Par Kévin Dutot - publié le 28 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 28 octobre 2009 à 16h40 - 1 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie en Blu-Ray du film d’Alan Parker, Midnight Express, et de la ressortie prochaine de Querelle, le film testament de Rainer Werner Fassbinder, nous vous proposons aujourd’hui de replonger dans la courte carrière du comédien Robert Creel Davis, alias Brad Davis. Décédé à 41 ans du SIDA, il est l’une des premières victimes du fléau qui débuta dans les années 1980 et devint une icône gay à la fois pour ses rôles d’homosexuels et pour son combat contre la maladie. Officiellement hétérosexuel, officieusement bisexuel, Brad Davis est à la fois un symbole ultra-sexué d’Hollywood mais également une légende du cinéma à l’instar de James Dean ou Marylin Monroe. Disparu trop tôt, et sa maladie l’ayant empêché d’être aussi actif qui le souhaitait en tant qu’acteur, Brad Davis fut prisonnier d’un lourd secret qu’il cacha des années, avant de le révéler au grand jour et périr. Récit.



Né le 6 novembre 1949 à Tallahassee dans l’Etat de Floride, Robert Creel Davis est élevé au sein d’une famille a priori assez banale, éloignée de tout problème. D’un père dentiste, dont la carrière s‘effondra pour des soucis d’alcoolisme et d’une mère dépressive, le jeune Robert subit durant sa jeunesse de nombreuses violences allant jusqu’aux abus sexuels durant son adolescence. Le jeune homme dont le frère Gene est comédien, se passionne très tôt pour le théatre, la danse et le chant... Se servant de la comédie et de l’illusion pour quitter le foyer, Robert tente petit à petit de se faire une place. D’abord grâce à quelques auditions puis en multipliant les castings et les concours. A l’âge de 17 ans, c’est ainsi qu’il remporte un concours de talents musicaux et rejoint l’équipe du Theatre Alabama... Après quelques mois comme employé, il décide de quitter la Floride pour rejoindre New York. Ici il fait la connaissance d’autres comédiens en entrant à l’American Academy of Dramatic Arts pour étudier le théatre. Il parvient à en faire tout d’abord un boulot d’appoint en rejoignant quelques productions plus ou moins convaincantes du off-broadway et en 1974, à l’âge de 25 ans, le jeune homme devenu Brad Davis obtient un rôle récurrent dans le soap opera, How to survive a marriage.



Il lui faudra néanmoins attendre 1976 et son rôle dans le téléfilm Sybil, produit par NBC et réalisé par Daniel Petrie, où il joue aux côtés de Sally Field pour se faire connaître du grand public. Alors que la comédienne de Norma Rae y incarne une jeune femme souffrant de troubles de l’identité, Brad Davis y interprète un jeune homme tentant de l’aider à combattre ses démons qui l’ont mené à une telle division de sa personne. Le comédien joue aux côtés d’une comédienne dont la popularité à l’époque n’est pas à remettre en question, ce qui le propulse instantanément au premier rang des comédiens à suivre. L’année suivante, il obtient également un rôle important dans la mini-série Roots produite par ABC, et qui retrace sur plusieurs décénnies l’histoire d’une famille noire-américaine. Ce programme ambitieux et assez unique à la télévision américaine est acclamé par la critique et c’est par cette petite fenêtre que le comédien est alors appelé pour interpréter son premier rôle au cinéma, et pas des moindres, celui de Billy Hayes dans Midnight Express.


Le film d’Alan Parker est un véritable succès à la fois critique et public mais se lance alors une polémique sur la représentation quelque peu raciste et primaire des Turcs dans le film. Le véritable Billy Hayes, dont le film retrace plusieurs années de vie, commentera en effet le métrage de Parker en déplorant la peinture monstreuse faite du peuple turc tandis que le scénariste Oliver Stone ira jusqu’à s’excuser publiquement en 2004 lors d’une visite en Turquie. Mais cette polémique n’entache en rien la prestation de Brad Davis qui remporte alors le Golden Globe du meilleur espoir masculin et semble prêt à entamer une vraie carrière de comédien... S’il fait le choix de continuer à participer à plusieurs productions télévisuelles, c’est pour la simple et bonne raison que les films qui suivront ne seront pas les succès escomptés. Un petit cercle d’amis de Rob Cohen fut un véritable flop critique et public et Les Chariots de Feu, dirigé par Hugh Hudson, fit grand bruit au Festival de Cannes en 1981 mais ne remporta qu’un léger succès d’estime en salles, avant de devenir un peu plus tard un film culte. La carrière de Brad Davis ne décolle pas autant qu’on pouvait l’attendre.



C’est finalement une décision artistique et ambitieuse qui mit un terme officieux à la carrière du comédien bien plus tôt que prévu. En 1983, Davis prend un risque professionnel énorme en acceptant d’incarner un marin homosexuel dans le film Querelle de Rainer Werner Fassbinder. Adapté du roman de Jean Genet, le dernier film du cinéaste allemand n’est pas un choix très judicieux selon ses associés qui lui rappellent qu’après avoir également joué dans plusieurs pièces à caractère homosexuel sur Broadway, interpréter au cinéma un marin gay pourrait nuire à sa carrière. Davis décide néanmoins de suivre son instinct et se donne corps et âme pour le film qui malheureusement ne remportera aucun succès et sera assez mal reçu par la critique internationale au moment de sa sortie... Les clichés ont la vie dure et effectivement, la carrière de Brad Davis s’effondre instantanément. S’il remporte néanmoins une floppée de critiques positives pour son rôle dans la pièce de Larry Kramer, The Normal Heart, où il incarne un homme amoureux d’un autre homme mourant du sida, sa carrière est en chute libre. Si l’homophobie latente à Hollywood s’est emparée de la carrière du comédien, son addiction aux drogues et à l’alcool n’est venue qu’éxacerber un souci déjà majeur. Brad Davis multiplie les faux pas, les accidents et fait parler de lui pour de mauvaises raisons... Un certain nombre d’arrestations entâchent un nom que l’on peine désormais à susurrer à Hollywood.



En 1985, Brad Davis apprend qu’il est lui-même séropositif... Il décide de garder le secret, de peur de ne plus pouvoir travailler. Seule sa femme, Susan Bluestein, avec qui il partage la vie depuis 1976 est au courant... Quelques amis entreront également dans la confidence. Il se cache, fait venir les médecins à son domicile et lorsqu’il doit subir d’importants traitements, il entre à l’hôpital tard dans la nuit et utilise son véritable nom : Robert Davis. Les traitements son lourds, épuisants, et le comédien, aidé de sa femme, décide de se donner la mort dans sa maison en Californie le 8 septembre 1991. A sa mort, les journaux titrent : « le premier comédien hétérosexuel à mourir du SIDA »... Si son addiction aux drogues et notamment à la cocaïne ont peut-être joué un rôle dans la propagation de la maladie, plusieurs proches, amis et membre de sa famille ont également rappelé que Brad Davis avait dû se prostituer durant ses premières années à New York et qu’il avait vécu pendant plusieurs mois au sein de la communauté homosexuelle et marginalisée de la grosse pomme. Le comédien, quant à lui, ne niait pas être homosexuel mais n’en faisait aucunement une revendication... Pour lui, les choses étaient plus simples : « N’a-t-on jamais dit, qu’au fond, nous étions tous bisexuel ? Je crois bien »...
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