Singulier ? Libre ? Atypique ? Rebelle ? Autarcique ? Le cinéma d’Alain Cavalier appelle toute sorte de substantifs. Mais son parcours étrange révèle le caractère frondeur d’un artiste qui a travaillé le cinéma comme un peintre travaille ses toiles.
Diplômé de l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) à Paris, Alain Cavalier a tout d’abord commencé comme assistant de Louis Malle sur deux longs métrages: Ascenseur pour l'échafaud et Les amants. Ce n’est qu’au début des années 60 qu’il passe à la réalisation avec deux films majeurs et remarqués qui traitent sans détour de la guerre d’Algérie (Le combat dans l'île et L'insoumis). Déjà confronté à la polémique, il essaye d’aplanir les ambiguïtés avec un beau polar (Mise à sac) et l'adaptation d'un roman de Françoise Sagan (La chamade). Sept ans plus tard – années durant lesquelles il ne fera pas grand-chose –, il commence à explorer les marges du cinéma français avec Le plein de super, réalisé en 76 dans lequel il convie des acteurs peu connus et expérimente des petits budgets pour acquérir une forme de liberté (sa sempiternelle soif d’indépendance). L’histoire relate la virée vagabonde de quatre jeunes gens avant de recadrer progressivement ses intrigues sur sa propre vie (Martin et Léa qui traite du couple et surtout Ce répondeur ne prend pas de message, qu'il réalise dans l'urgence en interprétant le rôle principal. Avec sa fille Camille de Casabianca, il réalise Un étrange voyage au début des années 80 et raconte un nouveau périple : celui d’un père et de sa fille (autobiographie oblige) qui voyagent entre Paris et Troyes le long d'une voie ferrée. Le film reçoit le prix Louis-Delluc.

La reconnaissance ne surgit qu’avec
Thérèse, œuvre remarquable sur la carmélite de Lisieux entre silence et plans fixes, prix du jury au Festival de Cannes 1986 et lauréat des Césars du meilleur film et du meilleur réalisateur. Est-ce une raison suffisante pour rejoindre des rails plus conventionnels ? Bien entendu, non. C’est le premier des Portraits d'Alain Cavalier, réalisé en 19mm pour la télévision, où tout semble régi par une forme économique de cinéma et une envie de radiographier la vie comme si c’était la dernière fois. Aujourd'hui, Alain Cavalier tourne seul, grâce à la vidéo, filmant sa propre intimité (
La rencontre) ou celle que d'autres acceptent de se et de lui confier (
Vies). Son dernier film, Le filmeur, était un sacerdoce, une croyance inextinguible en l’art cinématographique. Aujourd’hui, Alain Cavalier passe pour un marginal qui n’a peur de rien. A l’abri des modes et des conventions, il filme. Comme un filmeur, ce qui le meut. Ce qui doit séduire Nicloux dans cette approche, c’est encore une fois cette capacité à franchir la barrière fiction/documentaire mais aussi à sculpter l’intime de manière frémissante.