Par Gwenael Tison - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 17h23 - 0 commentaire(s)
L'éditeur Emylia profite de la période estivale pour nous concocter des sympathiques D.T.V. divertissants et saignants à souhait. Une demi-douzaine de titres vont fleurir dans les bacs avec notamment une sélection extrême comprenant Five Across The Eyes et Vanguard. On trouve dans un registre similaire les corrosifs Sick Nurses et Carver. La maigreur budgétaire commune à ces productions restreint évidemment leur envergure. Pourtant, cela n'est jamais un frein à la création. Au contraire, le manque de moyens permet de catalyser l'essentiel des procurations artistiques du réalisateur afin d'offrir au public des bobines qui poursuivent un travail intéressant sur les codes en vigueur. Sans renouveler véritablement le genre, ces petites productions horrifiques sont radicales et dépourvues de Happy-end. Tout en étant perfectible, c'est Carver qui tire son épingle du jeu et propose une approche honnête, captivante et réaliste de l'horreur.



Afin de célébrer le départ de Peter pour l'université, des amis d'enfance prévoient de passer plusieurs jours loin du rythme effréné des grandes villes américaines. Rachel, Zack et les deux frères Peter et Bryan décident de profiter de l'air pur d'Halcyon Ridge, une petite ville du sud assez isolée. Ils sont à peine arrivés qu'un habitant leur propose de nettoyer une vieille cabane perdue dans les bois moyennant finance. Ils acceptent avec réticence. Une fois sur les lieux, ils découvrent des films 8MM qu'ils vont regarder en cachette. Les films contiennent des séquences très violentes de meurtres perpétrés par un homme mystérieux dont le visage est masqué par un casque de soudeur. Ils croient d'abord être devant de mauvais films de série B. Cependant, Bryan comprend rapidement que les scènes sont belles et bien réelles et que lui et ses amis vont être les prochaines victimes de ce tueur qui immortalise ses massacres sur pellicule.



Après un The 8th Plague assez convaincant malgré certaines maladresses évidentes, Franklin Guerrero Jr. nous revient avec un survival horror du nom de Carver. Ayant reçu au Freaky Film Festival le prix du meilleur acteur pour Matt Carmody, Carver prend le chemin du D.T.V. qui suinte la sueur et le sang. Toujours accompagné par son fidèle acolyte Eric Williford, Franklin Guerrero Jr. marie avec une efficacité déconcertante les thèmes du slasher et celui du snuff-movie. Contrairement aux nombreux films horrifiques américains à petit budget qui jouent sur le décalage et les clins d'œil au spectateur, le ton de Carver est résolument sordide, pesant et dérangeant, sans pour autant être outrancier. Le réalisateur réussit à insuffler des purs moments de suspense, couplés à une action quasi ininterrompue. Un équilibre salvateur et d'une grande cohérence qui distille une angoisse omniprésente, ponctuée d'assassinats barbares.


En évacuant d'emblée l'identité du tueur, Carver propose une démarche singulière qui joue sur l'oppression qui transpire d'un huis-clos étouffant. Même si l'on sait que le film va s'achever dans un bain de sang, Franklin Guerrero Jr. travaille avant tout sur l'atmosphère pour mieux jouer avec les attentes du spectateur. L'univers sordide suintant de la cabane est ainsi parfaitement bien restitué. Les différents supports de pellicule renforcent l'aspect craspec qui atteint son sommet avec la projection du film en 8MM. Grâce à un sens du cadrage aigu, couplé à un montage incisif, le réalisateur cisèle une atmosphère très marquée renvoiyant directement aux films d'horreur des années 70. De plus, le réalisateur caractérise habilement les protagonistes de son histoire, tirant partie de l'interprétation de ses acteurs. Son approche réaliste de cette bande d'amis est bien loin de l'imagerie stéréotypée et usée jusqu'à la corde des teenagers ricains simplets et boutonneux. Franklin Guerrero Jr joue ainsi sur l'empathie du spectateur envers les protagonistes principaux, amplifiant l'impact émotionnel lorsque l'un d'eux est sauvagement massacré.



Les séquences gores ponctuent une action dont le rythme va crescendo. Le malaise créé par les passages de torture est si bien restitué qu'il touche directement le spectateur. Là où on aurait pu éclater de rire devant certaines situations ou attitudes des personnages, Carver nous coupe l'herbe sous le pied, si bien qu'il est difficile de prendre de la distance avec l'intensité et la violence graphique. Malgré des rebondissements parfois trop téléphonés, le film cueille le spectateur dans un tourbillon malsain et craspec comme on aimerait en ressentir plus souvent parmi les D.T.V. désincarnés qui inondent le marché français.

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