Par Florent Kretz - publié le 26 août 2008 à 09h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h41 - 6 commentaire(s)
Comme vous avez pu le remarquer, Dvdrama met, depuis hier, les petits plats dans les grands pour accompagner la venue de la bombe Death Sentence du toujours un peu plus prometteur James Wan. Si le film continue de scinder l’équipe rédactionnelle, il fallait tout de même revenir quelques instants sur la présence dans cette édition d’un article de choix qui va, définitivement, asseoir le travail de Wan aux côtés de ses pairs et peut-être rabibocher les détracteurs avec les amateurs…


La présence de l’édition de Death Sentence dans cette rubrique mettra en rogne les quelques fanatiques du film qui hurlaient déjà légitimement au scandale : en effet, une bonne partie des suppléments disponibles sur le disque édité outre-Atlantique par la 20th century Fox a disparu lors du voyage vers nos contrées. Adieu donc quelques documents tels que The Life after Film School qui offrait à trois étudiants américains l’opportunité de rencontrer Kevin Bacon et de discuter autour du thème de l’actorat et de la réalisation ou encore cette série d’une dizaine de webisodes qui parcouraient l’ensemble de la production. Si tous ces suppléments manqueront fatalement, il est aussi évident que dans notre malheur nous avons de la chance : en effet, le supplément le plus intéressant est bel et bien présent dans cette édition proposée par Metropolitan. L’apparition de cette director’s cut tant attendue tient du miracle et permettra au public de découvrir le métrage du petit père Wan sous un tout nouveau visage. Car si la version longue de l’un de ses précédents métrages ne valait pas forcément la peine, celle-ci présente une nouvelle face de la tragédie qui touchera la famille Hume sous la caméra aiguisée du jeune réalisateur.


Si Saw retrouvait une dimension moins teen et plus adulte avec sa director’s cut, son existence ne valait que par la résolution de Wan, qui souhaitait se séparer du bagage musical imposé pour financer le film. Ainsi, il éclipsait la bande sonore conçue comme une compilation de morceaux indus ou métal au profit d’une longue plage beaucoup plus classieuse et moins tape-à-l’œil intégralement composée par le génial Charlie Clouser. Du reste, le métrage ne se trouvait agrémenté que de quelques plans plus ou moins audacieux et dont le seul intérêt consistait à ajouter un peu de sang ou de tripes. Il n’en sera pas de la sorte pour le nouveau montage de Death Sentence qui emmène l’intrigue sur une durée globale de 120 minutes, soit plus de dix minutes supplémentaires. Si les quelques infimes séquences ajoutées ne changeront en rien la teneur du métrage de James Wan, c’est pourtant dans l’allongement de scènes, parfois uniquement de quelques secondes, d’un plan ou deux, que le jeune cinéaste va poser son empreinte et postuler définitivement au titre d’auteur possédant une maturité exceptionnelle. L’ensemble de l’intrigue apparaît bientôt beaucoup plus lourde mais surtout habitée par une véritable vision, celle d’un réalisateur s’étant bien gardé de proposer son avis dans une version salle pour le dévoiler uniquement dans sa director’s cut qui pourrait même se faire appeler « James Wan’s own version ». Là où d’autres versions longues, à l’instar de celles de James Cameron, dévoilaient des pans entiers d’histoire supprimés, la vision de Wan ne fait varier ses séquences que de quelques éléments souvent cruciaux et qui marquent explicitement la différence qui peut se faire lorsqu’une seconde ou deux viennent s’interposer.


La différence flagrante et qui mérite amplement le déplacement est sans aucun doute les quelques secondes s’ajoutant sous l’intervention de Wan à la fin du métrage, offrant du coup une interprétation beaucoup plus pessimiste voire nihiliste. Le personnage joué par Bacon apparaît ainsi beaucoup plus inhumain que ce que laissait entendre le montage salle, le tout sur l'excellente chanson Alright de Pilot Speed. Il est bien évidemment hors de question de dévoiler quoi que ce soit de ces deux plans supplémentaires mais disons simplement que si le métrage, sous sa forme officielle, n’offrait que deux alternatives laissées totalement au bon vouloir du spectateur, le réalisateur en proposera une troisième qui tombera comme un coup de massue radical. Les amateurs se pencheront alors sur un visionnage consécutif des deux fins dans le seul but de ressentir à nouveau les deux sensations opposées que nous offre une fin ambivalente et un dénouement assis et convaincu. Difficile ainsi de réellement choisir une des deux versions puisque si l’une correspond à une sorte d’appel envers la conscience du spectateur, l’autre est bien celle d’un James Wan qui s’engage de plus en plus dans ses films, à l’image de ses affirmations pro-Obama, ce qui devrait, en outre, surprendre ceux qui pensaient que le fond de commerce du cinéaste se voulait plus républicain que démocrate…


Il devient amusant alors, lorsque le véritable intérêt des suppléments est cette double lecture d’une même intrigue à partir des mêmes images, de trouver cette version longue au beau milieu de featurettes et autres documentaires qui s’attardent sur la réalisation du métrage en semblant oublier au passage la dimension légèrement réac que véhicule l’intrigue tragique… La force provient donc sans doute de cette approche générale gentiment extérieure au point d’éviter de tomber dans la radicalité et de proposer un divertissement avant une œuvre engagée dans un sens ou dans l’autre. Du reste, les suppléments que trouveront les futurs acheteurs de cette édition tiennent la dragée haute malgré les durées modestes de chaque document. Ne boudons pas notre plaisir puisque en plus d’une featurette introductive d’un peu plus de cinq minutes et dans laquelle chacun s’exprimera -plus sur l’expérience du tournage que sur le fond-, un excellent reportage d’un peu moins de dix minutes proposera de voir l’élaboration de l’une des séquences les plus réussies du film. Si Death Sentence se présente tel une compilation de passages d’anthologie, c’est sans aucun doute avec l’apogée d’une course poursuite débutant dans la rue et se clôturant dans un parking surélevé que le spectateur sera soufflé. Véritable plan séquence arpentant les différents niveaux de l’édifice sans jamais se voir bloqué par des obstacles que sont des rambardes ou même le vide, trouvant réponse à l’impossibilité de se servir de grues, cette scène surprendra quiconque se pose des questions de mise en scène.


Cette édition n’est donc pas le modèle le plus fracassant de réussite mais elle n’en est pas moins une excellente surprise puisque composée de bons moments, dont cet excellent director’s cut. Le film de Wan mérite, de toute façon, amplement l’achat puisqu’il représente l’un des grands moments de l’année !
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