Aujourd’hui sort dans les bacs de tous les revendeurs le gentiment tendancieux
Eden Lake, survival britannique énervé et extrême réalisé par James Watkins. Pas désagréable, plutôt bien pensé dans l’édification d’une certaine nervosité viscérale aux relents réactionnaires, la mise en vente de cette petite bobine devrait permettre à beaucoup de s’offrir un bon moment d’horreur pure et dure… Or le hasard faisant bien les choses, l’apparition dans le commerce de la bande violente coïncide avec la sortie salle du remake de
La dernière maison sur la gauche… Deux films extrêmement différents que ce soit dans leurs sujets ou dans leurs formes mais qui partagent malgré tout une radicalité somme toute surprenante. De quoi se poser quelques questions quant à la légitimité de ces films dans le panorama contemporain.
Faire un parallèle entre les deux films est, pour le coup, totalement hasardeux. Comment mettre côte à côte deux pièces du cinéma de genre qui ne partagent seulement qu’une réelle volonté de se dévoiler percutants ? Car hormis le fait qu’ils sont tenus de mains de maîtres –il faut le reconnaitre- par deux européens (l’un est britannique tandis que le second est grec) et qu’ils tentent de dépasser certains caps en se faisant crus au possible, tout les sépare. A commencer par leurs origines : si
Eden Lake est véritablement porté par James Watkins qui signait ici son premier long-métrage, le second, revisite du toujours aussi puissant métrage de Wes Craven réalisé en 1972, est avant tout une commande opportuniste que Dennis Iliadis se sera courageusement réapproprié. Pourtant, il y a au cœur des deux une colère sombre, une rage noire d’où s’échappe une tristesse absolue. Quand Watkins se penchera sur la prise de conscience forcée et sanglante d’une jeune institutrice utopiste face aux jeunes générations suicidaires et nihilistes, le réalisateur de
Hardcore dressera dans la seconde partie de son remake (tout comme le faisait Craven) le portrait d’une famille déchirée s’épanchant dans le sang et la haine vengeresse. Deux histoires, deux confrontations mais finalement une seule et même conclusion…
Mais il y a dans les deux un passage crucial que nous tacherons de ne pas trop dévoiler. Cependant ces deux points de rupture méritent d’être soumis au même regard car ils signifient une approche pour le peu déroutante.
Eden Lake travaillera d’arrache pied à établir une sorte d’échelle de la déliquescence de l’âme humaine : l’idée est d’opposer le personnage interprétée par Kelly Reilly et ses idéaux à une réalité bien plus sombre jusqu’au clash inévitable. Surprenant dans sa disposition des pistes, le métrage s’offre même un pendant ouvertement réactionnaire invitant à, à la fois, punir les coupables mais aussi les responsables de leur éducation. Condamnant par la même occasion un système trop laxiste,
Eden Lake se pose en film de genre engagé sur le sujet de la reprise en main d’une société qui s’ébranle de plus en plus, allant même jusqu’à légitimer une poigne de fer provisoire mais justifiée. Tout en se défendant de ces « mauvais sentiments », lors de quelques rares séquences, n’hésitant pas à dépeindre une héroïne troublée par la nature de ses actes…
Le remake de
La dernière maison sur la gauche, lui, ne se fait jamais le jeu de la prise de position radicale… Enfin, quasiment jamais ! Car, si le métrage d’Iliadis est assurément une bonne surprise (sans pour autant crier au génie), ce n’est pas pour son déferlement de violence ou ses débordements sadiques. Non, ce qui bouleverse le plus c’est à coup sûr l’évident abattement angoissant issu du deuil de ces deux parents s’attaquant aux bourreaux de leur gamine… D’une atroce mélancolie, le film ne se plie jamais à l’aisance et préfère, au contraire, ne pas trop établir une relation cathartique entre le spectateur et les actes. Pourtant, il y a cet étrange dernière séquence qui soudain offre un nouveau faciès aux protagonistes, inversant des rôles cent fois échangés et, par la même occasion, dénaturant les sens moraux que sont censés incarner les termes « justice », « victime », « assassinat »… Ou quand la vengeance désespérée mute petit à petit en apologie incertaine et peu convaincue de la peine de mort…

Une thématique qui fait parti des principaux enjeux du cinéma du Wes Craven des débuts. Complètement schizophrène car pris dans deux fois deux feux (une éducation rigide et baptiste contre sa rencontre avec la société des 70’s ; le mouvement hippie s’essoufflant et l’horreur du Vietnam), le futur réalisateur de
Les Griffes de la nuit ne cesse au cours de ses premiers métrages de décrire un mal contagieux transformant les hommes en bêtes et les héros en monstres… Des pensées qui revues aujourd’hui prennent un sens un peu plus grinçant. A commencer par la relecture de
La colline a des yeux qui, chez Craven, décrivait dans un dernier plan l’horreur naissante dans les actes des « héros » et qui, chez Alexandre Aja, se conclue avec une sacralisation délirante du héros sanguinolent… Autre réalisateur contemporain, Rob Zombie, lui, se charge personnellement de tendre à nouveau vers un cinéma aux envies 100% 70’s, se servant d’une image poussiéreuse pour réanimer les feux des psychopathes sacrés : Devil's Rejects ou
Halloween, avec Zombie les monstres sont avant tout des humains dont les actes sont légitimes et sensés… ! Associés à
Eden Lake et au remake sortant aujourd’hui, ces métrages se font apparemment les porte-étendards d’une génération de plus en plus consciente des faiblesses d’un système et désireuse de faire changer les choses… Et ce, quels qu’en soient les moyens ! Rassurant, n’est ce pas ?