Par David Brami - publié le 22 janvier 2008 à 10h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h36 - 1 commentaire(s)
Trio quasi inséparable au talent certain et à l’imagination débordante, Simon Pegg, Nick Frost et Edgar Wright sont des geeks. De gros geeks, même, que l’amour profond et respectueux d’un cinéma de genre souvent tombé en disgrâce leur a permis d’accoucher d’œuvres aussi référentielles que drôles, dynamiques et se servant de ces références nombreuses non pas pour simplement flatter l’ego du fan cultivé, mais pour servir de base intelligente à des récits divinement structurés. Une propension qui les poussera d’ailleurs sans honte à participer aux côtés de (entre autres) Alexandre Astier et Kevin Smith, au documentaire Suck My Geek, consacré au phénomène.


Mais pour retrouver les sources de cette collaboration, il faut revenir quelques 12 ans en arrière. Diffusée en 1996 sur la chaîne anglaise Paramount Comedy, Asylum, marquera la première collaboration entre le duo d’acteurs scénaristes mené par Simon Pegg et Jessica Stevenson, et le réalisateur Edgar Wright. Narrant le quotidien d’un asile d’aliénés où les médecins ont un comportement aussi douteux que leurs patients, entre tentatives d’évasions foireuses et monologues de stand-up comedy, la série démarrant d’ailleurs par l’arrivée d’un livreur de pizza (Pegg) se voyant contre son gré, enfermé dans l’établissement et rapidement considéré comme un patient.


Leurs personnalités se faisant écho durant cette première coopération, Pegg et Wright vont rapidement enchaîner avec une comédie d’un genre particulièrement affectionné en Angleterre : la comédie à sketchs. Composée de nombreux segments n’ayant pas toujours avoir les uns avec les autres (si ce n’est jamais), ce type bien particulier de série met en scène divers acteurs récurrents changeant de rôles au fil des sketchs. Et c’est ainsi que la série Is it Bill Bailey ? (du nom du célèbre acteur et chanteur, star du show et que l’on retrouvera par la suite dans une immense autre série : Black Books) verra Edgar Wright et Simon Pegg à nouveau travailler de concert.


Travaillant d’arrache pied, Simon Pegg participera de son côté durant cette même période (de 1998 à 2002) à diverses séries et autres longs métrages qui continueront de l’imposer auprès du public comme un acteur comique incontournable (Big train, une autre série à sketchs, Hippies, suivant une communauté de l’amour libre en 1969, ou encore l’excellent 24 hour party people), mais n’oubliera pas de collaborer avec Edgar Wright et son ancienne collègue et amie Jessica Stevenson, les trois compères créant alors une série d’anthologie qui fera grand bruit. Inspiré par les improvisations de son ami et colocataire d’alors, le novice Nick Frost avec qui il fait déjà la fête sur Big Train, Simon Pegg aura le coup de génie de l’inviter sur l’entreprise. Et Spaced de naître, scellant la formation d’un nouveau groupe créatif.



Puisant ses racines à la fois dans la culture du célibat (entre déboires sentimentaux, problèmes d’argent et amitiés éternelles), celle de la colocation (cohabitation et brassage forcé de cultures au sein d’un même environnement, voisins étranges...) et enfin celle des nerds les plus obscurs [les comic-books (le personnage de Pegg, Tim Bisley étant un dessinateur maudit), jeux vidéos (avec un épisode entier consacré à Resident Evil, le vrai), et une récurrente haine pour l’épisode 1 de Star Wars (avec des gamins allant pleurer chez leur mère)], Spaced, inventive et drôlissime sitcom à l’anglaise, va surtout mettre en avant les relations privilégiées que les deux acteurs (Pegg et Frost, désormais inséparables) vont partager par la suite, à savoir celles de deux meilleurs potes toujours là l’un pour l’autre.


A la suite des deux saisons de la série (celle-ci connaissant un succès foudroyant et bénéficiant d’un magnifique coffret DVD anglais), et forts d’une collaboration idyllique, les trois compères vont se lancer dans l’écriture d’un long métrage réunissant leurs talents combinés, et permettant accessoirement d’inviter nombre de leurs autres potes. Shaun Of the Dead à la fois parodie et hommage sincère au film de zombie, va rapidement s’imposer dès les premières images comme le mélange parfait entre la comédie speed et hilarante et le film de zombie gore et sans concessions. Un métrage qui va également permettre d’apercevoir une galerie de comiques bien connus du public anglais : hormis Pegg et Frost, on y retrouve entre autres Dylan Moran, l’insupportable propriétaire de la librairie de Black Books, Lucy Davis, la secrétaire originale du Office anglais, ou encore l’éternelle Jessica Hynes lors dune courte séquence aussi référentielle (tant à Spaced qu’au film lui-même) que tordante.


Et alors que Spaced (renommée Les Allumés pour son passage sur la chaîne Comédie!) imposait le trio en Angleterre, Shaun of the Dead va attirer sur eux les yeux du monde entier, et leur assurer une renommée internationale. Simon Pegg et Nick Frost vont ainsi sillonner les Etats-Unis et rencontrer nombre de célébrités qu’ils ne pouvaient jusqu’ici que citer. Ils vont même faire un caméo dans le Land of the Dead de George A. Romero (déguisés en zombies pantins pour touristes), tandis que le trio sera même sollicité par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez pour participer à leur projet Grindhouse à travers une bande-annonce de faux films horrifiques (l’excellent segment Don’t).


Evidement l’aventure ne s’arrête pas la, puisque quelque temps plus tard, les amis concrétiseront leur second long métrage, Hot Fuzz, visitant cette fois non pas le film de zombie, mais l’univers du buddy-movie policier, échangeant juste la grande métropole américaine par un petit village anglais paisible en apparence. Et même si depuis ce second succès, les amis ont participé à d’autres projets en solo (Pegg figurant dans le Star Trek de JJ Abrams après une participation remarquée au troisième opus de Mission : Impossible, Nick Frost s’étant vu offert le premier rôle de la série Hyperdrive, une comédie politique dans l’espace comptant déjà 2 saisons, et Edgar Wright préparant son fameux Ant-Man, adaptation d’un célèbre comic-book), les trois amis préparent actuellement le téléfilm destiné à clore la série Spaced, laissée un temps en plan lors de la préparation de Shaun of the Dead, tandis que Nick Frost et Simon Pegg travaillent également sur un nouveau long métrage intitulé Paul, et dont on sait actuellement peu de choses. Reste en attendant à se repasser les épisodes de la fameuse série en boucle avant de découvrir Cours toujours Dennis, le prochain film mettant en scène Pegg, un film qui marquera d’ailleurs la seconde collaboration entre celui-ci et l’acteur réalisateur David Schwimmer (Friends), après le très bon Big Nothing. Un futur radieux que l’on n’en peut déjà plus d’attendre !
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