Par - publié le 19 novembre 2007 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h30 - 0 commentaire(s)
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Pervert!, premier long métrage de Jonathan Yudis, porte bien son titre. Au-delà de son aspect référentiel, le film semble conçu pour des pervers amateurs de gros seins, de quêquêtes identitaires dans le désert où toutes les rencontres improbables sont possibles et bienvenues mais aussi de zébrures gores au Ketchup. Avec le recul, il aurait pu s’appeler A journey into bis tant il ressemble à la visite d’un musée kitsch du cinéma d’exploitation épicurien des années 70 conçu pour les spectateurs actuels. A défaut de proposer de réelles surprises, ce produit «Grindhouse» devenu culte aux Etats-Unis baigne dans une telle ambiance flower-power qu’il devrait taper dans l’œil des nostalgiques du cinéma de Russ Meyer et Hershell Gordon Lewis. Et chez nous?


Faisons une énumération de ce que l’on peut voir dans le fun et énergique Pervert: des seins megavixens, du mécaniste nazi et homo refoulé qui shoote dans le gamin, de la malédiction vaudou, de la décapitation ensanglantée, du serpent écrasé par les roues d’une bagnole, du kiki en stop motion, du split-screen clinquant, de la clef enfoncée dans le cul, de l’autostoppeuse grognasse et vulgos, du plaisir de donner la fessée, de la joie de recevoir, du vieux libidineux qui prend du bon temps au contact de beautés blondes, des ralentis incongrus, des bruitages rigolos, des effets cartoonesques, des poitrines fumées, du maïs masturbé, des nibbards filmés en contre-plongée comme des mamelles de Dieu. La liste est encore longue. Vous êtes toujours là? Parmi ces éléments, quelque chose vous bloque? Si non, tant mieux: c’est précisément ce qui vous attend dans ce précipité hallucinogène qui pousse le bouchon plus loin que toutes ces récentes séries B/Z hédonistes qui prétendent appartenir à un genre cool et bis.


Le film est né d’une discussion entre le réalisateur Jonathan Yudis, le co-scénariste Mike Davis et deux amis qui pour de rire se sont mis en tête de réaliser un projet régressif regroupant toutes les choses qu’on ne voit plus dans le paysage cinématographique actuel. Le but consiste plus à faire dans le rire gras que dans la dentelle. Ça donne cette odyssée priapique qui ne prend pas de gants pour stimuler les zygomatiques des amateurs de conneries bien torchées. Les nanars ne sont jamais autant savoureux que lorsqu’ils assument totalement ce qu’ils sont. La première bonne nouvelle de ce petit film tourné selon les règles du système D vient de son jeune réalisateur biberonné à la sous-culture des années 60-70: il en reproduit le style sans chercher à apporter un point de vue distancié ou cynique mais en apportant les connotations actuelles (les capotes usagées). Au rayon des influences: l’héritage de Russ Meyer. L’amoureux Yudis a même été jusqu’à reprendre intégralement un passage de SuperVixens et tourner dans le ranch où fut tourné Faster Pussycat Kill Kill!.


Le récit est basique: on suit un étudiant un peu effrayé par la gente féminine qui pratique la masturbation comme un art et dont la seule compagne se résume à la bouche en plastique dissimulée avec des revues porno dans la boîte à gants de sa voiture. D’humeur débonnaire, il part rejoindre son père pour passer des vacances. Là-bas, il croise une brebis égarée (Mary Carey, star du X, candidate à l'élection du gouverneur de l'Etat de Californie face à Terminator), la nouvelle copine de son vieux qui lui fait des appels en phare en suçant à table un maïs recouvert de beurre à table comme elle prodiguerait une fellation sur un sexe enduit de sperme (une référence à The First Turn-On, l’une des premières productions Troma qui reste culte sous prétexte que Madonna aurait fait le casting pour en faire partie). Dans cette ambiance paradisiaque, il découvre la passion macabre de son père: créer des statues de femmes avec de la viande. A l’extérieur de la maison, une menace rôde et un genre de serial-killer très spécial les attend. Si on peut rapidement s’évoquer Brain Damage, de Frank Henenlotter (géniale série B connue en France sous le titre Elmer, le remue-meninges), le sympathique Jonathan Yudis rend ouvertement un hommage siphonné à tout un pan de cinéma libertaire où les nanas n’avaient rien de froides anorexiques mais tout des bombasses qui font péter le string. Mais il le fait de manière extrêmement pro – et c’est là la bonne nouvelle de Pervert!.


Ce qui surprend ici, avant tout, c’est la composition des plans, la mise en scène qui mine de rien joue des angles, le sens du montage, le soin des cadres qui empêchent Pervert! de tomber dans l’amateurisme redouté et lui permettent de tenir la route jusqu’au bout sans faire décrocher. Un tour de force quand on sait à quel point le budget fut dérisoire (seulement 50 000 dollars) et le tournage, étalé sur seulement 12 jours en comptant les prises de vues. Yudis va même jusqu’à utiliser une vieille pellicule super 16. Même s’il est aujourd’hui impossible de rivaliser avec les idées de l’époque – l’excitation découlait de la transgression dans un autre temps où les mœurs étaient plus strictes – et que les ombres tutélaires des maîtres du cinéma d’exploitation hantent le récit de manière évidente et assumée, il n’est en revanche pas si fréquent de voir un objet déconneur mis en scène avec une telle vigueur, voire même une telle maîtrise. John Waters qui considère Faster Pussycat ! Kill ! Kill ! comme le plus beau film de l’histoire du cinéma a certainement dû voir ce sommet de mauvais goût. Et dû l’adorer. Il est désormais disponible en zone 2 chez NéoPublishing.



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