Par - publié le 30 juin 2008 à 05h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h54 - 0 commentaire(s)
Hautement considéré dans les sphères du cinéma d’animation de marionnettes (l’animation en 3D image par image), le britannique Barry Purves est à l’honneur avec une édition DVD regroupant ses six films (Next, Screen Play, Rigoletto, Achilles, Gilbert & Sullivan: The Very Models, et Hamilton Mattress). Chacun d'entre eux révèle d'authentiques qualités plastiques et narratives qui poussent à une reconnaissance hélas tardive. Pour beaucoup, cet artiste reste connu pour avoir tapé dans l’œil de Tim Burton – le réalisateur de Big Fish l’ayant choisi pour travailler avec lui sur Mars Attacks! en lui confiant le poste de directeur de l’animation. Découverte essentielle d’un univers singulièrement singulier.



Cette sortie des œuvres expressives et barrées de Barry Purves donne envie de s’esbaudir sur le travail inclassable de cette référence hélas méconnue du cinéma d’animation. Depuis des années, il creuse le sillon d’un univers poétique nourri d'angoisses Shakespeariennes en supervisant tout, de la réalisation à l’écriture. Ce qui fait de lui un artisan, un acteur et un animateur. A dire vrai, Purves projette comme un Svankmajer une force surprenante qui s’exprime à travers un esthétisme très déterminé. Ce qui étonne ici n’est pas tant sa maîtrise de la rhétorique visuelle que son apparente capacité à manier avec la même aisance plusieurs formes d’expression très différentes. Cet éclectisme se traduit par des sources d’inspirations denses en même temps qu’une détermination à utiliser les moyens sophistiqués pour peindre en minuscule la condition humaine (Next, le court de cinq minutes qui lui a permis d’être remarqué, raconte comment William Shakespeare, seul sur une scène vide, passe une audition devant le metteur en scène Peter Hall qui fait mine de l’ignorer). Aujourd’hui, la plupart des ses techniques sont galvaudées; à l’époque, elles témoignaient d’une forme de révolution. Mais comme dirait un vers de Shakespeare à propos de Cléopatre : "Les années n’ont pas d’emprise sur elle, l’habitude ne peut ternir son infinie variété".


Ayant suivi des études de civilisation grecque et de théâtre à l'université de Manchester, Purves commence par effectuer de petits boulots comme régisseur et acteur au théâtre. Afin de s’assurer une forme d’indépendance et de créer "son monde" comme un metteur en scène, il se lance dans une carrière d'animateur et réalise en contrepartie des publicités rémunératrices. A ce rythme, il propose des clips et des séquences d’animation pour des sociétés de production à l’instar de Aardman, Redwing, Granada et la BBC. Cela lui permet, en corollaire, de réaliser des petits films avec une autonomie lui garantissant les coudées franches et donc une totale liberté d’expression. Barry Purves monte sa propre société, Bare Boards. Pour lui, la fin des années 80 correspond à une période édenique où les chaînes de télévision britanniques investissaient des sommes considérables dans l’animation et n’avaient pas peur de repousser les frontières de la discipline, l’élevant ainsi au rang de forme artistique. Au moment de réaliser Next, son premier film, il voulait utiliser de nombreux personnages mais le budget n’a permis de fabriquer qu’une seule marionnette complexe. Il a dû faire preuve de créativité pour réparer ce manque. Au final, il a développé le concept de pousser la performance de la marionnette au maximum en utilisant chacun de ses centimètres.

Pour ceux qui ne connaissent pas son travail, tout est regroupé dans le DVD, agrémenté de bonus et d'un formidable livret, permettant de mettre en lumière ce qui fut à l’origine de ses créations. Mais rien n’aurait été pareil sans l’appui de Tim Burton qui découvre émerveillé ses films et lui donne la possibilité en 1995 de se faire une renommée internationale en participant comme directeur de l’animation sur Mars Attacks!. Depuis, Barry Purves est passé à un statut différent en dirigeant des ateliers d’animation dans les principaux studios états-uniens allant de DreamWorks à P.D.I. en passant par Pixar et Will Vinton. Ce n'est pas pour autant que son âme d'artiste a été corrompue. Avant de commencer au début des années 80 dans le monde du théâtre, les centres d’intérêt de Purves s’articulaient déjà autour de l’opéra (voir Rigoletto qui résume l’opéra de Verdi en une demi-heure) et la mythologie (voir Achilles narrant les amours passionnelles d’Achille et de Pétrocle et témoignant au passage de la manipulation technique et sensuelle de ses marionnettes).


Le geste (la forme) et le spectacle (le sentiment) nourrissent son identité; le théâtre sert de cocon cotonneux et cosmogonique; la scène – là où se déroule l’action – devient le cœur névralgique de ses expérimentations; les éclairages animent les corps de ses marionnettes et leur donnent une substance. Next, Screen Play, Rigoletto, Achilles, Gilbert & Sullivan: The Very Models, et Hamilton Mattress tiennent à la fois des trucages ancestraux du cinéma aux traditions séculaires du théâtre antique voire japonais (Next s’intéresse à William Shakespeare; Screen Play au théâtre Noh et au Kabuki). Tels quels, ce sont des tours d'illusionniste. Ce qui fait la différence, c’est le travail sur la mise en scène que ce soit dans l’esthétique ou la dynamique, deux éléments afférents qui donnent un relief inattendu à cette virtuosité. Sous-entendant que d'autres formes artistiques (la danse, le chant, la peinture, la sculpture et la photographie) sont autant d’éléments qui alimentent le style reconnaissable de Burves et pimentent ses tragédies bouffonnes au fond désespérées où l'amour peut préserver de tout (Achilles).



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