Par David A. - publié le 19 novembre 2009 à 15h11 ,
MAJ le 19 novembre 2009 à 15h21 - 0 commentaire(s)

Caricaturiste, animateur, réalisateur et producteur indépendant, Bill Plympton est l'animateur new-yorkais allumé par excellence ! De la fin des années 70 et ses premiers courts-métrages jusqu'à la sortie de son dernier long-métrage Des idiots et des anges en 2008, c'est tout un univers très personnel qu'il a développé, que ce soit dans des sketchs de quelques secondes ou bien dans des schémas narratifs plus ambitieux. Par sa verve, son audace et son style qui lorgne vers l'absurde, l'animation de Bill Plympton sort largement des sentiers battus, explorant les travers de nos sociétés modernes avec un ton résolument plus moqueur et trash que Matt Groening et ses Simpson, tout en prolongeant cette école d'une animation américaine à contre-courant de Walt Disney, davantage portée sur la fantaisie et le conte moral. Les ressorts principaux de ses histoires ne sont rien d'autres que le sexe et la violence, qu'il n'a pas peur de mettre en scène de façon crue et frontale.
 
 Il n'a pas peur lui-même de conforter ses choix en nommant une série de saynètes Sex and violence (1997) et More sex and violence (1998). L'on y voit pêle-mêle une femme qui se parfume l'entrejambe au troisième rendez-vous, un homme dont le corps se disloque suite à une chute sur une peau de banane ou encore le premier rendez-vous amoureux d'une femme vu depuis l'intérieur de sa bouche. Chez Bill Plympton il ne faut pas avoir peur de dépasser les limites du bon goût et de la décence. Si l'on excepte The great turn on (1968) et Lucas, l'épi de maïs (Lucas, the ear of corn, 1977), deux courts-métrages expérimentaux respectivement en trait simple et en papier découpé, le style de l'animateur se porte très vite sur un dessin de type esquisse animé sommairement. Plympton utilise sans vergogne l'animation limitée, c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas le rythme de quelques dessins par seconde (là où il faudrait compter vingt-cinq dessins par seconde pour une animation fluide et précise) pour renforcer le côté caricatural de son propos. Plympton ne cherche pas le défi technique mais bien plutôt une patte personnelle que l'on reconnaîtrait au premier coup d'œil.

 

Des idiots et des anges
 
Cette Plympton's touch est simple, il plonge systématiquement ses personnages dans des situations loufoques, absurdes ou surréalistes pour modeler à volonté leur corps. Que ce soit le visage d'un homme qui se décompose ou se recompose alors qu'il chante une vieille chanson ringarde dans Your face (1987), les facéties de deux hommes qui se cognent dessus en s'étripant le faciès dans Un coup de trop (Push come to shove, 1991) ou encore la vie autonome d'un poil de nez qui prend des proportions gigantesques dans Nose hair (1994), le dessinateur s'en donne à cœur joie lorsqu'il s'agit de défier la réalité anatomique du corps humain. Chez lui tout est exagéré, atrophié, déformé, dilaté sans commune mesure au point parfois de choquer. Plympton a un faible pour tout ce qui peut passer par les orifices (nez, bouche, oreilles, nombril), n'oubliant pas au passage la dimension hautement érotique que ses délires peuvent générer.
 
Néanmoins le dessinateur sait se faire plus léger et percutant sur des thèmes très quotidiens. Dans 25 façons d'arrêter de fumer (25 ways to quit smoking, 1989), Plympton accumule les idées farfelues et drolatiques sur le sujet, y compris au point de faire tomber un sumo du ciel, sorte de gag répétitif qui ne manquera pas de faire sourire. Dans Comment embrasser (How to kiss, 1989), il fait même la recension de tous les types de baisers possibles, sans manquer de faire la caricature des langues qui s'entremêlent dans un luxe de détails sonores. Dans Eat (2001), l'on a  droit à une scène cauchemardesque d'un client au restaurant se mettant à dévorer tout ce qui passe près de sa bouche. Là encore Plympton joue sur les vices (la gourmandise étant l'un ses préférés) des hommes pour mieux les croquer (dans le sens de dessiner bien sûr).
 
Dans ses longs-métrages Bill Plympton rassemble ses idées percutantes qu'il développe le long d'un fil rouge, celui par exemple d'un homme cherchant à composer LA chanson de sa vie dans The Tune (1992), la fresque conjugale incroyable et délirante d'un couple de jeunes mariés dans L'impitoyable lune de miel ! (I married a strange person !,1998), la vengeance d'un astronaute trahi dans Les mutants de l'espace (Mutant aliens, 2001), les vicissitudes de la vie lycéenne des années 50 dans Hair High (2004) ou bien encore les malheurs d'un homme égoïste qui devient la risée de tous lorsque des petites ailes lui poussent dans le dos dans Des idiots et des anges (Idiots and angels, 2008). Plympton s'affranchit le plus possible des dialogues pour faire fonctionner autant que faire se peut ses idées visuelles, souvent audacieuses.

 

des_idiots_et_des_anges_2
 
Trait immanquable de ces films, l'utilisation heureuse et savante de la musique. Que ce soit du rockabilly, du jazz ou des ritournelles populaires ou mélodramatiques, le réalisateur sait jouer de la note musicale pour faire vibrer ses dessins. Chez lui l'addition de l'image et du son est toujours à propos, y compris dans la composition des effets sonores qui ne manquent pas de concourir à l'effet comique des gags. La voix humaine s'y fait rare, préférant faire passer ses idées par l'illustration plutôt que par l'explication. Dans Des idiots et des anges par exemple, l'absence totale de dialogues n'empêche pas de comprendre les traits de caractère de chaque personnage. Tout en étant très américain dans la forme et le contexte, le langage visuel de Plympton se fait à mesure plus universel, la caricature étant une pratique reconnue par tous.
 
Reconnu comme l'un des animateurs américains les plus productifs et les plus novateurs (The Tune a remporté le Grand Prix du Jury au Festival de Sundance en 1992, L'impitoyable lune de miel ! a remporté le Grand Prix du Festival d'Annecy en 1998 et le Grand Prix au Festival de Sundance, Les mutants de l'espace a remporté le Grand prix au Festival d'Annecy en 2001 et enfin Des idiots et des anges a remporté la Mention Spéciale au Festival d'Annecy en 2008), Bill Plympton a su conserver son ton satyrique et provocateur tout produisant constamment ses propres films de manière indépendante, histoire de prouver que le milieu de l'animation n'est pas forcément subordonner aux moyens allouer. Certes Bill Plympton reste un auteur confidentiel mais il a su se construire un public fidèle avide de ses délires politiquement incorrects. Son prochain film, une œuvre collective à sketch autour des Jeux Olympiques de Tokyo.
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