Par - publié le 21 février 2008 à 10h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h06 - 0 commentaire(s)
Un beau cauchemar vaut toujours mieux qu’un mauvais rêve. C'est le cas de Forbidden Zone, réalisé par Richard Elfman, le frère de Danny, qui appartient à ces petites bizarreries du cinéma US bricolées avec trois francs six sous. Au fil des années, il s'est forgé une réputation culte pour avoir séduit tout ceux qui l'ont vu et inspiré bon nombre de cinéastes actuels pour son côté désinvolte et bricolé. Discrètement sorti dans l'Hexagone en 1984, ce drôle d'objet décousu et fascinant dans lequel des personnages swinguent sur des mélodies pour oublier qu’ils sont peut-être en train de rêver sort tout droit de l'imagination déglinguée d'une bande de zouaves mal élevés qui avaient envie de s’amuser en dépit du bon sens sans oublier d’amuser ceux qui les regardaient s’agiter. Jusqu'à présent, il n'était visible qu'en zone 1 accompagné d'un (génialissime) commentaire-audio où Richard Elfman et Matthew Bright, co-scénariste, se livraient à des remarques sarcastiques (et si on faisait un décompte de tous les gens qui sont morts?) et des anecdotes passionnantes (vous saurez tout jusqu’aux figurants) avec un débit humoristique. Dieu soit loué: Forbidden Zone est désormais disponible en zone 2 chez Le chat qui fume depuis le 17 février dans une édition techniquement impeccable et nourrie de bonus contenant notamment le commentaire-audio US. En France, cette nouvelle sortie ressemble à une renaissance qui devrait contribuer à rendre de moins en moins restreint le cercle d'aficionados et peut-être permettre au film de squatter pour de bon le Studio Galande à Paris, en double-programme avec son cousin The Rocky Horror Picture Show. En attendant, le délire est possible à la maison en bonne compagnie. C'est la meilleure nouvelle du mois de Février en DVD.


Un film dans lequel on peut voir une grenouille géante danser le twist ne peut pas être foncièrement mauvais. Et encore il serait fastidieux de détailler tout ce que l’on retrouve dans Forbidden Zone où toutes les audaces semblaient possibles. Parmi ceux qui le portent au pinacle depuis toujours, on compte Tim Burton qui a toujours confessé avoir puisé ici une bonne part de son imagination débridée. Peu étonnant: on retrouve tous les germes de la culture freak dans ce conte onirique shooté à Rod Serling qui essaye pour de rire de reprendre la structure de Alice aux pays des merveilles sans essayer d’atteindre son illogisme vertigineux et Kafkaïen. Le projet est né au moment où Richard Elfman revient gonflé à bloc dans le Los Angeles de son enfance après de longs vagabondages avec Jérôme Savary et sa troupe du Grand Magic Circus. Le casting ressemblant à un défilé de freaks du cinéma US est représentatif de l’état d’esprit dans lequel il a été crée: Susan Tyrrell que l’on reverra par la suite dans La chair et le sang et Cry Baby; Joe Spinell, second couteau indispensable de la série B (Maniac, de William Lustig); ou encore Hervé Villechaize, connu pour ses prestations dans la série L’île fantastique). Le reste est composé de membres de l’équipe (inoubliable Danny Elfman en diable) et surtout les Mystic Knights Of Oingo Boingo, troupe de Elfman composée de douze acteurs musiciens qui étaient connus jusqu’ici pour fomenter des reprises de chansons populaires. Leur présence – étrange – était indiscutable. Tout simplement parce qu’ils sont à l’origine, eux aussi, de Forbidden Zone.


Au départ, Richard Elfman a filmé en 16mm une dizaine de numéros musicaux pastichant le jazz ou la culture juive. Ces numéros étaient interprétés par la troupe et il les a regroupés sous le titre The Hercules Family. Au fil du travail, il a décidé de réaliser un long en 35 dont la structure s’apparenterait à une succession approximative mais cohérente de sketches musicaux mis les uns à la suite des autres, basées sur les concepts des courts. Petit à petit, une histoire a pris forme. Celle d’une famille barrée qui emménage dans une maison dont la cave possède une entrée vers la cinquième dimension (baptisée par les personnages «zone interdite»). La fille bimbo qui revient à peine de ses études en France (Marie-Pascale Elfman, régal de personnage Arielle-Dombasldien) profite de l’occasion pour la visiter et rencontrer tout un univers loufoque et festif régi par le roi Fausto (un nain) et la reine Doris (une névrosée autoritaire). Bien entendu, l’histoire n’est qu’un prétexte pour accumuler les situations rocambolesques en apposant des morceaux de comédie musicale. Le principe n’est pas sans évoquer The Rocky Horror Picture Show – avec lequel il ne partage pas tant de points communs – et finalement Charlie et la Chocolaterie, que beaucoup qualifiait à sa sortie de Rocky Horror Picture Show pour les enfants. Sauf que contrairement à ce qui se produisait dans le Burton, il émanait de Forbidden Zone un vrai éloge de la marginalité enchantée et un vrai amour pour ceux qui refusent d’appartenir aux normes. Pour un peu, le film de Elfman est l’anti-Charlie et la chocolaterie et, incontestablement, notre cœur balance plus d’un côté que de l’autre.


Au cacao numérique de Charlie et la chocolaterie, Richard Elfman proposait un style artisanale totalement en adéquation avec le sujet qui servira, selon Burton himself, d’inspiration à L’étrange Noël de Monsieur Jack. De son budget (faible) à son contenu (barré), ce film suinte accessoirement un bon esprit underground. Elfman a visiblement construit son intrigue sur l’idée que l’astuce compense l’absence de moyens et là-dessus, il n’a pas tort. Le jeu des comédiens reposait essentiellement sur l’improvisation à l’exception de quelques numéros musicaux qui étaient répétés. Le choix spécieux du noir et blanc explique autant une contrainte économique qu’un hommage au cinéma de Todd Browning. Tous les acteurs entretiennent une relation étroite avec le réalisateur à commencer par l’actrice Marie-Pascale Elfman qui, comme son patronyme l’indique, était sa femme à la vie. Sans en avoir l’air, son accent français ajoute à l’hommage Browningien (se souvenir de l’accent de certains personnages de Freaks). La reine évoque, elle, une Edith Massey bis échappée du Desperate Living, de John Waters – en plus maigre toutefois. Le résultat est un modèle de bordel maîtrisé: si le spectateur ne sait pas là où il se dirige, on sent en revanche derrière la caméra une détermination à nous promener dans des faux décors tocs repris du Cabinet du docteur Caligari et des séquences d’animation rétro au gré d’une bande-son – signée Danny Elfman – qui explose les standards.


A condition de se laisser contaminer par la douce folie et les beaux cartoons réalisés par Max Fleischer, la balade propose une gamme variée d’humour et enthousiasme au-delà des espérances. Dommage que Elfman ait attendu plus d’une dizaine d’années avant de reprendre la caméra pour signer l’inédit Shrunken Heads, en 1994. Mais on ne naît pas culte, on le devient. A l’inverse du récent Reefer Madness qui était auréolé d’une aura culte avant même sa sortie en salles, Forbidden Zone est, lui, devenu culte et kitsch en sortant de sa discrétion grâce aux spectateurs et la renommée des Elfman bros dans les productions suivantes. En France, on continue de lui rester réticent pour des raisons qu’on n’explique toujours pas. On espère juste que l’édition zone 2 fera évoluer les mentalités. Outre les prouesses techniques (quatre pistes audio, transfert nickel), il faut souligner la qualité des bonus qui témoignent du respect de l’éditeur pour le film qu’il sort – ce qui n’est plus si fréquent. Au programme, le fameux commentaire audio de Richard Elfman et Matthew Bright (sous-titré et indispensable pour ceux qui adhèrent au film); un passionnant documentaire Voyage dans la Zone Interdite (35mins) qui introduit tout ceux qui ont contribué à rendre l’aventure excitante; une interview de Marie-Pascale Elfman (10mins) qui n’a rien perdu de sa vitalité avec le temps; des scènes inédites géniales (15mins); des extraits des petits films Hercules Family (10mins) et un vidéo clip (Private Life des Oingo Boingo, 4mins).
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