A la rencontre de deux talents qui ont permis la réussite du Livre d'Eli, Chris Weston et Deak Ferrand. Plongez dans les univers de ces deux artistes singuliers avec le dossier suivant ...

Par Julien DUPUY - publié le 26 mai 2010 à 10h42 ,
MAJ le 26 mai 2010 à 10h45 - 0 commentaire(s)

L'un a travaillé en amont du film, l'autre a oeuvré majoritairement durant la postproduction. Mais l'un comme l'autre ont été déterminants dans la réussite graphique du film post apocalyptique des frères Hughes. Alors que Le Livre d'Eli sort en Blu-Ray et DVD, il nous a semblé judicieux de redonner leur juste place aux travaux de Chris Weston et Deak Ferrand.

Chris Weston, le designer
Bien qu'il admette lui-même être un grand cinéphile, Chris Weston n'avait jamais fréquenté le milieu du cinéma avant Le Livre d'Eli, même si plusieurs productions lui avaient proposé un emploi de story-boarLe Livre d'Eli - Visuel 1deur, offre qu'il avait refusé systématiquement jusqu'alors. Auteur de comics originaire d'Allemagne, mais résidant en Angleterre, Weston a travaillé sur Judge Dredd, Swamp Thing (lorsque Mark Millar en signait les scénarios), mais aussi sur la série de Vertigo, The Invisibles.
C'est par le biais de son ami Gary Whitta que Weston rentre pour la première fois dans l'univers d'Eli. Whitta vient en effet de signer le script pour le film, et il propose à Weston d'en illustrer la couverture afin de l'aider à mieux vendre son histoire. Weston accepte volontiers, à la condition que Whitta soutienne sa candidature pour travailler ultérieurement sur le film. Bien que cet accord ne soit que verbal, Whitta tient parole : lorsque les frères Hughes décident de porter à l'écran le script, ils suivent les conseils du scénariste et contactent le dessinateur pour qu'il signe un nouveau visuel adapté au comédien espéré pour le rôle principal : Denzel Washington. Très motivé, Chris Weston créé six artworks qui seront déterminants dans le fait que la star accepte d'endosser le rôle-titre.

 


Le travail du dessinateur est si apprécié des frères Hughes que, même après le hiatus d'une année que connaît la production du film à cause de la grève des scénaristes, ils l'embauchent comme designer et surtout comme story-boardeur principal du Livre d'Eli, aux côtés de Tommy Lee Edwards et du formidable story-boardeur Rodolfo Dimaggio. Weston s'investit tellement sur ce travail, qu'il prend du retard sur son comics The Twelve, ce qui lui vaut une volée de bois vert de la part de ses fans. Son implication sera pourtant payante : largement mis en avant sur le site officiel du film, Chris Weston sera également sollicité pour réaliser un poster promotionnel du Livre d'Eli destiné à promouvoir le film lors du ComicCon de San Diego. En outre, le dessinateur admet que ce projet fut l'un des plus satisfaisants de toute sa carrière.
 
Deak Ferrand, le truqueur
À l'autre bout de la chaine de la conception du film, se situe Deak Ferrand. Originaire de Suisse, Deak est parti au Canada pour travailler avec la société d'effets spéciaux locale Buzz sur les matte-paintings de Planète Hurlante. Quelques années plus tard, il s'installe à Los Angeles, travaille avec la compagnie POP (qui a racheté Buzz) sur Au-delà de nos rêves, et fonde sa propre société, Hatch! FX à l'occasion du Roi Scorpion. Au cours de sa carrière, ce personnage passionné et au franc-parler particulièrement appréciable dans la très politique Hollywood, s'impose comme un directeur artistique au goût très sûr plus qu'un simple matte-painter. Parmi ses plus beaux coups, on peut évoquer le plan final de The One, les visions d'Hobbitebourg dévasté dans La Communauté de l'Anneau, ou encore se travaux pour Guillermo Del Toro dans Blade II et les deux Hellboy. Très prisé des réalisateurs qui ont eu la chance de travailler avec lui (Del Toro porte une admiration sans borne pour Deak Ferrand), notre homme n'est pourtant pas arrivé sur Le Livre d'Eli par l'intermédiaire des frères Hughes, mais grâce au superviseur des effets spéciaux Jon Farhat, pour qui Deak Ferrand avait conçu les mattes-paintings de la séquence d'ouverture coupée au montage de Wanted.
Contrairement à ses confrères des effets visuels, Deak Ferrand est impliqué avant le tournage et établit une charte définissant l'évolution de la colorimétrie du film, en suivant les directives d'Albert Hughes et en se basant sur une énorme bible graphique compilée par le réalisateur et contenant des photographies et des peintures. Chaque plan du film doit en effet obéir à une séries de règles : les décors du Livre d'Eli doivent être entièrement dénués de végétation (ce qui impliquera une retouche numérique sur presque chaque image du film), de teintes chaudes, et sa lumière doit baisser de plus en plus jusqu'au dernier tiers du métrage. Dès lors, le ciel s'éclaircit, et des touches d'orange puis de vert viennent égayer cet univers jusqu'ici très sombre.

 

 Le Livre d'Eli - Visuel 2
Le Livre d'Eli - Visuel 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hatch! doit truquer 80 plans, pour un total d'une vingtaine de minutes de métrage. Leur travail, qui s'étale sur une année entière, va du changement des cieux, à des visions épiques de larges espaces dévastés. Et pourtant, l'équipe de Deak Ferrand ne compte pas plus de cinq personnes, et Deak lui-même peint la totalité des mattes-paintings. Ses méthodes varient selon la nécessité de chaque plan, mais il se base en général sur des références photos, projetées parfois sur des modélisations en 3D de portions de décors lorsque le plan est en mouvement, et utilise à l'occasion des modèles réduits. C'est par exemple le cas pour la séquence de l'autoroute, pour laquelle Deak photographie à la lumière du jour quelques petites voitures du commerce qu'il retouche ensuite par ordinateur. La qualité de son travail est telle, que le superviseur des effets visuels Jon Farhat, décide au dernier moment de confier à Hatch! une partie des plans du final à San Francisco. Farhat ne tarit d'ailleurs pas d'éloge sur Deak Ferrand : « Si je ne devais retenir qu'une personne de toute l'équipe des effets spéciaux visuels, ce serait sans aucun doute Deak Ferrand. Il n'a fait que 80 plans (sur les 500 truqués que compte le film - NDR), mais ils ont permis d'établir le ton et la direction artistique à adopter pour tout le film. » Nuff said comme on dit.
 
Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez visiter les sites officiels de Chris Weston et Deak Ferrand :
http://www.chrisweston.co.uk/
http://www.hatchfx.com/index.php
 
Julien Dupuy


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