Par Kevin Dutot - publié le 29 novembre 2007 à 04h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h40 - 0 commentaire(s)
Ensemble, c’est tout, roman d’Anna Gavalda publié en 2004 et en tête des ventes pendant plusieurs mois est devenu un véritable phénomène littéraire. Alors que les mauvaises langues évoquaient un ouvrage aux tendances cahier détachable du numéro estival de Marie-Claire, l’oeuvre s’avère profonde, humaine et véritablement émouvante. Le succès ets à la fois critique et public, les pastels de la couverure se multiplient dans les rames de métro et lors des dîners entre amis, un livre fait systématiquement irruption : Ensemble, c’est tout ! Pour ceux qui ne l’ont pas lu, car il en reste, le livre prend pour personnage principal Camille, une jeune fille dépréssive et malheureuse qui vit sous un toit de Paris dans une minuscule chambre de bonne mal chauffée. Ancienne prof de dessin devenue femme de ménage, Camille n’attend plus grand chose de la vie, de ses amis ou de sa famille. Si elle n’avait pas ce regard ironique et doux sur son existence, Camille serait morte, abandonnée au fond de son lit. Elle va rencontrer un voisin, Philibert, un jeune homme passionné d’Histoire et terriblement galant qui, cependant, perd tous ses moyens devant le moindre défi imposé par la vie. Ce dernier cohabite avec Franck, un cuisinier qui vient faire sa sieste de l’après-midi dans l’appartement de Philibert et qui ressemble beaucoup plus à un ours mal léché qu’au prince charmant. Et pourtant... Le point de départ est simple, le pitch efficace et somme toute assez banal. Ce qu’en fait Anna Gavalda est tout simplement extraordinaire...


En 2006, l’annonce du tournage du film Ensemble, c’est tout réjouit les fans du bouquin. Le casting est au complet et nous pourrons y retrouver, dans un premier temps, Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Camille et Guillaume Canet dans celui de Franck. C’est Claude Berri qui réalise. Selon les amateurs du livre, le casting est idéal et conviendrait à cette jolie galerie de personnages... Cependant, le nom de Berri, s’il évoque une carrière exemplaire et atypique, semble ne pas correspondre à la legereté et l’innocence du livre. A l’époque, le dernier film en date du cinéaste s’appelle L’un reste, l’autre part, une oeuvre terriblement pessimiste et déchirante atteinte par l’expérience vieillissante de Claude Berri. Quelques semaines plus tard, changement de programme ! Audrey Tautou remplace Charlotte Gainsbourg sur le plateau, la comédienne ayant fait une chute en snowboard. Le tournage commence...

Le 21 mars 2007, le film sort dans nos salles. S’il est toujours difficile de comparer une oeuvre littéraire à son adaptation cinématographique tant le degré d’interprétation peut varier, tentons d’expliquer pourquoi Claude Berri semble être passé à côté de l’essence même du livre. Attention, ces propos n’engagent que leur auteur...


Commençons par la couverture du livre, toute en couleur... A la fois pastel et chaude, elle évoque le dessin, l’imaginaire, l’évasion et introduit la passion de Camille pour l’art pictural. Element important puisqu’il est le seul moyen pour le personnage de quitter, le temps d’un instant, sa triste vie. Ainsi, l’espace d’un sublime passage dans un restaurant chinois, Camille perd la notion des réalités et s’évade à travers ses coups de crayon. Cette passion reprendra des couleurs tout au long de l’ouvrage et marquera l’évolution psychologique du personnage. Un personnage qui, dès les premières pages, est quasiment présenté comme vivant ses derniers jours, à l’agonie dans une chambre de bonne trop petite pour accueuillir ce trop plein d’imagination qu’elle n’arrive plus à faire sortir... l’élément déclencheur étant inexistant. Malheureusement, dans le film, rien de tout ça. La terrible dépression que subit Camille est à peine illustrée, quasiment réduite à une vilaine grippe et son goût pour le dessin, le touché de la feuille Canson et l’odeur du pastel a disparu. Oui, quelques croquis font leur apparition mais le fond a disparu, l’évasion est absente et le dessin ne devient qu’une infime partie de Camille. Si Audrey Tautou arrive tant bien que mal à offrir à son personnage une réelle profondeur et une belle ironie, Claude Berri lui refuse la plupart de ses divagations et ses petites piques.


Pour ce qui est du reste du casting, rien à signaler du coté de l’acteur interprétant Philibert, Laurent Stocker tire son épingle du jeu en réalisant l’exploit de rendre son personnage humain fait de chair et d’os quand il ne ressemblait qu’à l’un de ces héros propre à la littérature, fait de mots et d’encre. En revanche, si Guillaume Canet reste l’un des acteurs français les plus intéréssants de sa génération, il est ici peu à sa place et ne compose pas un Franck de grande envergure. La faute à un scénario réduisant à néant les scènes du livre le mettant en valeur et enrichissant son caractère. En effet, si tous les lecteurs se souviennent du long chapitre se déroulant en cuisine le soir du réveillon et qui faisait de ce nouvel an, une soirée émouvante et fédératrice pour les deux personnages principaux, on ne peut pas en dire autant des spectateurs qui n’ont certainement même pas remarqué cette brève séquence.


Si l’adaptation cinématographique d’un ouvrage impose des choix scénaristiques, il est tout de même bien étrange de supprimer des passages entiers qui marquent réellement la mémoire du lecteur. A l’instar de cette conversation digne d’un dialogue de Tarantino sur l’histoire d’un album de Marvin Gaye... Car Ensemble c’est tout se construit sur des petits éléments, une accumulation d’infimes améliorations dans le vie de Camille qui la mènent à un bonheur qu’elle n’esperait plus. Ces petites choses, Berri passe à côté... Et c’est ce que l’on peut ressentir également dans sa mise en scène, trop classique et plombante, qui ne laisse jamais germer un brin de folie ou ne tombe jamais dans la comédie romantique à l’eau de rose que le roman se plaît à pasticher. Pourquoi ne pas s’amuser avec sa caméra, jouer sur les couleurs, travailler cette passion pour le dessin à l’aide de quelques effets visuels, rendre le film plus léger, plus amoureux de ses personnages et de son histoire... A la manière du livre.


Quelques mois auparavant, une petite comédie française sortait dans nos salles : Ma vie en l’air. Rien à voir avec le roman d’Anna Gavlada, si ce n’est que le film de Remy Bezançon regorge de bonnes idées, s’amuse à alléger sa caméra et à lui donner de la hauteur, joue avec ses personnages et s’offre une composition musicale référencée et évocatrice. Un premier film véritablement réussi dont l’univers, l’esprit et le ton auraient parfaitement pu s’accomoder au climat de l’oeuvre de Gavalda. Ajoutons que Gilles Lellouche aurait certainement fait un meilleur Franck...
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