l'abus d'africain. Hélas, plutôt dissonants et voués à une audience limitée et experte, ils ne représentent que la meilleure et infime part des représentations que le cinéma mondial ne cesse de nous offrir lorsqu'il en parle.    

 

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Ainsi, de Blood Diamond jusqu'à La Bataille d'Alger, le portrait que l'on en brosse, reste fortement traversé par les idées les plus facilement reçues et la réflexion la moins aboutie qui soit. Celles de gens qui désespérément restent des étrangers aux moeurs et spécificités continentales, et plus sûrement locales ! Car quiconque s'aventure à la filmer ou à la représenter dans le cadre du cinéma américain ou européen s'ingénie surtout à n'en montrer que la pauvreté, l'extrême dénuement que génère la misère, quand ce n'est pas le triomphe d'une violence aussi sauvage qu'exaltée qui en ressort. Ou pire, le conflit qui oppose les continents et l'asymétrie de leurs relations...
 
Une Afrique de perdition, de corruption et de violence ?
 
En effet, pour beaucoup de cinéastes étrangers au continent, l'Afrique demeure le lieu seul de l'étrangeté, du drame et du fantasme. District 9 en fournit un bien piètre exemple malgré d'indéniables qualités et une vraie dimension politique qui reste néanmoins à souligner. De même, semblent-ils se limiter lorsqu'ils songent au continent noir  au seul exotisme bon teint de The Constant Gardener, un film où sa terre ne serait que fascination contemplative, lieu du désir et enjeu facile pour illustrer, à bon compte, des catastrophes larmoyantes ou les manipulations d'obscures multinationales avides de pouvoir et de profit.
 
Certes, il y a du vrai là-dedans - loin de nous l'idée de s'en abstraire - et la mainmise de certains géants internationaux sur les mines et ressources de nombre de pays n'y est pas étrangère. On pourra songer à Katanga business de Thierry Michel pour s'en convaincre ou à La fin de la pauvreté ? de Philippe Diaz. De même, n'oublierons-nous pas le formidable pouvoir d'évocation de ce continent qui malgré son milliard d'habitants reste l'un des moins urbanisés du monde. Cependant, on n'omettra pas non plus d'autres oeuvres documentaires qui toutes, en se disant engagées sincèrement, n'en reproduisent pas moins une vision par trop consensuelle ou univoque, comme Les enfants de l'exil ou I am because we are. On s'éloigne donc nettement des meilleurs métrages du cinéma africain que l'on doit entre autres à Ousmane Sembene (La noire de..., Moolaade), Souleymane Cissé (Dis moi qui tu es) ou Abderrahmane Sissako (Bamako) par exemple. Pour arriver in fine à une image déformée et mensongère d'un continent résumé en un tout que l'on comblerait à force d'imagerie...
 

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Qui osera montrer l'espoir ?
 
De même, à l'examen de la filmographie récente qui l'illustre, l'Afrique, sauf rare exception, est le continent des problèmes et nullement celui de l'espoir et d'une modernisation à venir. Ainsi, dégorgeant de guerres diverses, de conflits ethniques ou de famines absurdes, elle reste systématiquement présentée en salles sous l'angle de ses seules faiblesses, certes réelles mais diablement incontournables, notamment lorsque l'on sait les ressources humaines et naturelles dont elles disposent. Johnny Mad Dog et Lord of War par leurs qualités, n'en montrent pas moins l'horreur des enfants soldats, tout comme les multiples métrages qui ces dernières années dépeignent à leur tour les ravages de la mondialisation (Le Cauchemar de Darwin), de l'Histoire récente (Le Dernier roi d'Ecosse), ou ceux du génocide rwandais (Shooting Dogs, Hôtel Rwanda, Le Jour où Dieu est parti en voyage, Lignes de front).
 
Les clichés ont donc la peau dure, serait-on tenté de penser évidemment au risque d'une résignation facile. Mais il faut tout de même aller plus loin que ce simple constat. Comment peut-on réduire à une seule catégorie de représentation simpliste un continent tout entier, quand on sait pertinemment qu'un Italien ou un Anglais accepteraient difficilement d'être agglomérés et dissous dans une identité autre que la leur et plus encore uniquement européenne. Ne faudrait-il pas enfin distinguer la cinquantaine d'Etats qui forment la deuxième étendue continentale du globe ? Ne faudrait-il pas autrement imposer et s'imposer une autre image que celle d'une Afrique simplifiée, éternel repoussoir d'un mode de vie occidental qu'elle serait encline à rechercher contre vents et marées ? Et que dire de nos aides et de nos subventions, tant dirigées vers le maintien de nos seuls intérêts à l'exception des fonds d'aides, alors que la possibilité d'un nouveau regard sur le monde se trouve probablement dans ces talentueuses contrées ?
 
En cela, il apparaît donc judicieux que nos cinémas sortent de ces ornières commodes et prennent le risque de faire ce que le cinéma de Jean Rouch et d'Ousmane Sembene faisaient à leur époque : regarder pour dire et comprendre. Et non seulement juger voire affadir et oublier par paresse et par facilité, la richesse et la jeunesse d'un continent tout entier.

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