Avec ses donzelles en maillots de bain rikikis, ses nombreuses séquences de combat décomplexées et énergiques, ses blagues foireuses et son scénario ultra-light, l’adaptation cinématographique du célèbre jeu vidéo
Dead or Alive a tout du bon plaisir coupable à savourer un soir de fatigue ou avec quelques potes autour d’une bonne bière. Mais à bien y regarder, le long métrage de Corey Yuen, tout bis qu’il soit, pourrait bien être l’adaptation la plus fidèle d’une œuvre vidéo-ludique sur grand écran.


Depuis la création du concept de jeu vidéo et celui de ses (nombreuses) licences, l’univers du pixel a pris une place de plus en plus grande dans le monde du cinéma, celui-ci, par opportunisme, hommage ou manque d’inventivité, basant de plus en plus d’œuvres plus ou moins grand public sur les aventures virtuelles de nos amis digitaux. Mais force est de constater que ces adaptations dérivent souvent à tel point de leurs matériaux d’origine que les fans de ces deniers n’en peuvent plus de crier leur haine des auteurs de ces outrages sur pellicule. Evidement, la retranscription d’un univers interactif et hautement immersif offrant des aventures s’étalant plusieurs heures au format ciné a tout d’un pari casse-gueule, mais certaines étincelles créatives nous font croire que l’entreprise ardue est cependant conceptuellement réalisable.


Première étape primordiale : choisir entre l’adaptation et la transposition. Un choix cornélien qu’ont véritablement du mal à prendre les scénaristes alors que de nombreuses adaptations finissent logiquement par avoir le cul entre deux chaises, mais qui apparemment n’a pas posé de gros problèmes à J. F. Lawton. Ayant déjà œuvré dans la comédie douce (
Pretty Woman), le film d’action bourrin (
Piège en haute mer) et le sérial mettant en scène un groupe de bimbos (Pamela Anderson en tête) en charge d’une agence de détective privés/gardes du corps (
V.I.P.), le scénariste a ainsi décidé de jouer à fond la carte référentielle alors que
DOA se pose comme une transposition-compilation de tous les atours de la fameuse licence.
Jeu de combat oblige,
Dead or Alive mise avant tout sur ses personnages charismatiques pour attirer le chaland. Mais où les Street Fighters et autres
King of Fighters proposent généralement des personnages masculins bourrés de testostérones (même les sexy Chun-li et Cammy sont des combattantes à la musculature massive, alors que la King de
Kof se faisait passer un temps pour un garçon),
DOA mise tout sur des héroïnes aux plastiques de rêve illustrées dans des poses lascives. Alors que les portages de Final Fantasy et
Silent Hill choisissent ainsi d’improviser de nouveaux personnages afin de mieux servir leur propos (avec plus ou moins de succès)
DOA reprend à la lettre tant l’apparence que le background de ses protagonistes. Des origines guerrières de Kasumi, des motivations de Ayane, de l’attitude texane de la famille Armstrong ou encore des capacités et du charme de Christie, tout y est.
Niveau ambiance également, l’attitude décontractée et frivole de la licence ainsi que sa mise en scène grandiloquente sont également au rendez-vous. Bien évidement, il est plus facile de reproduire une ambiance de plage baston que celle d’un manoir hanté par une multitude de créatures flippantes issues de nombreuses références au cinéma d’horreur (une sève créative qui est d’ailleurs totalement passée à la trappe dans
Resident Evil alors qu’elle était au centre de l’œuvre originale), mais une telle fidélité dans le traitement force tout de même le respect. On ira ainsi même jusqu’à retrouver l’interface de jeu présentant les personnages (tirée des écrans de sélection de personnages) alors que les combats, filmés sous tous les angles possibles apparaîtront sur les écrans de contrôles auréolés des barres de vie des combattants.
Autre star de
DOA, les nombreux décors sont eux aussi réutilisés ici. Qu’il s’agisse d’un combat dans une forêt de bambous, d’une démonstration sur l’eau ou encore d’affrontement dans d’anciennes constructions chinoises vouées à être malmenées par le combat, tout y est. Mieux : la licence, afin de satisfaire les fans devenus accros aux belles demoiselles savamment mises en valeur, s’était fendue d’un spin off en forme de jeu de volleyball, simplement destiné à organiser quelques matchs sur la plage pour le plaisir des yeux, les donzelles s’amusant dans des tenues variables de plus en plus courtes alors que les affrontements étaient séparés par de longues séquences simplement destinées à admirer les belles sous toutes leurs coutures. Toujours dans le souci de coller à l’esprit
DOA, le film contient donc lui aussi un match de volley où certains plans speed permettent également de se pâmer devant les performances des combattantes. On est évidement loin des vidéos promotionnelles de Playboy, mais l’effort est hautement louable, d’autant que finalement la chose est faite avec une décontraction toujours parsemée de blagues rappelant les provocations que les protagonistes 3D s’envoient constamment dans les dents.
Alors que
Street Fighter avait perverti tant l’esprit que les personnages dont il s’inspirait,
Dead Or Alive met tout en œuvre pour coller à l’esprit original de la licence qu’il sert. Bien évidement, cela n’en fait pas forcément un grand film, ni même une adaptation à s’en relever la nuit (on aurait aimé des combats un peu moins édulcorés bien que cela colle encore une fois au jeu, ainsi qu’un ton plus adulte), mais au moins une des transpositions les plus fidèles de ce genre d’univers aux côtés de la première adaptation de
Mortal Kombat. Et la franchise de rester dans une pure logique de plaisir immédiat. On a déjà vu bien pire.