Parmi les six titres que Studio Canal nous fait la joie d’éditer en Blu-Ray se trouve un film bien particulier et qui mérite amplement d’être remis en avant. Si les films de Carpenter, Scott, Emmerich ou Wright feront sans doute partie des achats prioritaires de la collection, peut-être devrions nous revenir quelques instants sur celui du petit père Harlin qui, encore aujourd’hui, est d’une efficacité remarquable et d’une qualité non négligeable.
Une étrange rengaine semble reprendre quelques quinze années après la sortie du
Cliffhanger de Harlin : pour cette fournée encore, le film, rebaptisé pour la France
Traque au sommet, se voit mis à la vente au milieu d’un panel d’œuvres plus ou moins cultes et, majoritairement, plus pertinentes que le génial divertissement du viking. Car rappelez-vous de ce fameux mois d’octobre 93, période révolue où il n’y avait pas encore une vingtaine de nouveautés par semaine mais juste deux ou trois, la rotation permettant d’en voir une majorité. Si le métrage neigeux se sera débarqué quelques jours après des bandes attendues telles qu’un Scorsese (
Le temps de l’innocence) ou un Pollack (
La Firme), il a tout de même eu de la chance que son distributeur sente venir le phénomène
Jurassic Park qui allait mettre une raclée phénoménale à tout ce petit monde. Heureusement, notre action movie du jour a profité de ses quelques deux semaines de liberté durant lesquelles il régna impitoyablement. Deux semaines courtes mais amplement suffisantes pour que notre ami Sylvester Stallone ait le temps de se refaire une santé et retrouve, le temps d’un film, sa gloire d’antan. Gloire passée et révolue à cette époque puisque Stallone, depuis le fameux
Tango et Cash avec
Kurt Russell en 1989, a dans l’ensemble tout foiré. Même les retrouvailles de l’acteur avec le réalisateur Avildsen, pour fêter le grand retour du personnage fétiche dans un -à l’époque- ultime
Rocky 5, n’ont pas suffi pour faire revenir le public dans les salles obscures. D’ailleurs le boxeur sera vite K.O. puisqu’il fera son plus mauvais score… Et ce n’est pas la tentative de reconversion de l’acteur musclé dans le registre de la comédie qui fera avancer les choses :
Oscar et
Arrête Ou ma mère va tirer ! s’avèrent être de très gros échecs.
Il faut donc à Stallone un rôle qui parvienne à le remettre sous les feux amicaux des projecteurs et non pas seulement pour éclairer ses déboires sentimentaux, financiers et les échecs de ses films. Désireux de revenir à un cinéma bourrin qui a fait sa seconde gloire (après le « cérébral » de
Rocky et
Rambo, on était passé au « décérébré » des suites des franchises). Signant initialement pour un projet baptisé
Gale Force sous le blason de Carolco, il pense se préparer pour un face à face sauveteur/ brigands lors du passage d’un ouragan sur une petite ville. Après maintes et maintes réécritures qui commencent à coûter cher (environ 2 millions de $ !), le projet est annulé et Stallone reste avec les bases de…rien du tout ! Tout simplement parce que le script s’annonce monstrueusement cher et que les droits à négocier risquent de faire empirer les choses. En revanche Stallone n’est plus tout seul puisque le réalisateur qui devait réaliser ce
Gabe Force, un certain
Renny Harlin, est d’une humeur fidèle et souhaite tout de même tourner un métrage avec la star. Cette dernière voit d’un très bon œil l’attache qu’a le réalisateur pour elle puisque Harlin a, à l’époque, pulvériser l’essence même du film d’action avec son
58 minutes pour vivre ultra fun et jouissif. Vu le résultat et tout le prestige que commence à récolter
Bruce Willis avec ce
Die Hard:Die Harder, Stallone veut lui aussi profiter du génie scandinave. Quant au jeune réalisateur, son précédent film, les shootées
Aventures de Ford Fairlane, a fait un bide retentissant et la star est sa sortie de secours. Les deux sont donc complètement désespérées et chacune est la bouée de secours de l’autre.
Repartant sur de nouvelles bases et parvenant tout de même à conserver les premières ébauches de John Long dont ce sera le seul texte, ils confient à Michael France la réécriture et lui dictent plus ou moins leurs délires montagnards. France fait ce qu’on lui demande puisque c’est son premier script ; mais il s’en tirera bien, l’entreprise lui permettant d’écrire quelques années plus tard le bondesque Golden Eye, le
Hulk de Ang Lee,
The Punisher avec
Thomas Jane et enfin le scénario de
Les 4 Fantastiques. Une fois le texte bouclé, c’est Stallone qui le reprend et qui fait une foule de modifications autour de son personnage. De toute façon, le deal est ainsi entre le réalisateur et l’acteur/scénariste : l’un réalise, l’autre fait sa star ! Le projet prend suffisamment d’envergure par sa qualité que même le producteur Mario Kassar décide de rester sur le projet; tout comme Harlin lui-même qui mettra quelques billets. Quant à Stallone, c’est en post-production qu’il mettra de sa poche pour faire reshooter quelques plans qui ne conviennent pas aux spectateurs des projections tests (dont le plan d’un lapin mort !). Le coût de l’entreprise s’annonce particulièrement élevé mais le projet commence à sérieusement faire parler de lui et les producteurs entrevoient un retour envisageable pour la star. Ce sera donc finalement une aventure montagnarde avec tempête de neige, avalanche, explosions et tout et tout… Souhaitant tourner dans le Colorado, le projet se fait tout de même recaler par l’organisation américaine de la protection de l’environnement qui craint que le site naturel soit abîmé. Toute l’équipe devra donc s’envoler pour l’Italie où ont été repérés des pics monstrueux.

Le casting perd du coup la présence de
Christopher Walken, prévu originellement pour être le bad guy du film, et il est remplacé dans la foulée par
John Lithgow qui cabotinera un max pour offrir un méchant Qualen jouissif à souhait ! Si le casting s’agrandit avec l’arrivée dans un second rôle tragique du trop rare
Michael Rooker, c’est surtout les cascadeurs et autres alpinistes professionnels censés faire les doublures qui étoffent l’équipe. En effet, l’ensemble des multiples cascades dont le film doit regorger ne peuvent être assurées par Stallone et les autres pour deux raisons : d’une part, l’assurance refuse de tous les couvrir mais surtout la vedette a le vertige ! Ainsi, les quelques prises obligatoirement avec la star sont de véritables galères à tourner et même si ce dernier met de la bonne volonté, la perte de temps est trop énorme. Surtout que les rebondissements acrobatiques sont démentiels et que même les professionnels acceptent de le tourner en négociant une seule prise : le film se trouve donc dans les records mondiaux pour des performances sportives hallucinantes. Au final, l’illusion est totale et tous les petits problèmes dangereux -que nous vous laissons la joie de découvrir dans les making of d’époque- ne sont absolument pas visibles. Mais qu’en est-il du film ? Et bien il s’agit tout simplement de l’un des meilleurs films d’action de cette époque : que ce soit dans la dimension sportive et attractive ou les véritables scènes de combat, tout tient la route incroyablement dans une histoire habilement ficelée et dont la magnifique bande sonore de Trevor Jones apporte toute la gravité. Dur mais distrayant, éprouvant physiquement mais possédant la vraie touche Harlin -celle consistant à offrir un vrai divertissement popcorn-,
Cliffhanger n’a pas bougé depuis une quinzaine d’années et garde même sa force géniale imposant même cette
Traque au Sommet comme une variation die hardienne assez intéressante. Le personnage de Gabe Walker pourra sembler cliché comme dans la grande majorité des films dans le même genre mais il saura pourtant se montrer incroyablement riche et bouleversant.
Assurément l’un des plus beaux rôles de Stallone dans le domaine de la péloche amusante du samedi soir, efficace film d’aventure doublé de scènes physiques impressionnantes dont la phrase d’accroche « Hang on! » est toujours aussi vraie. Le public ne s’y trompera pas et retournera voir l’étalon italien qui fera son premier come back grâce au film d’Harlin. Et le métrage fera suffisamment d’entrées pour que le réalisateur puisse réaliser l’année d’après son film fantasme (
L'île aux pirates, injustement conspué)… Stallone, lui, sera dans une bonne lignée puisque il enchaînera avec deux films très réussis : le très adroit et fun
Demolition Man puis l’incroyablement sombre et désespéré
Expert. Impossible donc de passer à côté de
Cliffhanger qui représente à lui tout seul l’un des meilleurs films d’action hollywoodiens de cette époque et surtout un moment de bravoure ascensionnel jamais égalé… Au point que l’on parle même, depuis la renaissance de la star, d’une suite potentielle, mais ça c’est une autre histoire.
Florent Kretz