Par - publié le 29 juin 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h58 - 11 commentaire(s)
Investigateur de la féroce vague des «mondo», Mondo Cane est à l’origine de Cannibal Holocaust pour avoir initié le procédé qui consiste à montrer des images chocs dans un style vériste avec en sus un commentaire pompeux pseudo-moral pour mettre le spectateur «face à la mort». L’ancêtre sort avec sa suite aseptisée dans une édition dvd agrémentée de bonus croustillants.


Mondo Cane («monde de chien» en Italien) est une sorte de Baraka de l’horreur où les us et coutumes de différents pays sont passés à la moulinette pour affrioler les ados qui fréquentent les vidéo-clubs. Lors de sa présentation au festival de Cannes en 1962, le film de Gualtiero Jacopetti, Paolo Cavara et Franco E. Prosperi a fait sensation par la force de ses images. A la revoyure, ce carnet de voyages des petites horreurs a beaucoup souffert et ne répond pas à ce que l’on pourrait attendre d’un film «mondo» qui selon la règle se situe pas loin du snuff movie. En comparaison, on a à faire à une comédie volontariste et fascinante qui invite aux vices et aux trucages. A côté, une oeuvre dégénérée comme Camp 731 a su conserver sa puissance. L'impact de Mondo Cane est moins fort que la série des Face à la mort ou Guinea Pig (dans un genre totalement différent) qui ont poussé le système très loin dans la gratuité avec opportunisme et plus d'aisance. Mais il faut replacer le film dans son contexte (les années 60) et louer son concept inédit dans le genre horrifique qui consiste à concilier des images dites réelles et d’autres, totalement fabriquées. La différence, c'est que les horreurs sont essentiellement subies par des animaux: une tortue (Cannibal Holocaust ira beaucoup plus loin en se targuant d’une scène coupée où l’équipe zigouille gratuitement l’animal), des porcs, des oies, des chiens, des serpents ou des taureaux. En revanche, les scènes encore impressionnantes de Mondo Cane se déroulent avec des pêcheurs mutilés qui se vengent des squales en les gavant d’oursins et des enfants qui lors d’une fête Pékinoise lavent des cadavres. Mais le JT de 20 heures a quasiment atteint ce niveau - les sensibilités et les moeurs ne sont plus les mêmes.


En contrepoint, certains passages totalement incongrus cherchent à remplir du vide ou à donner une dimension grotesque comme pour se moquer du pervers latent en chacun. Les commentaires qui les accompagnent provoquent une hilarité que l’on ne peut pas considérer comme involontaire. La bande-son est signée Riz Ortolani que Deodato reprendra pour signer la partition entêtante de Cannibal Holocaust, et ce n'est pas anodin. Avec le recul, Mondo Cane passe pour un objet expérimental de petits malins. Un peu comme Le projet Blair Witch dont ce dernier est le descendant indirect. Il mise davantage sur le malaise généré par l’attente de ce que le spectateur est susceptible de découvrir ou non. La scène la plus représentative de cette expectative pourrait être celle avec les innocents poussins violemment recouverts de peinture qui vont finalement être déposés dans des œufs de Pâques. Autant prévenir ceux qui s’attendaient à se lécher les babines: tout reste soft même si certains passages construits selon un contraste de couleurs (lorsqu’une demoiselle goûte avec ses lèvres toutes rouges des insectes) cherchent à respecter la confrontation entre les pays (l'Italie, l'Asie, l'Afrique). C’est du pur travail d’illusionniste qui aligne des séquences disparates presque fascinantes. Mais le traitement racoleur de l’information est digne de certaines émissions télévisés comme «Choc». Certains aujourd’hui seraient inspirés de s’en inspirer pour faire grimper l’audimat.



La suite baptisée Mondo Cane 2 reprend le même principe en amplifiant l’humour – sa seule audace consiste à filmer les perruques de vieilles femmes assistant à un défilé de modes kitsch pour chiens. Selon la coutume, les scènes dérangeantes sont judicieusement placées à la fin mais n’apportent strictement rien de neuf au premier volet. Ce n'est que l'exploitation d'une formule. On peut s’amuser de l’acharnement de la voix-off pontifiante qui cherche à nous en vendre toujours plus pour au final ne rien montrer de scabreux. Dans le lot, on distinguera le musicien qui gifle des hommes pour créer une mélodie dissonante et tout plein d'idées bizarres de ce registre. Le coffret dvd contient deux bonus presque plus passionnants que les films: le documentaire «Cette liberté de chien» qui revient sur les concepteurs du phénomène et s’intéresse par la suite aux conséquences dudit phénomène (inspiration, réactions de l’époque). Pour sa caution historique (entretiens en rafale) et les témoignages des réalisateurs, il révèle des tonnes de choses passionnantes sur la manipulation du spectateur par des effets voyants et, dans son genre, virtuoses. Quant au documentaire «Mal d’Afrique», il relate le rapport entre les auteurs de cette farce horrifique et l’Afrique mais constitue un supplément dispensable qui ne passionnera que ceux qui veulent aller au bout d’obsessions désuètes.
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