Par Elodie Leroy - publié le 21 août 2007 à 03h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h33 - 2 commentaire(s)
Après avoir sorti au complet les deux saisons de l'excellente série Ghost in the Shell Stand Alone Complex signée Kenji Kamiyama, l'éditeur Beez nous propose le long métrage Ghost in the Shell SAC Solid State Society qui fait suite à SAC 2nd GIG. Prévu dans les bacs pour le 18 septembre 2007, l'objet se voit consacrer une édition simple et une édition collector double DVD. Mais avant de livrer quelques impressions sur cette dernière, place au verdict sur le long métrage lui-même…

Deux ans se sont écoulés depuis l'affaire des Onze Individuels, depuis que le Major Motoko Kusanagi a démissionné de la Section 9 pour disparaître dans la nature. C'est à présent Togusa qui dirige l'équipe sous les ordres d'Aramaki. Justement, la Section 9 se retrouve confrontée à un nouveau hacker particulièrement redoutable surnommé le Marionnettiste et responsable de plusieurs suicides. Parallèlement, le Japon est sujet à de mystérieuses disparitions d'enfants. Alors qu'il enquête sur le Marionnettiste, Batô rencontre par hasard Motoko qui le met en garde contre le Solid State Society. Incrédule, Batô en vient à la soupçonner d'être le Marionnettiste…


Il ne servirait à rien de le nier : Kenji Kamiyama, réalisateur Ghost in the Shell Stand Alone Complex, s’est totalement réapproprié l’univers créé il y a maintenant dix-sept ans par le mangaka Masamune Shirow. Pourtant, il n’était pas évident pour un jeune réalisateur d’imposer sa patte en prenant la suite d'un cinéaste tel que Mamoru Oshii, dont les deux films envoûtants aux élans métaphysiques provoquaient un électrochoc dans le monde de l’animation comme dans celui de la science fiction. Comme on le sait, Oshii est loin d’être étranger à Stand Alone Complex et on lui doit quelques unes de ses idées motrices – le projet a d'ailleurs débuté avant Ghost in the Shell 2 : Innocence. Si l'ensemble des adaptations de l'œuvre de Shirow s'inscrit dans une démarche cohérente, le fait est que la série possède une identité à part entière et se distingue très nettement des films cinéma, en termes d’ambiance comme de thématiques. Après avoir achevé deux saisons de vingt-quatre épisodes chacune reposant sur des affaires aussi fascinantes l'une que l'autre, Kenji Kamiyama s'essaie à son tour au format du long métrage avec Ghost in the Shell Stand Alone Complex – Solid State Society, dont l'intrigue fait suite à celle de SAC 2nd GIG. Une nouvelle enquête captivante pour la Section 9, une nouvelle réussite brillante pour Kenji Kamiyama.


Après un premier plan magnifique et aérien montrant Motoko perchée dans les hauteurs, une image récurrente dans les longs métrages comme dans la série et qui se solde immanquablement par un saut dans le vide, SAC Solid State Society débute sur une introduction percutante, à savoir l'interpellation par la Section 9 d'un terroriste présumé qui finit par se suicider sous les yeux de tous en invoquant le Marionnettiste. Si l'on est rapidement plongé en terrain familier grâce au superbe générique interprété par la chanteuse russe Origa, on relève immédiatement quelques changements dans le petit monde auquel nous avait habitués la série. Le temps a passé depuis la fin de la deuxième saison : non seulement Togusa a succédé à Motoko à la tête de l'équipe, mais cette dernière s'est enrichie de quelques nouvelles recrues, tandis que Batô semble plus enclin à mener son enquête de son côté. Un Batô qui apparaît d'ailleurs d'humeur bien morose sans le Major Kusanagi pour le superviser, et qui semble avoir du mal à accepter Togusa dans son nouveau rôle.


Pour souligner ce saut temporel, les dessinateurs n'ont pas hésité à modifier la coupe de cheveux de Batô et Togusa, une prise de liberté qui vient à ce titre témoigner de la précision du character design puisque chacun des protagonistes reste immédiatement reconnaissable. Enfin, après leur coup d'éclat de la fin de 2nd GIG, les Tachikomas ont été remplacés les Uchikomas, de nouvelles machines nettement moins extraverties que les précédentes. En perpétuel mouvement, l'univers Ghost in the Shell est suffisamment solide pour pouvoir se renouveler sans risquer de perdre de son unité, une évolution qui ne concerne pas seulement les personnages mais aussi les idées.


Autant mettre tout de suite les choses au clair : il est nécessaire d'avoir visionné attentivement les deux saisons de Ghost in the Shell SAC pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce long métrage. Suite logique de SAC 2nd GIG, ce dernier reprend en effet les concepts explorés dans la série pour les pousser encore plus loin et les relier une fois de plus aux enjeux d'ordre social et politique, une démarche qui distingue clairement la vision de Kamiyama de l'approche plus abstraite d'Oshii. Après la problématique des réfugiés de Dejima face au nationalisme des puissants, c'est à présent la tendance au vieillissement de la population qui est évoquée, un sujet de préoccupation bien réel dans le Japon actuel et qui touche directement la notion de survie de l'espèce. Alors que les affaires du Rieur et des Onze Individuels s'étendaient sur près de 500 minutes chacune, donnant tout le loisir à Kenji Kamiyama de triturer à volonté l'esprit du spectateur sur des concepts en perpétuelle mutation, le scénariste/réalisateur ne dispose cette fois que de 1h45 pour mettre en place, développer et conclure cette nouvelle affaire. Un défi de taille compte tenu des ambitions intellectuelles et philosophiques de Ghost in the Shell et que le cinéaste relève sans difficulté grâce à un scénario remarquablement maîtrisé. Celui-ci poursuit avec brio l'exploration des thèmes phares de l'univers Ghost in the Shell, à savoir la fusion hommes/machines par la cybernétisation, et ses implications sur les rapports entre le corps et l'esprit, le matériel et le virtuel, le collectif et l'individuel.


Si l'oeuvre de Kamiyama se veut moins contemplative que celle d'Oshii, sa force réside dans la place importante accordée à des personnages fouillés, conférant une humanité bienvenue à ce monde happé par la technologie et situant par là même l'humain au cœur de l'histoire. Ne pouvant bien évidemment pas se permettre de s'attarder sur chacun des membres de la Section 9 comme le faisait 2nd GIG, le long métrage s'intéresse surtout à Motoko et à Batô, dont la relation forte et ambiguë ne cesse de s'étoffer à travers le temps. Fidèle à elle-même, Motoko poursuit la quête de sa propre humanité à travers le Net, ce qui ne l'empêche pas d'apparaître constamment en mouvement – et avec quel style ! – dans les séquences d'action énergiques qui ponctuent habilement le métrage. Le coup de maître de Kenji Kamiyama est d'avoir réussi, à travers le récit lui-même, à faire avancer (ou reculer?) l'héroïne dans sa quête en même temps que l'affaire du Marionnettiste trouve sa résolution, une fusion entre l'individuel et le global qui fait écho aux thématiques de l'œuvre.


D'un point de vue visuel et sonore, SAC Solid State Society est un vrai régal. La combinaison entre l'animation traditionnelle et les images de synthèse s'avère toujours plus indétectable, le mélange offrant tout le loisir à Kenji Kamiyama de se laisser aller aux mouvements de caméra simulés les plus fous. A cette mise en scène toujours aussi fluide et dynamique – l'image elle aussi est en perpétuel mouvement – s'ajoute une narration remarquable de clarté, trouvant une fois de plus le parfait équilibre entre des échanges dialogués intellectuellement stimulants et des séquences d'action très physiques et à grand renfort d'explosions tonitruantes.
Pour couronner le tout, Ghost in the Shell SAC Solid State Society se conclut dans un final surprenant, émouvant même, qui laisse juste ce qu'il faut de questions et de portes ouvertes pour permettre à une éventuelle suite de voir le jour – une initiative que l'on accueillerait, pour notre part, avec un enthousiasme non feint.


Présenté au format respecté 1.77 compatible 16/9, le transfert bénéficie d'une belle définition et d'une palette colorimétrique particulièrement chatoyante et harmonieuse, offrant constamment une visibilité parfaite. Les trois pistes 5.1 proposées (japonaise, française et anglaise) rivalisent d'efficacité et font preuve d'une profondeur et d'un dynamisme exceptionnel grâce à une belle exploitation des différents canaux. Quant aux suppléments de l'édition collector, ils viennent combler les quelques vides laissés par ceux des DVD consacrés à la série. Le second disque propose ainsi un documentaire sur les Tachikomas, un autre sur la conception des véhicules qui ravira les passionnés de voitures, ainsi qu'une belle galerie d'interviews de l'équipe, du réalisateur Kenji Kamiyama au créateur des Studios I.G Matsuhisa Ishikawa. A signaler enfin une passionnante analyse de la série et des longs métrages présente dans le livret et signée Rafik Djoumi. Retrouvez prochainement le test complet de l'édition collector.

Sortie le 18 septembre 2007

Elodie Leroy

En pages suivantes, quelques captures du DVD.


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